A l'occasion de la sortie en DVD et Blu-ray de La Défense Lincoln, de Brad Furman, le 5 octobre 2011, retour sur la carrière compliquée de l'acteur Ryan Phillippe.

Par Antonin CLATZ - publié le 23 mai 2011 à 00h00 ,
MAJ le 28 septembre 2011 à 19h26 - 0 commentaire(s)

On se dit parfois, en pensant à un acteur, qu'il n'a pas eu la carrière qu'il mérite. Les raisons peuvent être nombreuses, choix de rôles hasardeux, problèmes personnels, lassitude... En France, beaucoup de gens sont familiers avec le beau visage de Ryan Phillippe, son charme ne laissant pas indifférent. Et pourtant, tous ne sont pas capables de citer son nom, ou le film dans lequel ils l'ont vu. Ryan Phillippe a connu une carrière en dent de scie, qui s'est malheureusement essoufflée depuis plusieurs années, à tel point qu'il parle aujourd'hui d'arrêter le métier de comédien. Souviens-toi-l'été dernier de Jim Gillepsie

Sa naissance, en 1974, dans le Delaware, ne le prédestinait pas nécessairement à devenir acteur, et il ne démarrera pas avant d'être majeur. En effet, s'il se lance dans le métier d'acteur, c'est essentiellement pour des raisons financières, ainsi qu'il le dit en interview : « Je n'ai jamais pensé devenir un acteur avant que quelqu'un suggère à ma mère que j'aurai des chances de faire de l'argent dans le commercial. La raison pour laquelle j'ai décidé de faire ce métier de manière créative c'est pour moi, mais financièrement pour ma famille ». C'est donc fort de ces motivations, un peu avant ses 20 ans, qu'il se lance dans le métier.


De bonnes intentions
Fait rare à l'époque, Ryan Philippe incarne un homosexuel dans le soap One life to live en 1992 et 1993. Si l'homosexualité est de plus en plus évoquée au cinéma, et de plus en plus acceptée dans nos sociétés occidentales, les choses étaient différentes au début des années 90. Il y a aujourd'hui de talentueux cinéastes qui abordent le sujet frontalement (Ang Lee avec Le secret de Brokeback Mountain), et des acteurs reconnus qui campent des rôles de cette nature (Tom Hanks dans Philadelphia) mais rares étaient les acteurs à s'y risquer en cette période. Il était donc étonnant de voir un débutant incarner un jeune homosexuel dans une série. Dans ce rôle polémique, Ryan Phillippe est bon, ce qui lui permet de commencer à se faire un nom, pour le plus grand bonheur des femmes (car il est, à la ville, bel et bien hétérosexuel), et outre sa prestation, c'est la série entière qui est un succès. Fort de cette première expérience probante, Ryan Phillippe enchaine un certain nombre de téléfilms et d'apparitions dans des séries (Perry Mason) à l'intérêt variable, et prend la mer en compagnie des Frères Scott. Naturellement, il est question ici de Ridley et Tony Scott, non pas de la série du même nom. Il joue son premier rôle au cinéma dans USS Alabama (Tony Scott), et, s'il n'a pas une partition importante, l'occasion est trop belle de côtoyer un réalisateur talentueux, et des acteurs comme Denzel Washington et Gene Hackman,deux grosses pointures. Il travaille ensuite pour Ridley Scott dans Lame de fond, film adapté du livre The Last Voyage of the Albatross, qui évoque l'histoire vraie d'un voilier (l'Albatross) voguant dans une mer extrêmement calme, et malheureusement emporté au large des côtés de la Floride par un grain blanc, phénomène soudain et violent dans les eaux. Là encore, un rôle secondaire, mais une expérience enrichissante aux côtés notamment de Jeff Bridges, qui l'encourage à continuer.


Les rôles suivants auront une grande importance pour l'acteur, ce seront les rôles de la confirmation. Tout d'abord dans Nowhere, comédie trash efficace, qui brasse un grand nombre de thématiques de la vie adolescente (notamment sexe et drogue). Ryan Phillippe lui-même bénéficie de l'enthousiasme d'une équipe de jeunes acteurs tous talentueux (Rose McGowan, Christina Applegate), et se fait remarquer par son jeu judicieux dans la peau d'un jeune homme accro au sexe et aux substances chimiques. Et enfin, il apparait dans un néo-slasher (courant né du succès de Scream), Souviens toi... l'été dernier, en tant que membre d'un groupe de jeunes responsables de la mort d'un pécheur. Malheureusement pour eux, l'homme a bel et bien survécu, et ourdi sa vengeance. Les garçons, dans les slashers, n'ont jamais été les mieux lotis, il faut le savoir. On parle plus souvent d'héroïnes, innocentes et faibles, qui finissent par se confronter à leur adversaire (du type Halloween). Mais dans le rôle d'un jeune homme impulsif, courageux, qui se rapproche de son ancienne petite amie (Sarah Michelle Gellar), Ryan Phillippe fournit une bonne performance. Alternant avec aisance la détermination à ne pas se laisser abattre, et un retour de sensibilité à fleur de peau, aucun doute possible, sa prestation est réussie, surtout quand on sait qu'il est difficile pour un acteur « d'exister » dans un slasher, puisqu'une majorité du casting va se faire occire. Malheureusement, son personnage finira tout de même par mordre la poussière (hors-champ) sous les coups de crochets du croque-mitaine.


Devenue valeur sûre, flanqué de l'étiquette de star montante (qui est dure à porter, comme on l'a vu avec River Phoenix), on lui confie le rôle principal de Studio 54. Si le film n'est pas parfait, c'est la prestation de Ryan Phillippe qui déçoit le plus, n'étant pas à la hauteur dans ce rôle de serveur rêvant de gloire. Le film sera malheureusement un échec, doublé d'une nomination aux Razzie Awards pour le pire acteur pour notre beau blond, ce qui est toujours agaçant même si la cérémonie en question n'a que peu de crédibilité. Studio 54 est donc le premier coup d'arrêt dans sa carrière, or, nous savons l'acteur très sensible, et cet échec sera vécu comme une défaite personnelle. Ce qui explique qu'il se reporte sur un rôle beaucoup plus secondaire dans La carte du cœur de Willard Caroll, celui d'un jeune homme atteint du sida, compagnon d'Angelina Jolie. Il sera nettement plus présent à l'écran pour L'héritage de Malcolm en 1998.

Sexe-intentions de Roger Krumble
Jump the shark
C'est à l'aube du nouveau millénaire, en 1999, que l'acteur obtient ce qu'il mérite. Que pouvait-il espérer après la révélation, et la confirmation ? La consécration, tout simplement. avec le rôle de Sebastian Valmont dans Sexe Intentions. Ce Liaisons dangereuses remis à jour est un succès considérable, et sa performance dans le rôle d'un jeune séducteur tombant peu à peu amoureux est saluée par la critique et le public. L'acteur y dévoile encore, outre un charme évident, une grande sensibilité, et surtout, une capacité à nous la transmettre. Il rencontre également celle qui sera l'une des femmes de sa vie : Reese Witherspoon. Mais à l'instar d'un certain nombre d'autres célébrités, la consécration est aussi le point culminant de la carrière.
La période d'après Sexe Intentions sera cruciale, il manquera notamment l'un des rôles les plus importants de l'histoire du cinéma, celui d'Anakin Skywalker dans la prélogie Star Wars, appelé à devenir Darth Vader. Et avec le recul, le choix d'Hayden Christensen apparaissant comme une formidable erreur de casting, on ne peut s'empêcher de déplorer la décision de George Lucas.


Ryan Phillippe prend toutefois des risques en changeant de registre, et entre 2000 et 2001, tourne quatre films : Way of the gun, Company Man, Antitrust et Gosford Park. Le premier est un film atypique mélangeant western et film noir. Mais le plus étonnant est donc Ryan Phillippe, qui, après un rôle de séducteur malin, prête ses traits à un malfrat. Son visage est finalement tout à fait en phase avec des rôles plus durs, voire de méchants. Sa beauté peut aisément cacher quelque chose de pas net. Sans être un succès, le film est plutôt bien reçu, notamment en France. Il poursuit dans son entreprise de contre emplois avec Antitrust, ou il joue un geek, adolescent passionné par l'informatique aux côtés de Tim Robbins. Le film, bien que pourvu d'un thème intéressant (le pouvoir de l'informatique), ne trouvera pas réellement son public. Il se rabat sur un second rôle dans Gosford Park de Robert Altman, qui est plébiscité par la critique, recevant notamment un Oscar (le scénario) pour sept nominations. Aucun de ses films ne le propulse sur le devant de la scène, malgré une bonne volonté évidente, et il peine à confirmer son statut de tête d'affiche.

Mémoire de nos pères de Clint Eastwood
Where is Ryan ?
Ryan Phillippe trouve un rôle très intéressant dans Collision, superbe film de Paul Haggis datant de 2004. Il s'attire largement les faveurs de la critique avec ce rôle de jeune recrue au sein de la police, et, entouré d'un casting prestigieux, il contribue au succès du film, qui sera Oscarisé. Une belle réussite. Si son jeu est tout à fait juste, il s'agissait néanmoins d'un film choral, dans lequel il est difficile de se mettre plus en valeur. Après s'être fourvoyé dans la série B Chaos, et le thriller Five fingers, il devra finalement l'un de ses meilleurs rôles au désistement d'un autre acteur : Jared Leto. Celui-ci avait décroché auprès du maître Clint Eastwood le premier rôle du film Mémoires de nos pères, avant de se désister pour un autre projet. Le rôle échoit dès lors à Ryan Philippe, qui, dirigé par la légende vivante, signe enfin une prestation à sa mesure, c'est-à-dire, remarquable, insufflant parfaitement aux spectateurs le malaise ressenti par les jeunes soldats.


Paradoxalement, si Ryan Phillippe a réussi à s'extirper des sempiternels rôles de beau gosse (à l'instar du piège tendu à Léonardo DiCaprio), et à gagner peu à peu la reconnaissance de ses pairs, il va tourner de moins de moins, se faisant rare au cinéma. Plusieurs raisons à cela. Une certaine lassitude vis-à-vis du métier  le gagne. L'acteur soutient être quelqu'un d'introverti, et vivre presque mal sa célébrité. Outre cela, son cœur sera mis à rude épreuve lors de son divorce avec Reese Witherspoon, suite auquel il fera une dépression nerveuse.
Il se remet en selle professionnellement avec Agent Double, où son jeu calme et stoïque crée un Eric O'Neill crédible mais relativement oubliable, et personnellement avec Stop-Loss (sortit DTV en France), pendant lequel il rencontrera l'actrice Abbie Cornish, qui fera un bout de chemin avec lui, jusqu'en 2010. Après s'est encore égaré dans quelques films, qui ne sont pas sortis en France (DarkWorld, Setup), nous le retrouvons cette année dans La Défense Lincoln,  alors même qu'il déclare dans les journaux songer très sérieusement à mettre un terme à sa carrière de comédien.


Vos réactions


Plus d'actu
logAudience