Par Florent Kretz - publié le 16 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 16 octobre 2009 à 12h46 - 4 commentaire(s)
Aujourd’hui sort dans les salles obscures le très réussi Frost Nixon, l’heure de vérité, reconstitution des coulisses du célèbre entretien ayant opposé un président des Etats-Unis déchu (suite à l’affaire du Watergate) à un jeune journaliste britannique arrogant en quête de crédibilité. Tableau remarquablement tenu par un duo ultra crédible composé respectivement par Frank Langella et Michael Sheen, le projet tient aussi grâce à une pléiade de seconds rôles tous plus parfaits les uns que les autres: Sam Rockwell, Kevin Bacon, Oliver Platt, Rebecca Hall… Tous se donnent à fond et libèrent une réelle complexité sous la caméra avisée d’un Ron Howard visiblement fasciné par son projet. Un comportement suffisamment rare pour être signalé ! D’autant plus qu’à la vue de la filmographie de l’éternel Richie Cunningham de la série culte Happy Days, il semble évident que le gars n’est pas du genre à se mouiller. Considéré à juste titre comme un simple faiseur bouclant ses films avec brio mais sans jamais faire trop de vagues, il surprit pourtant plus d’une fois avec quelques monuments de bravoure, ces quelques métrages événements rythmant une carrière d’habitude bien plus sage. Ron Howard ou l’histoire d’un vrai gentil, d’un brave type, d’un réel passionné qui monte des projets plus ou moins excitants, les réalise avec plus ou moins de succès et repart sur une nouvelle piste sans pour autant tenter de créer un lien artistique, thématique ou créatif entre les œuvres… Pourtant là où d’autres auraient tenté de prolonger leur réussite dans des suites ou des variations, lui s’affranchit totalement des genres et, finalement, se révèle être un metteur en scène gravitant plus qu’il ne vole !



Il y a ce mystère rare qui plane autour de Ron Howard… Mais que désire-t-il vraiment ? Car là où l’ensemble de ses confrères, toutes époques confondues, se seront illustrés dans des genres ou des thématiques, Howard incarne avec quelques autres la figure du brave metteur en scène que l’on apprécie plus pour qui il est que pour ce qu’il représente. En guise d’exemple extrême, évoquons le cas Friedkin qui, soyons en certains, fascine beaucoup plus pour cette image d’un cinéma rigoureux, libre et violent que pour sa gentillesse publique (à opposer à sa poigne de fer sur les plateaux)… Tout comme les autres grands et moins grands seront parvenus à créer une hypothétique cohérence autour de leur travail : maître d’un genre, chercheur dans cette thématique, quête de la perfection esthétique, roi du nanar… Autant de titres auxquels Ron Howard échappe faute d’une réelle harmonie dans ses choix. Plutôt réputé pour être le gage d’une certaine qualité de divertissement à la fois distrayant et inoffensif, il déroge pourtant à la règle lors de quelques coups d’éclat aussi bien venus qu’involontaires. Gloire accidentelle ? Pas tant que ça puisque le monsieur possède tout de même un sérieux sens de la narration et sait, par ses visions généralement assez tout terrain des projets, s’entourer des meilleurs techniciens. Intervenants qui apportent assurément une certaine crédibilité et un véritable univers visuel aux travaux de cet homme apparemment plus intéressé par le fond que la forme. Mais où se situe réellement Ron Howard ?




Lorsque l’on étudie un peu plus attentivement la carrière de l’homme, on peut se rendre compte qu’elle se scinde réellement en deux parties. Deux groupes non pas chronologiques mais plutôt alternatifs, Howard jonglant entre les produits bénins et les envies possédant un peu plus de caractère. Chose amusante pourtant, déjà alors qu’il était enfant star, il tournait quelques courts-métrages dans lesquels il faisait jouer son père Rance et son fidèle frère Clint, ce dernier devenant l’une des figures immanquables, voire un passage obligé des films de Ron Howard. Et ces petites bandes de quelques minutes étaient des westerns ! Ce qu’il y a d’assez déroutant donc dans toute la démarche du réalisateur, c’est que lorsqu’on lui offrit l’opportunité de se lancer dans la mise en scène professionnelle en 1978 pour Lâchez les bolides (Grand Theft Auto), il abandonna totalement ses premières amours pour se conforter dans une comédie romantique aux fausses allures de road movie. La comédie pour teenagers ? Sans doute un virus pris lors de ses années Happy Days et qui le marqueront un petit moment. Apparemment complètement inhibé dans le politiquement correct, il ne fera que très rarement des incartades, Les croque-morts en folie tourné en 1982 se révélant être très peu corrosif… Troublant alors de voir l’acteur d’American graffiti se contenter des romances gnan-gnan entre Tom Hanks et Daryll Hannah dans Splash!, des cures de jouvence d’un groupe de retraités pour Cocoon l’année suivante (1985) alors qu’il baptisait ses premiers exploits en super 8 « Old Paint », « Dead of Daring-Do » ou le très significatif « Cards, Cards, Guns, Gore & Death! »…



Et s’il continuera à éviter la subversion ou la quelconque prise de risque d’une manière à la limite de l’obsession, il livrera une palanquée de métrages destinés avant tout à la famille. Même lorsqu’il s’adresse à un public plus adulte, il reste d’une naïveté assez remarquable ! Gung Ho, du saké dans le moteur en 1986, Portrait craché d’une famille moderne avec Steve Martin… Howard s’entête à ne jamais se mettre à dos une partie du public et ne se résout jamais à une réelle prise de position : The Paper en 1994, En direct sur Ed TV, le conte de Noël The Grinch… Ron Howard enchaîne les films comme il accomplirait une tâche dans un automatisme grinçant. Pourtant, il lâche quelques fois une bombe ou tout du moins un réel bon film dans lequel il semble -miracle- complètement impliqué ! Willow tout d’abord en 1988 sur lequel George Lucas le file au train, mais surtout Backdraft en 1991 dans lequel il signe un brillant hommage aux héros modernes que sont les pompiers. Finalement, il semble totalement oublier son impartialité légendaire et se laisse éblouir par le grandiose destin de ces gars…



Et si c’était ça Ron Howard en fait ? Si ses vrais bons longs-métrages étaient ceux dans lesquels il mettait en exergue la grandeur, la puissance, l’héroïsme… Peut-être serait-il un peintre moderne de la bravoure ? Épopée cruisienne avec Horizons lointains, reconstitutions d’un épisode semi catastrophique de la Nasa avec Apollo 13, histoire d’un génie avec Un homme d’exception ou leçon de courage pour De l’ombre à la lumière, Howard se fait meilleur sculpteur de bons sentiments que gentil faiseur de comédies ringardes ! Et puis quelques fois il dérape : en 1996, La rançon véhicule un arrière-goût de radicalité réactionnaire assez surprenante de la part du gentil rouquin puis en 2009, avec ce Frost Nixon, l’heure de vérité dans lequel il remet à jour une affaire comme pour inciter l’opinion publique à réclamer une confrontation avec le président Bush… Avec des dérapages aussi impressionnants qu’improbables, le cas Ron Howard s’épaissit encore un peu plus. Et pour l’heure, lorsque l’on sait que son prochain métrage est la suite du navet Da Vinci Code, on se pose réellement des questions…
Vos réactions


logAudience