Sorti cette semaine dans les bacs DVD, le remake de Massacre à la Tronçonneuse n'a pas fini de partager les spectateurs, entre ceux estimant que l'original de Tobe Hopper reste l'unique à voir, et ceux trouvant des qualités différentes aux deux. La parole est aujourd'hui à la première catégorie, représentée ici par le forumeur Jack Bauer.
Massacre à la tronçonneuse le remake est un produit ciblé pour les 15-25, l'original s'adressait à tout le monde et en particulier à tous les américains, il proposait une prise de conscience sous-jacente de la guerre du Viêt-Nam par exemple. Avec
La dernière maison sur la gauche,
La nuit des morts vivants entre autres, Hooper faisait ce qu'on appelle un film d'horreur social (d'ailleurs je ne saurais trop vous conseiller un sublime documentaire sur la catarsis sociale que représente ces films, qui est présent sur les bonus de l'édition collector de
Jeepers Creepers ; ce documentaire justifie à lui seul l'achat du DVD).
MASSACRE A LA TRONCONNEUSE : L'original de Tobe Hopper (1974)Mais pour revenir aux films en eux-mêmes, le remake est trop fabriqué alors que l'original est un film d'"instinct".
Cela ne fait aucun doute, Nispel veut construire un univers, mais il le fait "trop" bien. Il fabrique trop. Hooper ,lui, ne fabrique pas. C'est la force de son film.
Ce phénomène est visible sur les deux Leatherface : celui de Hooper est dégueulasse, y a pas d'autres mots, mais il est humain. Et ce qui terrifie chez un monstre, c'est son humanité...
Celui de Nispel est terrifiant, et ça, Nispel veut nous le faire comprendre. Cet homme n'est pas comme nous et Leatherface est présenté comme une sorte de Terminator, une machine à tuer.
En fait, je pense que l'on touche à la grosse différence entre les deux films : Hooper veut nous montrer à quel point les tueurs peuvent être comme nous, Nispel veut nous montrer à quel point ils sont différents.
Un autre point à soulever, qui est primordial dans ce genre de film : l'identification...
Le remake encore une fois n'est pas assez brutal pour que l'on puisse être aussi stupéfait que l'héroïne. L'original est beaucoup plus sanguinaire, il ne reste plus que l'héroïne au bout d'une demi heure. Elle ne comprend pas ce qui se passe, elle est face à l'abominable famille très vite et le film se concentre sur la fille, elle doit s'échapper, c'est son seul but. C'est urgent, improvisé, vital... Nispel lui, s'attache à plusieurs personnages, avec d'un côté Jessica Biel qui cherche son petit copain et de l'autre son ami qui se fait humilier par le Shérif. Nispel prend son temps pour installer l'intrigue et faire disparaître ses personnages. On perd complètement le sentiment d'urgence, l'instinct de survie pour une construction plus classique. Or, pour une construction classique, ce scénario ne convient pas du tout. Puisque c'est une histoire sur la bestialité humaine.
MASSACRE A LA TRONCONNEUSE : le remake de Marcus Nispel (2004)La lumière sur les deux films va également dans ce sens, la lumière plus naturelle chez Hooper renforce l'effet malsain et floue les limites du film et de la réalité. Dans le remake : jeu de lumière, beaucoup de contre-plongées, des images très travaillées, mêmes picturales parfois, on comprend bien que Nispel maîtrise la caméra... mais encore une fois, c'est trop construit.
Massacre à la tronçonneuse le remake est trop calibré pour laisser échapper la folie des tueurs et nous mettre mal à l'aise. La bande originale, cependant, est magnifique, spécialement le morceau du générique de fin. C'est ce qui permet de rester accroché à ce film, avec Jessica Biel, qui est utilisée comme objet sexuel, purement et simplement. Elle ne souffre pas, ne crie pratiquement pas et ne saigne pas...On la regarde évoluer parce qu'elle a une grosse poitrine. La pulsion sexuelle aurait su s'additionner à la pulsion meurtrière, là le film aurait été, je pense, beaucoup plus bestial et réussi.
Le film de Hooper montrait que le cinéma n'avait pas de règles, le film de Nispel nous rappelle tristement le contraire.