Par Helljohn - publié le 10 novembre 2004 à 20h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h11 - 13 commentaire(s)
Un crime dans la tête (The Manchurian Candidate, le titre français dévoilant pas mal l’intrigue) est le remake du film homonyme réalisé en 1962 par John Frankenheimer (qui par la suite a réalisé d’autres films du même genre, 7 jours en Mai ou Le pays de la violence), un grand classique du thriller politique et parano, adapté du roman de Richard Condon.


Voici le résumé de l’histoire du film original :
Un groupe de soldats Américains, prisonniers des Chinois en Corée, est soumis à un lavage de cerveau et un conditionnement intellectuel. Parmi eux, Raymond Shaw (Laurence Harvey en 1962, Liev Schreiber en 2004) et Bennet Marco (Frank Sinatra / Denzel Washington), qui oublieront tout de cet évènement. De retour de la guerre, le sergent Raymond Shaw reçoit la médaille d’honneur de l’armée américaine sous les recommandations de Marco et les témoignages des autres soldats. Il est soutenu par son beau père sénateur (James Gregory / jon Voight) et sa mère cantatrice (Angela Lansbury / Meryl Streep). Cette dernière pousse le père de Raymond à la présidence. De son côté, Marco est mal en point, détruit par ses cauchemars incessants. Mais il apprend qu’un autre membre de son équipe ayant aussi subi un lavage de cerveau fait les mêmes cauchemars, ce qui va pousser les autorités militaires à le prendre au sérieux. Ces cauchemars mettant en scène Raymond Shaw, qui a aujourd’hui un comportement étrange, Marco va tenter d’apprendre d’où ils viennent et de savoir ce qui lui est vraiment arrivé à lui et à Raymond Shaw pendant la guerre. Il va découvrir qu’ils ont été manipulés dans un but précis...
Peu de changements dans la version de Jonathan Demme, si ce n’est le contexte (la Guerre de Corée et le communisme laissent place à la Guerre du Golfe) et la fonction de certains personnages. Mais dans les grandes lignes, l’histoire reste la même. Du moins au début, car le remake va vite se détacher de son modèle et en modifier l’intrigue, ce qui fait que même ceux qui ont vu l’original risquent bien d’être surpris. Mais pour une fois, je ne dévoilerai rien ici.


Le film original avait marqué par ses expérimentations visuelles bluffantes. Comme Frankenheimer, Demme possède un style propre à lui, unique, mais ne cesse jamais d’expérimenter (quoiqu’à la fin de sa carrière, Frankenheimer restait sur ses acquis). Par exemple, Demme utilise souvent des gros plans sur des visages au centre du cadre ou des plans où le personnage est au centre de l’image, face à nous. Frankenheimer utilisait aussi beaucoup de gros plans, mais lui jouait beaucoup sur les différents champs, sur la profondeur de l’image (un visage en gros plan sur le côté du cadre et d’autres personnages au second plan derrière, par exemple, et le plus souvent en contre plongée, c’était d’ailleurs sa marque de fabrique).
Comme Frankenheimer, Demme utilise plusieurs points de vue (ce qui faisait la terreur du final de Le silence des agneaux, le point de vue du tueur), notamment dans les dialogues, dans lesquels les personnages sont souvent face au spectateur, et même pendant les scènes d’action, voir à ce titre l’intro de son Un crime dans la tête à lui, où il utilise le point de vue (camera subjective, donc) d’un personnage qui porte des lunettes de vision de nuit (on voit donc l’action en vision de nuit, un peu comme dans le Rollerball de McTiernan, un autre remake, et même comme dans son propre Silence des agneaux). Il utilise même le point de vue d’une camera. Demme glisse d’ailleurs, du moins je le pense, un clin d’oeil à John Frankenheimer dans son film : le tableau au dessus du lit du perso de Raymond Shaw (on le voit quand il reçoit le deuxième coup de fil, après celui de sa mère) fait clairement référence au travail de Frankenheimer dans le Un crime dans la tête de 1962, dans lequel le cinéaste utilisait à l’extrême le principe de “cadre dans le cadre” (notamment dans la fameuse scène de la conférence de presse). Un choix de réalisateur pertinent, donc, par rapport au film original.




Demme ne singe pas Frankenheimer, mais il adapte l’oeuvre d’origine à son style, ce qui donne un film visuellement complètement différent, et forcément intéressant. De plus, l’histoire est cette fois transposée en couleur (le film de 1962 est en noir et blanc), et on a droit à une magnifique photographie (notamment dans la première scène et le sublime plan final, le plus beau du film) de Tak Fujimoto (qui à bossé sur presque tout les films de Demme, sur deux Shyamalan, sur Badlands...). Une relecture de l’original, en fait plus visuelle que scénaristique, on est donc sûr de ne pas voir le même film. Le film de Demme est forcément plus violent (les scènes de cauchemars, qui s’avèreront vraies, sont terrifiantes), mais dans les deux cas, on est face à un thriller politique brillant et haletant, même si la version de Frankenheimer était forcément plus innovante pour l’époque. Le point faible du film de Demme résiderait plus dans son scénario, un peu brouillon et pas toujours cohérent, mais il nous réserve quand même de nombreux rebondissements et un bon suspense, surtout dans certaines scènes très réussies (Marco rencontre un de ses anciens soldats complètement atteint, l’excellent Jeffrey Wright ; le premier (deuxième, sans parler de la scène d’ouverture) face à face hallucinant entre Marco et Shaw dans le bureau de ce dernier ; la scène finale tendue...). Palpitant du début à la fin, de plus en plus au fur et à mesure que le complot s’éclaircit et prend de l’ampleur.


Après Man on fire, Denzel Washington parvient une fois de plus à nous surprendre, encore dans le rôle d’un homme atteint par son passé, fragile psychologiquement. C’est le rôle le plus tourmenté de sa carrière, et ça lui réussit vraiment bien. Meryl Streep est fabuleuse et nous fait une composition très théâtrale (voir la scène où elle tente de convaincre d’imposer son fils à la vice-présidence) et très forte, tandis que Liev Schreiber obtient encore un rôle à double facette (sûrement le personnage le plus intéressant du film) et l’incarne donc à la perfection (il est bouleversant dans certaines scènes). Petit bémol concernant Kimberly Elise (Le prix à payer) et son personnage, comme dans le film d’origine en fait (le perso était alors joué par Janet Leigh). Un personnage peu travaillé, neutre et même pas ambigu (il l’est dans le film de Frankenheimer). Quand au personnage de Jon Voight, il n’est pas assez mis en valeur, il manque d’épaisseur. Dans les seconds rôles, on trouve aussi Ted Levine (qui apparaît dans presque tous les films de Demme) et Bruno Ganz (acteur suisse fétiche de Win Wenders). L’interprétation reste un des points forts du film, après la réalisation virtuose du cinéaste, réalisation qui provoque parfois un sentiment de malaise (par la multiplicité des points de vue ou par des scènes faussement joyeuses, comme les premiers plans d’ouverture sur les soldats, aidé en cela par l’excellente bande son). Les remakes deviennent de plus en plus nombreux, mais en même temps ils s’éloignent de plus en plus de leur modèle (comme ce qu’à fait Demme pour Charade, via le mal aimé La vérité sur Charlie), c’est ça qui est intéressant. Celui ci est exemplaire.
A noter le cameo de Sydney Lumet, un réalisateur de la même période que celle de Frankenheimer et qui partage les mêmes thèmes. Il a lui aussi réalisé des classiques du genre.


Mais il y a un problème, problème dû à la très réussie bande annonce : en effet, celle ci me parait plus complète que le film ! La bande annonce montre des images complètement différentes d’une même scène (quand Denzel, face à Kimberly Elise, dit “crois moi...ou tue moi” par exemple, scène filmée autrement dans le film, d’ailleurs dans le film il ne dit même pas ça, enfin si mais dans un contexte différent), une pléiade de scènes non vues dans le film (le face à face Meryl Streep / Jon Voight, ce dernier lui disant “quand je pense à vous, je tremble pour ce pays”, ou la scène ou Meryl Streep dit : “c’est terrible, de laisser des désaxés circuler librement dans notre pays”), des plans absents du film (une arme tendue dans les mains, le plan d’un visage dessiné, un travelling avant d’un homme au bout d’un long couloir sombre, des plans de soldats temoignants à la télé en la faveur de Shaw, plein de plans en plus de Denzel...), des dialogues en plus (“je ne suis pas fou”, “je veux savoir quand ça va se passer, ou ça va se passer et comment ça va se passer”...), bref, j’ai eu l’impression de voir un autre film ! Pourquoi ? Y’a t-il une autre version du film ? A t-il été mutilé à ce point (je ne pense pas car le film qu’on a vu dure déjà 2:10) ? Y’a t-il eu des scènes ajoutées rien que pour la bande annonce, pour tromper le spectateur à propos de l’intrigue (ça m’étonnerait vu leur qualité et le prestige du casting, qui ne tournerait pas de scènes en plus juste pour les inclure dans la bande annonce) ? J’ai même été déçu de ne pas voir certains passages de la bande annonce dans le film. Comment peut il y avoir une telle différence entre une bande annonce et le film ? J’aimerais savoir si c’est moi qui hallucine ou si vous avez aussi remarqué cela, car c’est plutôt gênant. Peut être y’a t-il un director’s cut. J’espère que le dvd montrera le film complet parce que là, je suis frustré.

Note : 7 / 10
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