Mercredi déboulera dans nos salles La Horde, nouvelle tentative de film de genre made in France. L'occasion de rencontrer les deux scénaristes

Par Geoffrey CRETE - publié le 07 février 2010 à 22h05 ,
MAJ le 10 février 2010 à 19h13 - 0 commentaire(s)

Tout juste rentrés de la présentation de La Horde à Gérardmer, dans un froid glacial mais sous le regard d'un John McTiernan sous le charme, Stéphane Moïssakis et Arnaud Bordas attendent avec impatience la sortie du film qu'ils ont écrit avec Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Zombies, policiers, gangsters, hémoglobine, fusillades, bagarres, voiture et autre apocalypse sont au programme de cette nouvelle tentative des Français d'atteindre le niveau des films de genre d'outre-Atlantique. Découvrez le pourquoi et le comment en quelques mots avec les deux scénaristes.

 

 

Retrouvez l'interview des réalisateurs de La Horde ici

 
Comment est née l'idée de La Horde?
Arnaud Bordas : Stéphane et moi écrivions déjà ensemble. Yannick Dahan et Benjamin Rocher voulaient réaliser un film de genre, un mélange de policier et de film de zombie. Un peu comme Une nuit en enfer, mais au premier degré. Ils ont contacté plusieurs scénaristes, comme lors d'un casting, et leur ont proposé quelques scènes à écrire pour voir avec qui ça collait le mieux.
 
La version qui sort en salles a été remontée. Le début, qui introduisait justement le genre de polar, a été raccourci. Vous n'êtes pas déçus ?
Stéphane Moissakis : La Horde a toujours été un film collectif. Personne n'a jamais mis son ego en avant, que ce soit Yannick, Benjamin, ou un de nous. Quand nous avons vu qu'il y avait énormément de retours négatifs quant au début, il était logique d'écouter ce que le public voulait. Même les gens qui aimaient le film venaient nous voir pour dire que quelque chose clochait avec le début.
AB : Après différentes projections, nous avons vu que les gens riaient et réagissaient aux mêmes endroits, et c'est ça le principal. L'idée du tout début était vraiment de couper le film en deux parties, avec une première moitié polar et une seconde tournée vers le film de genre. Mais petit à petit, pour des raisons de budget, de production, les choses ont évolué. La première version du scénario durait environ 2h30 et aurait coûté horriblement cher.

 

La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher
 
Vous avez envie que La Horde connaisse une suite ?
SM : Nous n'y avons jamais pensé. Ca n'a pas été une question posée par Yannick et Benjamin. Et puis ce serait compliqué : vu la manière dont les choses se terminent, ce serait un film totalement différent, plus cher, plus gros. En revanche nous avions envisagé un prequel. La Horde est déjà la suite du court-métrage Rivoallan, et nous avions pensé à une sorte de spin-off centré sur certains personnages, comme René. Mais il faudrait vraiment un attachement extraordinaire pour que les spectateurs aient envie de suivre René, jeune, en Indochine. Surtout que ceux qui iront voir La Horde sont principalement des amateurs de films de genre.
 
Le cadre post-apocalyptique en arrière-plan, c'était une volonté ou une nécessité économique ?
SM : Dès le début, c'était présent, et Yannick et Benjamin ne voulaient pas donner de raison. Il y a des zombies, point. D'ailleurs, à aucun moment ils ne sont désignés comme tel. Et dans les films de Romero, rien n'est jamais expliqué, le film commence et tout est là. Il utilise le journal télévisé pour donner une réalité à l'histoire. La scène du toit dans La Horde était une étape majeure du scénario ; il fallait rendre crédible cette association entre les deux camps. On s'est demandé qu'est-ce qui pourrait pousser ces personnes si différentes à s'unir. Et leur jeter en pleine face la réalité des évènements était la meilleure option.
 
Il y a une dizaine de jours, vous étiez à Gérardmer pour présenter le film. Comment a-t-il été reçu ?
SM : Nous n'aurions jamais pensé présenter ce film dans un festival comme celui-ci, devant des adeptes du genre, présidé par John McTiernan ! A la fin de la projection, il est venu nous féliciter, en disant que c'était vraiment un film fun. Il a utilisé le mot fun, ça nous a vraiment touchés. Nous adorons tous les deux McTiernan, et inconsciemment, il y a plein de petits clins d'œil à ses films dans La Horde.
AB : Toute la soirée, nous étions sur un petit nuage ! Et le lendemain, nous avons dû nous demander si ça n'avait pas été un rêve !
SM : Et le public s'est beaucoup amusé, les gens réagissaient aux mêmes moments, soit en riant, soit en remarquant le second degré.

 

La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher
 
Le cinéma de genre renaît petit à petit en France depuis quelques années. Qu'en pensez-vous ?
SM : Il y a effectivement cette "new wave" depuis un moment. Personnellement, je pense qu'il y a encore du chemin à faire. Je retiendrais Maléfique, Haute tension et A l'intérieur.
AB : Moi aussi.
 
Les jeunes réalisateurs qui s'essayent au film de genre sont immédiatement appelés par les studios américains. Vous aimeriez tenter l'expérience ? Vous aimeriez sans doute passer derrière la caméra...
SM : Oui ! Après, on débute, il faut se laisser le temps. Pour ce qui est des réalisateurs qui tournent aux Etats-Unis, je les comprends. En France, faire un film de genre est très difficile, ça peut prendre des années sans aucune assurance que le film verra le jour. Même si beaucoup gardent un mauvais souvenir de leur expérience je pense, c'est forcément intéressant. Eric Valette a tourné un remake (One missed call, remake du film de Takashi Miike, inédit dans nos salles) qui a dû être une expérience difficile, mais ça lui a permis de monter Une affaire d'Etat plus facilement. Pour les producteurs, un réalisateur qui a tourné outre-Atlantique est un plus.
AB : Il faut y aller pour les bonnes raisons en fait. Quelqu'un comme Alexandre Aja l'a compris. Les studios américains cherchent systématiquement à engager des Français ou des gens qui viennent du clip pour leurs films. Ca coûte moins cher que Ron Howard. Mais contrairement à un réalisateur de clip, ils savent qu'un Français sait raconter une histoire. Ce qu'Aja a compris, c'est qu'un Français peut revenir tourner dans son pays. Si un studio le menace de faire en sorte qu'il ne tourne plus aux Etats-Unis, il peut tenir tête. Un réalisateur de clip, lui, peut véritablement être grillé en cas de conflit.
 
Vous avez un nouveau projet en commun ?
SM : Oui, nous travaillons sur un autre scénario.
 
Un autre film de genre ?
AB : Oui. Mais attention, nous avons dit film de genre, pas film de zombie !
 
 
Propos recueillis par Geoffrey CRETE
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