Aprés un premier film percutant, La fille du lac, le cinaste italien revient sur les devants de la scène avec un récit aux contours acérés.

Par - publié le 23 décembre 2011 à 14h20 ,
MAJ le 23 décembre 2011 à 14h20 - 0 commentaire(s)

Aprés avoir suivi les aventures de nombreux cinéastes italiens dont il fut l'assistant, Andrea Molaioli réalise son premier film, La fille du lac, salué par de nombreux prix. Aujourd'hui il repasse à nouveau derrière la caméra avec L'empire des Rastelli et revient au travers de ce récit sur l'histoire d'une famille rongée par la corruption.  Un récit acide et l'occasion de poser quelques questions à ce jeune réalisateur imposant avec puissance son style.  

 

L'Empire des Rastelli de Andrea Molaioli
 

Votre film se trouve librement inspiré de l'affaire Parmalat. Aviez-vous peur que la fiction ne soit pas à la hauteur de la réalité ?
Je ne me suis jamais posé vraiment cette problématique de la distance par rapport à la réalité. Je n'ai jamais eu l'envie de faire un film/enquête, plus celle de partir d'un fait réel, datant d'il y a quelques années, et, à partir de celui-ci, d'opérer une réflexion sur le présent. L'idée était d'arriver de manière intime, à l'intérieur d'un mécanisme, d'un système, qui n'a pas seulement alimenté ce fait, mais la totalité du monde occidental.
 
Quels ont été les principaux défis durant le processus d'écriture ?
Au delà du fait de se saisir de cet évènement complexe et long, qui a demandé beaucoup de temps, d'étude et de documentation, l'une des principales difficultés, fut de réussir à amener à l'intérieur de la structure dramaturgique les mécanismes et le vocabulaire de la finance, tout en s'efforçant de rester clair sans banaliser cet univers. Il nous fallait satisfaire deux publics, les non initiés comme les plus avertis.    
 

La relation entre Ernesto et Laura se trouve basée sur un décalage entre l'aspect vieille école d'Ernesto et les nouvelles technologies utilisées par Laura. Vous-même, vous sentez-vous parfois dépassé par les nouveaux outils cinématographiques (la 3D, l'Imax...) ?
J'ai utilisé la relation de ces deux personnages  pour confronter effectivement deux modes  de perception différentes, ils conçoivent différemment  à la fois leur  propre travail et leur propre existence. Cependant, tous les deux sont des modèles altérés et pervers et ils se retrouvent unis par un total manque d'éthique. En ce qui concerne les nouvelles possibilités technologiques qu'offre le cinéma en ce moment, je ne crois pas que l'on soit devant une révolution, comme cela a pu être le cas lors de l'introduction du son d'abord et de la couleur ensuite. Par ailleurs, il me semble que pour le moment, elles se limitent à du divertissement, sans avoir de finalité narrative. Une réflexion plus approfondie sur comment ces techniques pourraient être étendues à toute la cinématographie et pas seulement au main stream et comment elles pourraient avoir une incidence sur les phases purement créatives, n'a pas encore été amenée.

 

L'Empire des Rastelli de Andrea Molaioli
 

Le film a été tourné en Italie, à New-York, à St-Pétersbourg et à Moscou. Est-que cela  a représenté de grosses difficultés de production ?
Les divers lieux où le film a été tourné ont représenté une énorme difficulté d'un point de vue productif et organisationnel.  Ils ont surtout permis de donner de la densité narrative et une richesse visuelle au film. Pour l'équipe et moi-même cela a été une véritable expérience humaine.
 
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec Toni Servillo ?
On se retrouve souvent amené à avancer de  manière très diplomatique que ce fut un honneur de collaborer avec son acteur protagoniste. En ce qui me concerne, j'aimerai pouvoir vous convaincre de l'authenticité de mes paroles. Pour un réalisateur, il est difficile de trouver à la fois un acteur au talent confirmé, avec lequel on s'entend pendant et en dehors du travail, mais aussi qui résonne toujours dans une optique générale du film et jamais pour son propre compte. Pour résumer : Toni est un acteur sublime et un compagnon de travail fantastique.
 
Quel regard posez-vous sur l'état de l'industrie du film en Italie ?
L'industrie cinématographique italienne souffre en ce moment, comme beaucoup d'autres secteurs stratégiques du pays, avec le facteur aggravant qu'elle apporte avec elle une série de déformations et de cancers qui se sont créés ces vingt dernières années.  Parmi eux, le duopole télévisuel, principal financeur du cinéma, qui parfois oblige le système productif national à des choix éditoriaux tout du moins discutables si ce n'est malheureux. Mais on peut aussi dire que, quasi miraculeusement, on assiste ces dernières années, à une sorte de petite renaissance du cinéma d'auteur, en même temps qu'à un retour partiel du rapport entre le public et le cinéma de qualité.
 
Quels sont vos projets?
Beaucoup d'idées que je cherche à mettre en ordre. J'espère y arriver bientôt. 
 
 
 


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