En fugitif traqué comme un animal, Albert Dupontel s'est investi à 100% dans les cascades et la dimension physique de La Proie.

Par - publié le 12 avril 2011 à 00h00 ,
MAJ le 12 avril 2011 à 10h25 - 0 commentaire(s)

Habitué des fillms de genre et des rôles musclés, Albert Dupontel s'est donné corps et âme pour La Proie d'Eric Valette. Assurant lui-même toutes les cascades du film et donnant une dimension physique impressionnante à son personnage de braqueur évadé de prison, l'acteur revient sur sa performance. Interview. 

La proie de Eric Valette

Avoir un rôle aussi physique facilite t'il le fait d'entrer dans la peau du personnage ?

Albert Dupontel) Oui et je suis content que vous posiez la question. C'est très juste. Cela vous amène dans un état de concentration supérieur qui vous permet de mieux incarner le personnage. Si vous deviez jouer un maître d'école ou un moine, ça serait superflu. Ce que la caméra arrive à prendre de moi sur La Proie, c'est la frénésie et l'urgence de mon personnage. Il y a un côté volontariste et boy-scout à vouloir tout assurer soi-même mais cela m'a aidé, intuitivement parlant.

 

C'est un personnage qui parle peu. Cet aspect était-il présent dans le scénario et avez-vous été tenté de lui mettre plus de mots dans la bouche ?

AD) J'ai été tenté de lui en enlever ! J'ai dit à Eric Valette que je voulais en faire un Lino Ventura en moins bavard. A l'écriture du scénario, il est nécessaire d'écrire des dialogues car il faut bien que les gens aient quelque chose à lire. On s'y retrouve plus facilement dans les dialogues que dans les descriptions. A la caméra, il vaut mieux jouer la peur que dire 'J'ai peur'. Mon personnage est tellement primitif dans ses pulsions qu'il est inutile de rajouter des commentaires. L'image est éloquente.

 

Comment est Eric Valette en tant que directeur d'acteurs ?

AD) Avant le tournage, nous ne savions pas vraiment comment tourner les scènes d'actions. Eric est resté ouvert à mes suggestions. Le reste du temps, il sait très bien ce qu'il veut. Encore une fois, il y a très peu de psychologie, tout est très physique. Les propositions sont indiscutablement les bienvenues. Je pense que la qualité d'un metteur en scène vient du fait d'écouter tout ce qu'il se dit. 

La proie de Eric Valette

Votre personnage est dans un état d'urgence permanent. Comment reste-on motivé et dans cet état frénétique alors qu'il y a de nombreuses pauses entre chaque prise ?

AD) Les scènes physiques étaient là pour relancer la machine. On a passé une semaine très éprouvante à Prague. Le matin, on recommence ce qu'on a fait la veille ou alors la caméra coupe et on tourne sous un autre axe... Jouer est toujours dangereux devant une caméra : il faut 'être'. C'est pour cela que ce rôle est en or. Il suffit d'être ce mec qui court, qui saute... Si je joue un mec qui court, ça va être ridicule. On se reconditionne très vite.

 

Pouvez-vous me dire quelques mots sur une scène qui n'est pas une scène d'action ? Celle où vous vous trouvez face à Sergi Lopez...

AD) J'aime beaucoup Sergi. Il est très charismatique et quand j'ai su que c'est lui qui avait le rôle j'étais très heureux. Il est très rapidement le personnage au lieu de le paraître. En tant qu'acteur vous avez différents niveaux d'écoute. J'en avais un avec Alice Taglioni, un autre avec Stéphane Debac. Avec Sergi, il y avait une envie commune de s'amuser alors que la scène n'est pas franchement drôle. C'est toujours difficile de dire aux spectateurs et aux journalistes que c'est un jeu. Si ce n'est plus un jeu c'est dramatique. Il ne faut pas être victime de ce que l'on est en train de raconter. Il faut le faire sérieusement sans jamais se prendre au sérieux. Je me rappelle qu'on a beaucoup rigolé durant la séquence. Il a une intuition, une présence... J'espère que je le recroiserai.

 

Vous parlez de jeu. Faut-il être dans ce jeu quand on donne la réplique à une petite fille, comme c'est le cas dans La Proie ?

AD) C'est une enfant d'une maturité déconcertante par rapport à son âge. J'ai été conquis. Hors prise, je lui ai fait découvrir Led Zeppelin. Je me rappelle qu'elle dansait sur du John Lee Hooker. Le charme d'une enfant est incroyable. Elle a pleuré quand elle a su que c'était son dernier jour de tournage. J'ai eu un niveau d'écoute enfantin avec elle, délicieux, plein de complicité. Elle a toujours gardé sa fraîcheur et la caméra prenait ce qu'elle voulait à tout moment.


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