D'une idée entêtante d'un gamin à une expérience fascinante en 3 dimensions, retour sur les origines de La Grotte des rêves perdus et son histoire insolite.

Par Nicolas GILLI - publié le 30 août 2011 à 16h10 ,
MAJ le 30 août 2011 à 16h16 - 0 commentaire(s)
À l'occasion de la sortie de la Grotte des rêves perdus, second film documentaire de Werner Herzog ayant les honneurs d'une sortie salles en France, revenons sur l'histoire de ce projet et ses petits secrets de fabrication.
La grotte des rêves perdus de Werner Herzog  
Les origines insolites du projet
 
Si La Grotte des rêves perdus arrive cette année au cinéma, sa genèse remonte à il y a très longtemps. À l'année 1954 très précisément. À cette époque là, le jeune Werner Herzog, 12 ans alors, croise la route d'un livre montrant une peinture de la grotte de Lascaux. Une image obsédante qui le poussera à travailler pour payer ce livre et une expérience sidérante quand il pût enfin l'ouvrir. La sensation fut si forte qu'il l'avoue lui-même: « Mon éveil spirituel et intellectuel s'est fait grâce aux peintures rupestres du paléolithique ». La Grotte des rêves perdus n'est donc pas une nouvelle œuvre opportuniste se servant de la 3D comme d'un outil à la mode, c'est une œuvre pensée durant de longues années et qui a pu se concrétiser un jour, par un autre bon coup du hasard. De nature aussi obsessionnelle qu'audacieuse, il força quelque peu le destin lors d'une rencontre avec le ministre français de la culture, Frédéric Mitterand. S'il ne fut pas le premier à faire une demande pour filmer ce lieu d'exception qu'est la grotte Chauvet, il est par contre le seul à s'être proposé comme employé du gouvernement français, avec un salaire symbolique et son accord pour payer des impôts dessus. L'audace et les petites idées payent, il est le premier et seul cinéaste à avoir pu mettre les pieds dans cette grotte qui contient les plus vieilles peintures connues et peintes par l'homme.
 
La grotte
 
Personnage principal du film, la grotte Chauvet est un puits de mystères qui le restera pour encore longtemps. Découverte en 1994, elle n'est accessible qu'à une poignée de scientifiques triés sur le volet, sur des courtes périodes. La grotte est exceptionnelle non seulement par l'âge des peintures qui s'y trouvent mais également par leur état de conservation. Fermée de façon quasi hermétique pendant des dizaines de milliers d'années, son accès fût immédiatement interdit au public lors de la découverte afin d'éviter toute contamination extérieure. Les scientifiques qui ont la chance d'y travailler, une équipe d'une douzaine de spécialistes en art pariétal, faune, flore, géologie et autres, sont soumis à des contraintes d'une sévérité extrême qui conditionnent la conservation du lieu. Combinaisons stériles, respiration contrôlée, nécessite de suivre des passerelles sans mettre un seul pied à côté, les sols étant riches en ossements. C'est à ce prix que ce lieu, berceau de notre civilisation, restera intact.
La grotte des rêves perdus de Werner Herzog  
La logistique et la 3D

De telles mesures ont donc été appliquées à la mini équipe de tournage réunie par Werner Herzog pour arpenter les tunnels de la grotte Chauvet. D'autant plus que, comble de la difficulté en espace confiné, le réalisateur a envisagé le projet comme un film en relief dès son entrée dans la grotte, et il n'a jamais été question de transformer un film 2D en 3D de post-production. Les caméras 3D étant à l'origine plutôt encombrantes, c'est avec un appareil conçu véritablement sur mesure que s'est déroulé le tournage. Werner Herzog et Peter Zeitlinger, son chef opérateur attitré depuis 10 ans (leur première collaboration remonte à Invincible avec Tim Roth) ont travaillé dur pour en arriver au résultat magnifique vu à l'écran. Et comme le grand cinéma est parfois une histoire bricolage, il faut savoir que le premier jour de tournage a été effectué avec 2 caméras SI2k tenues côte à côte et le second avec 2 caméras GoPros montés sur un bras confectionné sur place. En attendant le matériel commandé aux USA, les artistes ont donc déjà capturé des images. Par ailleurs, ce n'est pas la seule fois où le système D les a sauvés, des accessoires ont dû être fabriqués durant le tournage pour accéder à certaines peintures.
 
De plus, en plein tournage, il y a eu la fameuse éruption du Eyjafjöll qui a sérieusement compliqué toute la logistique, comme on peut l'imaginer. Des retard, du matériel indisponible, tout est resté loin d'un désastre à la Terry Gilliam mais l'équipe a connu de vraies difficultés.
 
Les finitions
 
Des caméras sur des avions télécommandés, du bricolage, des interviews avec des excentriques de la région et la musique hypnotique de son complice Ernst Reijseger qui avait commencé à travailler avec Werner Herzog sur The White Diamond, autre documentaire exceptionnel et hors des frontières du genre, c'est la finition selon le génie allemand. Et pour pousser encore plus loin son obsession du détail, il a carrément refusé que son film soit projeté dans les salles avec des sous-titres, afin de ne pas perturber la perception du relief du spectateur. C'est pour cela qu'il a fait appel à son vieil ami le réalisateur Volker Schlöndorff, bien plus à l'aise avec la langue de Molière, pour nous raconter à nous autres français cette extraordinaire aventure à la rencontre de nos ancêtres.
 
La Grotte des rêves perdus sort dans les salles en 3D le 31 août 2011.
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