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La Horde : interview des réalisateurs (Yannick Dahan, Benjamin Rocher)

Par Geoffrey CRETE - 08 février 2010 - 1 commentaire(s)

Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Le premier est un journaliste féru de films de genre, connu pour son travail chez Positif et Mad Movies. Le second, fondateur d'Empreinte Digitale et Capture the flag, repasse derrière la caméra après un court-métrage qui a servi d'introduction à La Horde. Comme chaque nouvelle tentative de cinéma de genre en France, les zombies des deux jeunes réalisateurs attisent la curiosité autant qu'ils effraient. Que comptent-ils apporter au genre ? Que pensent-ils de ce qui se fait actuellement ? A quoi faut-il s'attendre en achetant son billet pour La Horde ? Réponses du duo de réalisateurs.

 

 

Retrouvez l'interview des scénaristes de La Horde ici


 
Comment vous définissez La Horde ?
Yannick Dahan : Comme un film d'action. On l'a toujours défini comme ça. Un film d'action fun et populaire. Ca n'a jamais été un film de zombies, mais un film d'action avec des zombies. L'idée a toujours été d'écrire une structure de scénario très simple basée sur le gimmick du quasi-temps réel, dans un lieu unique, ce qui collait en plus avec le budget. Nous voulions faire un film frontal, politiquement incorrect, drôle, quelque chose de fun autant dans le comique que dans l'action. Nous voulions mélanger les genres, ne pas faire une comédie pure ou un film entièrement sérieux.
Benjamin Rocher : L'intention n'a jamais été de dynamiter ou de révolutionner le film de zombies. Nous voulions déjà quelque chose d'efficace et jouissif ; nous aurions pu mettre moins de mitraillages et plus de tripes, mais c'est une voie déjà explorée. Alors nous avons réduit le gore au minimum, en gardant l'essentiel - têtes explosées par exemple. Nous nous sommes aussi demandés pourquoi ce genre de film marchait si bien à l'étranger. Peut-être parce que les gens veulent avoir ce qu'ils attendent en allant au cinéma. Ils veulent payer 10 euros pour du divertissement, du fun. En France, ce n'est pas ça. Il y a une attente intellectuelle. Mais ce n'était pas notre but. C'est un film pour le public, un film sensoriel, émotionnel. Et nous l'avons tourné avec cette idée : donner le maximum de plaisir au spectateur, avec nos moyens, pour qu'il s'éclate.

 

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Mais placer l'histoire dans un HLM de banlieue n'est pas innocent.
BR : Non, bien sûr. Nous voulions que le film soit de facture américaine dans le rythme, les lumières, le design, mais également le rendre spécifiquement français. Rapidement, et aussi pour des raisons budgétaires, nous avons choisi de tourner dans un lieu unique. Et nos banlieues ne ressemblent à rien d'américain ou d'anglais.
YD : Les gens pensent que ce cadre était avant tout un choix politique et accessoirement, un décor. Mais c'est l'inverse. En plus de vouloir situer clairement le film en France, ça changeait de Paris et du métro. Après, nous ne sommes pas idiots, le fait de placer son film en banlieue est un choix. Alors on s'est demandé comment le traiter pour que ça n'apparaisse pas comme un manifeste politique - parce que ce n'est pas La Haine - puisque par nature, le film de zombie est engagé. La question était de doser, que ça ne soit ni absent, ni lourd. Les éléments sont glissés, en sous-texte, plutôt que d'interpeller brutalement. C'est parfois un choix de cadre, d'angle. Tu mets des zombies derrière un grillage, et un personnage qui remarque qu'ils semblent appeler à l'aide, et c'est suffisant. Avoir un black qui regarde la masse et dit que ça lui rappelle Abuja, même si tu ne sais pas où c'est, ça t'évoque une réalité. Avoir ces deux camps, ces deux institutions gangrenées, puisque autant les flics que les voyous sont corrompus, qui continuent à se battre pendant la fin du monde, ça faisait de ces gens des déshérités qui se réveillent pour se faire entendre. Toute proportion gardée évidemment, nous nous sommes dit ça. Et plutôt que de l'exploiter dans le texte, nous l'avons montré. Encore une fois, il faut ressentir, pas intellectualiser.

L'apocalypse en toile de fond, c'était là depuis le début ?
BR : Oui. Il y a plein de films de zombies. Pour Romero, c'est l'apocalypse. Et toutes les séries Z avec le baril toxique, le virus qui s'échappe, les expériences militaires. Nous voulions un film d'action donc, avec les zombies comme cadre. Et très vite, nous avons suivi Romero. C'est le Jugement Dernier, l'apocalypse, les morts reviennent sur Terre : à partir de là, on y va. Et comme chez Romero, où on suit un groupe de personnes, on s'est dit qu'on allait s'intéresser à un groupe de flics et de gangsters qui s'affrontent.
YD : Au-delà de tous ces discours intello sur Romero, qui me font toujours rire, il avait surtout compris que les choses sont très simples. A chaque fois que tu essayes de contourner ou détourner le genre, la plupart du temps, ça ne marche pas. Ce qui fonctionne, c'est que les morts reviennent pour bouffer les vivants, il faut leur tirer dans la tête pour les arrêter, et si tu es mordu, tu vas te transformer en zombie. Tout est dit dans ces trois règles, propices à des interprétations politiques, idéologiques, etc. Les films que j'aime sont ceux qui suivent ces règles d'ailleurs. 28 jours et 28 semaines plus tard, finalement, reviennent à ça. Il ne faut pas essayer d'être plus malin. Du coup, on trouvait ça drôle que Jo Prestia dise qu'il faut leur tirer dans la tête mais que personne n'écoute. Ou que celui qui est en train de se transformer se fasse tuer avant.
BR : Et la scène du toit était le meilleur moyen de montrer l'étendue des choses par une petite fenêtre.
 
Justement, en écrivant un film de zombie, on ne se dit pas que les personnages connaissent le film de genre, et savent qu'il faut tirer dans la tête d'un zombie pour s'en débarrasser définitivement ?
BR : C'est une question primordiale dès que tu écris un film de genre avec des règles et une mythologie. Le film de genre existe-t-il dans le film de genre ?
YD : Pour moi tu n'as pas le choix. Sinon, ça ne marche pas. Il faut toujours prendre le parti de croire que ça peut arriver. Pour cela, tu ne peux pas le créer dans le réel comme si c'était une fiction. Ou alors ça devient du troisième degré, comme Scream

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L'idée de mélanger deux genres bien distincts était présente dès le début ?
BR : C'était même le principe de base. Yannick est venu et s'est dit qu'on n'avait pas vu depuis longtemps le double feature, comme Une nuit en enfer de Rodriguez. Sauf que nous voulions quelque chose de sérieux. Après, on s'est demandés ce qu'on aimait : le polar des années 70 et le film de zombies. La première version faisait 140 pages et coûtait 10 millions, alors il a fallu faire des choix. Jusqu'au dernier moment, pendant le montage, nous avons constamment rééquilibré ces deux parties jusqu'à faire un film d'action avec des zombies.
 
La version qui sort en salles vous convient alors ?
BR : Oui, c'est la version définitive, la director's cut. Rien ne nous a été imposé.
YD : Nous tournions autour de ce début depuis des mois. Nous sentions que quelque chose clochait, et les gens qui aimaient nous le disaient aussi. C'était trop long, bavard. Nous avons trouvé l'argent pour avoir deux jours de montage supplémentaires, et nous avons réalisé que des éléments ne nous plaisaient pas. Nous avons asséché le film, et il est beaucoup mieux maintenant.
BR : C'était des résidus de cette volonté de deux films en un.
YD : Ce genre de chose est très courant, même si les critiques et le public l'ignorent. Un film est avant tout pour le public, alors il faut l'écouter autant qu'on le peut.
 
Que pensez-vous du cinéma de genre français actuel ?
YD : Ce qui est bien, c'est qu'il y a des gens qui donnent - peu, mais quand même - pour que ces films existent. Nous arrivons après quelques films qui n'ont pas eu de vrai succès mais qui le méritent. Il viendra bien un jour où un film de genre fera un carton qui permettra de débloquer plus d'argent, parce que ces films ont besoin de plus d'argent pour avoir plus de valeur.  

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Les références de Stéphane Moïssakis et Arnaud Bordas, les scénaristes, vont vers John McTiernan et John Carpenter. Et du côté de la mise en scène ?
YD : Nous avons été bercés par Cameron, Spielberg, Verhoeven. Nous avions des story-boards de dingue, et il y a des choses que tu gardes, et d'autres, non. Nos ambitions sont à la mesure des films qui nous ont inspirés, et ces films coûtent 80 millions de dollars, alors forcément ! La scène sur la voiture par exemple contient quelques plans qu'on ne voit pas dans le cinéma français et auxquels on tenait.
BR : Même si on ne retrouve pas forcément nos influences dans les travellings et les mouvements de caméra, ça se retrouve dans le rythme et la narration.
YD : Je pense que le montage est un gros point fort de La Horde. Parce que le monteur aime le même genre de films que nous.
 
Les jeunes réalisateurs français qui font leur premier film de genre sont immédiatement appelés par les studios américains. Vous êtes prêts à succomber ?
BR : Nous avons une autre logique. Nous avons monté une boîte de production avec Yannick et mon frère pour faire du cinéma différent, en France. Nous avons d'abord envie d'aider le développement de projets ici, mais produire des films pour des territoires anglo-saxons nous plaît aussi.
YD : Après, si les films ne trouvent toujours pas de public en France d'ici quelques années, peut-être que les choses changeront. Surtout qu'à l'étranger, les choses sont plus simples. Un réalisateur ça veut tourner, c'est son boulot, alors si rien ne se fait en France, il va réaliser son petit remake aux Etats-Unis. A terme, on aimerait être un oasis pour des gens comme Eric Valette et Florent Emilio-Siri pour qu'ils ne mettent pas six ans à monter un film. Nous, nous voulons leur donner un budget et carte blanche pour qu'ils fassent leurs films.
 
 
Propos recueillis par Geoffrey CRETE


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