Par Merovingien - publié le 15 décembre 2004 à 12h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h12 - 20 commentaire(s)
On se souvient tous de la sortie de ce film au début de l'année 2000. On se souvient surtout de la tempête médiatique qui avait soufflé chez les minettes hystériques fans de Leo (dont c'était le premier grand retour depuis la sortie de Titanic). Et puis on se souvient du bide cinglant à la sortie du film : entrée moyenne indice de satisfaction excessivement bas... Pourtant, La Plage gagne à être revu (et l'auteur de ces lignes (oui, oui, moi) est un des rares à avoir défendu ce film avec rage) avec du recul.

Car ce qui nous a été vendu comme un grand film d'aventure n'est autre qu'un réflexion sur le Paradis Terrestre. Si le premier acte évoque bien entendu un voyage divertissant (trouver la plage, nager des heures, échapper à des hommes armés protégeant des champs de cannabis, etc...) il s'agit plutôt d'une amorce de réflexion. Le Paradis Terrestre est un endroit difficile d'accès où il faut prouver son endurance, faire preuve de ruse, et se tester soi même (la scène du saut dans le vide) pour en mériter l'accès. Ce Paradis Terrestre prend la forme d'une superbe plage isolée dans un lagon féerique. Le dépaysement est complet, il se dégage une sensation de doux été plein très agréable, largement renforcée par le deuxième acte qui va lentement mener vers le troisième acte, très sombre.


Dans la seconde partie, notre héros, toujours accompagné de nos Ledoyen et Canet nationaux, prend peu à peu conscience que ce Paradis n'est pas parfait : il lui manque l'amour (qu'il trouvera en finissant par séduire malgré tout notre petite française), découvre que ce Paradis à besoin d'être entretenu, connaît les rivalités de la bande et doit affronter ses propres erreurs (avoir fait une copie de la carte). Peu à peu, le message du film s'éclaircit. On comprend peu à peu que l'être humain moderne est tellement accroché à sa société de consommation moderne qu'il ne peut s'en passer totalement, comme l'exprime le passage où, avant de retourner en ville, la communauté fait la liste de tout ce qu'il leur faut (maquillage, capotes, savon..). Ainsi, il devient presque évident que le personnage antipathique que joue Leo (son rôle de nerf inconscient à de toute évidence irrité les minettes Tampax accros à Star Club) n'est pas le seul personnage en opposition avec le décor.




Le tout conduit donc au troisième acte et à sa conclusion glauque : le Paradis Terrestre existe, mais il est vierge de tout être humain (comme viendront le rappeler les images du générique). Les deux premières parties apparaissent donc comme des mises en place nécessaires (les trafiquants, les requins...) au dénouement. La communauté n'hésite pas à se débarrasser des éléments parasites. Ainsi, si un personnage se faisant arracher une dent au forceps entraînait une certaine compréhension du geste chez le spectateur, l'inadmissible est franchi lorsqu'un membre à moitié mangé par un requin est entraîné dans les bois pour le laisser mourir loin du regard. De même, la présence d'une hiérarchie dans la Communauté entraîne une certaine lutte des individus, la chef Sale profitant de sa position de force pour assouvir ses appétits sexuels (elle oblige le héros, Richard à coucher avec elle, en échange de quoi elle ne révèlera à personne qu'il a fait un double de la carte). Richard sombre dès lors dans une certaine folie lorsqu'il est totalement isolé du reste du groupe. En nerf total, il vit dans un monde bien trop enfantin et se prend même plus ou moins pour un personnage de jeu vidéo. Il pète donc les plombs jusqu'à foutre en l'air le semblant d'harmonie établie entre les dealers et la communauté.


Ce qui aboutira à une séquence finale forte où la chef Sale devra tuer devant tout le monde Léo pour se débarrasser du parasite responsable du déséquilibre dans la communauté (Richard, tout comme les deux français Etienne et Françoise, étaient tout de même des intrus dans cette île). Si on reste assez loin de la barbarie du roman dont le film est tiré (dans le livre, ça se termine en cannibalisme !), le message subversif reste présent. Le Paradis terrestre n'existe pas pour l'Homme. Un message loin du rose bonbon de film teenage qu'on a voulu nous vendre, ce qui explique son échec flagrant. Le temps rétablira sans doute les choses : La Plage, aussi imparfait qu'il soit, reste un film plus intelligent qu'il n'en a l'air, bien loin du côté "tendance" qu'on a voulu lui attribuer.

Qui plus est, le film est remarquablement réalisé par notre ami Danny Boyle (Trainspotting, quand même !) avec des couleurs magnifiques, une BO splendide, un dépaysement et un exotisme de chaque instant, et des idées visuelles romantiques (la scène des photographies du ciel, le baiser sous l'eau avec les crevettes lumineuses), sombres (l'éloignement psychologique de Richard) ou métaphoriques (les plans en video game, le final avec sa carte du monde représentée par des logiciels).


Bref, du bon boulot pour un film qui se suit avec plaisir, très bien rythmé, avec une vraie réflexion (même si parfois maladroite). Un très bon film qui gagne à être redécouvert.

NOTE : 8/10
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