C'est le méchant de La Proie, l'homme par qui tout arrive et surtout le malheur. Dans le thriller d'Eric Valette, Stéphane Debac incarne un tueur en série implacable. Sous l'apparence d'un monsieur tout le monde bien sous tous rapports, son personnage est un meurtrier glaçant, un prédateur implacable. Interview.
Le tueur en série est une figure emblématique du cinéma contemporain. En construisant votre personnage avec-vous pensé à un protagoniste préexistant ?
Stéphane Debac) Je ne me suis pas inspiré de serial-killer existant ou connu. En général, je fais appel à mon imaginaire et je construis des choses avec le metteur en scène. Je me méfie toujours des pièges de l'imitation, surtout sur la longueur. On est pas dans le cadre d'un biopic. L'idée, c'était de partir sur un type d'aspect normal sans pour autant prendre le total contrepied. C'est une normalité effrayante. C'est le bon collègue, bon camarade, doux. Avec une voix un peu détimbrée, timorée. Le genre de type inoffensif et insoupçonnable. En même temps, tout est joué de sa part. Il y a une part de manipulation avec une croyance absolue en ses actes. Il fallait être sur le fil entre sa nature propre et sa malice. Il y avait plusieurs couches à jouer. J'ai travaillé d'abord sur un aspect physique, son rythme et puis j'ai regardé les gens sur lesquels on ne se retournent pas.
Pensez-vous que votre personnage répond à une pulsion et a-t-il conscience du mal qu'il fait ?
SD) Dans ma façon de l'aborder et dans la volonté d'Eric, je ne pense pas. Avoir conscience de ce qu'il fait devrait générer des regrets, des remords. Ce n'est pas le cas. Une scène violente peut précéder une jolie séquence conviviale. C'est tout à fait cohérent. Ces mecs là sont dans la concrétisation d'une pulsion qui les dépasse. Cest quelque chose d'inéluctable. C'est un prédateur planqué dans une couleuvre.
Son mode opératoire engage une complice jouée par Natacha Regnier. Comment s'est déroulé le travail avec l'actrice ?
SD) Ce fut une relation exceptionnelle, au niveau profesionnelle et amicale. Jouer, cela commence à deux. On s'enrichit de l'autre, des regards de l'autre. On avait une vraie complémentarité de travail. Il n'était pas question que ce couple là ait une relation charnelle. J'avais vu il y a longtemps un homme tenir sa petite-amie par la nuque. J'avais trouvé cela abject. J'ai proposé cela à Natacha. Inversement, j'ai le souvenir d'un regard de sa part dans le rétroviseur. Un mélange d'amour et de terreur. On a fait exister nos personnages ensemble.
L'improvisation a-t-elle eu une place importante durant le tournage ?
SD) Eric Valette avait confiance en nous. Pour moi, la direction d'acteurs passe par ça. Mes propositions de départ correspondaient à ses attentes. Durant le tournage, il est très ouvert et en même temps très directif. Il a une autorité naturelle et ne place jamais sa caméra au hasard. A l'intérieur de ça, on se sent regardés. Cela paraît anodin mais il sait capter des choses imprévues que l'on peut proposer.
Vous avez commencé par la comédie avant d'aborder des rôles dramatiques. Y a t'il un genre qui vous paraît plus difficile d'approche ?
SD) Je n'ai pas l'impression qu'il y ait un registre plus difficile que l'autre. On a coutume de dire qu'il est plus dur de faire rire que de faire pleurer. Je ne crois pas. Au cinéma, quand on prend le risque de faire pleurer le spectateur, on prend celui de pleurer soi-même. De façon générale, je préfère suggérer. Dans la comédie, même s'il y a une notion d'invention, de rythme et d'efficacité, c'est pareil. Il faut laisser sa part au spectateur. J'aime le voir actif.

