Je prends aujourd’hui mon clavier pour vous parler d’un film que sûrement peu de gens ont vu. Je m’explique : peu vu car toujours pas sorti en France au cinéma. Ce film c’est
Sonny, tourné en 2002 et première réalisation du neveu de Francis Ford Coppola, Nicolas Cage, grand acteur au demeurant. Dans la famille Coppola il ne manque plus que la femme de Coppola à passer derrière la caméra pour que le tableau soit parfait !
Le film débute sur Sonny (James Franco) qui marche dans une rue de Nouvelle Orléans en 1981, en direction de la maison de sa mère. Lui il revient de l’armée et dès le début du film on le sent pas très chaud à retrouver ce foyer. Normal : elle, maquerelle (Brenda Blethyn), dès son arrivée le pousse à reprendre sa vie d’avant (celle qu’il fuit) : la prostitution de luxe. Coucher avec des vieilles peaux riches ne le tente plus. Par dignité. Puis comme prévu il replonge : argent facile, don pour le sexe, belles vestes et belle caisse : tout lui tend les bras. Seulement, le fait de vivre cette vie le triture et l’oblige à être marginal. Il rencontre Carol, prostituée protégée de sa mère (Mena Suvari) dont il tombe amoureux qui, elle, veut arrêter pour se construire une vie et une identité nouvelles. Elle souffre de cette « différence ».
Tout le film repose sur cette envie de normalité, ce désir de « quitter ».

Pour un premier essai derrière la caméra, Nic Cage prouve qu’il n’est pas seulement un très bon acteur (
Adaptation tout de même) mais aussi comme le reste de sa famille (les Coppola), un très bon conteur. Au détour de scènes magnifiquement dialoguées, il marque de son empreinte une réalisation de prime abord classique mais très personnelle. Envie de retrouver un cinéma d’antan avec personnages atypiques et attachants. « Jamais d’esbroufe » est le mot d’ordre. Les comédiens ont la part belle (James Franco est très bon-on ne l'a jamais réellement vu déployer tout le potentiel dramatique dont il fait preuve ici et ce n’est pas Spiderman qui va l’encourager ; le couple formé par Brenda Blethyn et Harry Dean Stanton est finement joué et reste attachant du début à la fin et enfin Mena Suvari géniale comme jamais. Ils en profitent pour tirer le maximum de ce scénario en or. Jamais vulgaire, il traite de la prostitution avec infiniment de sobriété (les corps sont montrés mais avec pudeur) et de style (voir les séquences finales). Parti pris esthétique en adéquation avec le sujet : pudique et fort, esthétique et classique.
Sonny ou le portrait de deux générations qui veulent s’extirper des erreurs passées (voir la comparaison couple plus âgé Brenda Blethyn / Harry Dean Stanton et celui qui a l’avenir devant soi James Franco / Mena Suvari pour s’en convaincre) et tente de croire à un avenir possible mais qui n’y arrive pas. Les cartes qu’ils ont en main sont déjà truquées : on n’échappe pas à son destin !
A retenir une séquence où James Franco fait l’amour à une fille « bien » et où elle lui rétorque après l’acte : « Tu ne savais pas quoi faire pour vivre, t’as qu’à faire cela, tu le fais tellement bien ». Il lui avoue l’avoir fait, elle prend une mine dégoûtée et part se droguer en cachette, il la surprend et pète un câble. Il hurle qu’il n’est pas plus anormal qu’elle.
Cette volonté d’être normal et ce dégoût de la prostitution par les gens de la « bonne société » sont soulignés de manière subtile par Cage.
Un très beau premier film que je vous conseille vivement s’il sort en France un jour (comme
House of the 1000 corpses de Rob Zombie-ça n’a rien à voir mais c’est aussi un film inédit qui vaut le coup ainsi que
House of sand and fog de Vadim Perelman) car des premiers films d’acteurs réussis il y en a peu (par exemple
La tête dans le carton à chapeaux de Antonio Banderas ou
In the bedroom de Todd Field) en espérant que l’essai soit transformé et qu’il trouve un PUTAIN DE DISTRIBUTEUR EN FRANCE CAR C’EST UN PUTAIN DE BON FILM. A bon entendeur salut !