Cinquante ans de carrière. Claude Lelouch se devait de les fêter dignement. Voilà donc Ces Amours-là, fresque ambitieuse, l'occasion d'un bilan.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 12 septembre 2010 à 23h33 ,
MAJ le 16 septembre 2010 à 01h56 - 0 commentaire(s)

Claude Lelouch. Voilà maintenant plus de cinquante ans que l'homme nous raconte ses histoires, faites de nombreuses passions, mais aussi de drames, d'humour et de tendresse. La majorité de ses longs métrages se caractérisent même par un aspect hautement spécifique. La carrière du metteur en scène pourrait alors se résumer en différentes « fresques », toutes complémentaires, de 1961 à aujourd'hui.

Sur le point de fêter ses 73 ans, le cinéaste nous propose, en guise d'anniversaire, un tout nouveau film, Ces Amours-là, présenté comme une mise au point, sorte de bilan général artistique, professionnel voire intime. Analyse d'une oeuvre ambitieuse qui se réfère grandement aux précédentes.

 

L'aventure c'est l'aventure

 

Ces Amours-là - Fresque épique

L'épopée selon Claude Lelouch ? Une série d'actions chevaleresques, nobles et surprenantes (qui plus est insérées dans une réalité concrète). L'aventure c'est l'aventure, un de ses plus grands succès commerciaux, met ainsi en avant une galerie de caractères peu recommandables, et dont les méfaits amènent finalement à une dénonciation de la société contemporaire. A lui tout seul, le film peut donc, en ce sens, être considéré comme héroïque. Par ailleurs, avec Claude Lelouch, on ne s'ennuie jamais et le spectacle apparaît généralement total. Pour une raison tout à fait simple : en effet, ses films se composent non pas d'une seule et unique intrigue, mais au contraire d'un véritable tourbillon sans le moindre répis. Que l'on évoque Partir, revenir, Viva la vie !, La Belle histoire, Tout ça... pour ça ! ou Les Parisiens, la recette demeure sensiblement identique. Une multitude de personnages défilent et se croisent au fil des situations, tout en évoluant vers un objectif précis, conscient ou inconscient, leur inéluctable destinée. En conséquence, les surprises sont souvent de taille, l'avenir de chacun étant incertain. Et Claude Lelouch nous en fait une nouvelle démonstation à travers le personnage d'Ilva qui, dans Ces Amours-là, survit en fonction de ses affinités. Une difficulté (pour ne pas dire souffrance) d'autant plus terrible qu'elle ne lutte pas uniquement contre les autres (nous sommes en pleine Occupation Allemande), mais aussi contre elle-même. Si elle réussit à traverser les époques, c'est en se battant intérieurement, pour ce qu'elle pense être juste, souvent hélas à ses risques et périls. Mais telle est sa force car elle s'en relève toujours. « La vie est un film dont on aurait loupé les dix premières minutes et dont on partirait avant qu'il soit terminé. Comme on ne connaitra jamais le début ni la fin, il faut profiter du présent. Ilva a cette fraîcheur. Elle est ancrée dans le pésent et n'a pas besoin de lire les journaux ou d'écouter les autres pour savoir ce qu'elle a à faire ; elle écoute son coeur battre », dixit Lelouch

 

Les Misérables

 

Ces Amours-là - Fresque historique

Claude Lelouch a une passion toute particulière pour l'Histoire. Il faut dire que l'homme a traversé un certain nombre de « pages » parmi les plus importantes de notre Monde. Ainsi, le futur cinéaste n'a pas plus de deux ans lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate. Sa famille, d'origine juive, subit alors les foudres de l'Occupation. Il le raconte d'ailleurs avec beaucoup d'émotion dans Ces Amours-là, film quelque peu autobiographique, notamment en ce point précis. Dans les années 40, sa mère, pourchassée, le cache dans une salle de cinéma. Le petit Claude est sauvé, et la découverte du Septième Art le marquera à tout jamais. Ainsi, il ne cessera tout au long de sa carrière d'utiliser cette horrible période comme toile de fond. Nous pouvons par exemple citer Les Uns et les autres, ou bien encore Les Misérables, d'après Victor Hugo. Le premier évoque, entre 1936 et 1981, quatre familles de nationalités différentes réunies par un goût commun, celui de la musique, tout en étant marquées par la Seconde Guerre Mondiale. La Providence, heureuse pour certains, tragique pour les autres, les séparera alors définitivement. Plus ambitieux encore, Les Misérables exécute un parallèle entre la fiction signée Hugo, et une réalité, celle des Hommes au Xxème Siècle. Claude Lelouch retrace alors l'Histoire de notre existence avec un regard personnel, comme si sa fonction de réalisateur lui permettait de tout réécrire. S'il s'en dégage une certaine tristesse, c'est bel et bien l'espoir qui prédomine, sans se soucier d'une quelconque véracité, dans la mesure où les bons finissent par triompher. Idéaliste ou naïf ? Artiste, dirons-nous plutôt...

 

Ces Amours-là - Fresque romanesque

On ne peut évoquer le cinéma de Claude Lelouch sans parler d'Amour ou de passion. Il l'explique d'ailleurs lui-même dans Ces Amours-là. C'est après avoir filmé un premier baiser sincère et éclatant à ses débuts, qu'il raconta par la suite tant d'histoires sentimentales. Ce nouveau long métrage en est peut-être la plus belle. Audrey Dana y interprête Ilva, jeune héroïne plaçant ses sentiments au dessus de tout. L'image-vraie de la Femme moderne, car c'est ainsi qu'elle avance et s'intègre au milieu des autres. Pour lui, le sexe faible n'existe pas à proprement parlé : « Elles savent jongler avec le rêve et les difficultés du quotidien. Elles savent encaisser les coups, rebondir, cicatriser. L'Amour peur les tuer mais c'est aussi l'Amour qui les guérit. J'ai très vite compris que les femmes étaient prêtes à se sacrifier pour une histoire d'Amour, qu'elles étaient au coeur de l'essentiel ». Claude Lelouch est un amoureux des Femmes en général, si bien que l'ensemble de sa filmographie leur rend plus ou moins hommage. L'affection coule de source. A croire qu'il fit d'une citation de Balzac, « L'Amour n'est pas seulement un sentiment, il est un Art aussi », sa propre philosophie existentielle. D'Edith et Marcel (évoquant la relation entre Piaf et Cerdan) à Tout ça... pour ça !, en passant par La Bonne Année, Hommes, Femmes, mode d'emploi, et Hasards ou coïncidences, il n'est question que de cette émotion, tantôt triste, tantôt joyeuse. On en conserve alors, non pas le courage, mais l'envie d'aimer.

 

itinéraire d'un enfant gâté
 

Ces Amours-là - Fresque Humaine

Au final, Claude Lelouch a beau parler d'aventure, d'Histoire, ou de sentiments, sa véritable "étude" se porte essentiellement vers le genre humain. Il avait même l'ambition de lui consacrer une trilogie, hélas abandonnée en raison d'un échec cinglant, celui du premier opus, Les Parisiens. Pourquoi un tel rejet de la part du public ? Avait-il peur de s'y reconnaître ? C'est pourtant ce que Lelouch fait depuis ses débuts, à savoir capter le coeur-même de notre Âme pour ensuite l'enregister sur une simple bobine. Les gangsters de L'Aventure c'est l'aventure ne sont en fait que de grands enfants, à peine plus turbulents que ce que nous étions à un âge moins avancé. De leur côté, les héros d'Un Homme et une Femme s'aiment d'un Amour presque ingénu, tels deux adolescents. Quant à Sam Lion (Itinéraire d'un enfant gâté), il est l'adulte commun, regrettant ses rêves de jeunesse et travaillant pour une Société dans laquelle il ne se plait pas. Voilà donc maintenant plus de cinquante ans que Lelouch nous observe, nous raconte, nous critique et nous aime. Sa dernière déclaration en date, Ces Amours-là. Venez VOUS découvrir...


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