Alors que s'apprête à sortir dans nos salles la nouvelle version de l'hilarant Contes de l'âge d'or produit par Cristian Mungiu et tourné par d'autres cinéastes roumains, il semblait intéressant de revenir sur la genèse du projet que mena celui qui reçut pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours, la Palme d'Or 2007.
Un film unique, digne du meilleur des comédies italiennes...
Alors que la Révolution roumaine fête aujourd'hui ses vingt ans, Cristian Mungiu accompagné de quelques uns de ses compatriotes nous offre un film sur les dernières années de la Roumanie du Conducator, Nicolas Ceaucescu. Mais loin d'être aussi férocement dramatique que les films qui firent du cinéma roumain ce qu'il est aujourd'hui, l'esprit est tout autre. En effet, l'envie première qui commanda Contes de l'âge d'orrepose d'abord sur la volonté de revisiter une époque et la jeunesse d'une génération, celle des Roumains qui avaient une vingtaine d'années lorsque le régime s'effondra. Et cela avant que les souvenirs ne s'évanouissent à jamais et que se perde l'atmosphère si particulière de ces années d'oppression et de dictature que seul l'humour rendait supportable.
Car là se trouve justement toute la saveur de ce film : l'objectif n'est nullement d'apitoyer mais au contraire de saisir avec toute la subjectivité que cela implique, l'Histoire d'un peuple et sa faculté à résister par la manigance, la débrouillardise et l'absurde. De fait, s'imposa l'idée de raconter cette période non sous l'angle du pire, mais sous celui des légendes urbaines que les uns et les autres se racontaient et colportaient pour mieux tenir face aux calvaires d'un tel quotidien.

...et profondément collectif
C'est alors qu'une autre idée se fit jour : un tel projet ne pouvait pas reposer sur un seul homme, aussi reconnu soit-il : il devait être collectif. Ainsi, Cristian Mungiu resta dans l'ombre, enfila les habits du producteur et du scénariste puis s'attela à réunir des cinéastes prompts à la mise en œuvre d'un tel film à sketchs. Avec une seule obligation cependant, tous devaient avoir connu la période. Pour le reste, la liberté, le ton et la singularité seraient de mise dès lors que l'unité du projet pouvait être conservée.
C'est donc ainsi que le cinéaste de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, supervisa l'ensemble en invitant Iona Uricaru, Hanno Höfer, Razvan Marculescu et Constantin Popescu à l'accompagner dans une telle aventure. Et force est de constater que l'ensemble fonctionne à merveille puisque l'œuvre collective une fois achevée met idéalement en scène et sans cynisme, l'état d'esprit décalé et la schizophrénie qui régnaient sous la dictature. Car des petites arnaques en passant par l'euphorie d'un cochon que l'on va découper, tout en s'arrêtant sur le sort d'un village que l'on repeint à neuf dans l'attente du despote, Contes de l'âge d'or n'est que folie amère et donne à voir sans pathos, la résistance journalière de tous ces gens face à l'incurie et aux absurdités du régime.
Portraiturant la Roumanie des années 1980 comme aucun autre film ne l'a fait jusqu'alors, Contes de l'âge d'or reçut d'ailleurs un vibrant accueil lors de son passage au dernier Festival de Cannes. Et même si la version que nous en verrons en salles a été écourtée, passant de cinq courts-métrages à trois, il n'en reste pas moins que ce projet collectif atteint ce qu'il cherchait, à savoir saisir au plus près une nation toute entière désireuse de survie et capable de rire de ce qu'elle vivait au jour le jour, entre comique, grotesque et ironie.
Entre Histoire et humour : un film populaire et accessible
Car, quoi de mieux que l'humour pour raconter par le prisme du cinéma, le totalitarisme d'un Etat qui fut l'un des plus impitoyables d'Europe de l'Est et qui présentait ces années comme celles de l'âge d'or du pays ! Et c'est notamment pour cela que Contes de l'âge d'or se veut extrêmement proche des légendes urbaines qu'il raconte, elles qui animaient les conversations des uns et des autres tant dans les files d'attente que le soir en famille. En effet, à défaut de pouvoir renverser le régime et de s'y opposer radicalement, fallait-il y résister à son échelle et seul l'humour pouvait de manière presque cathartique y parvenir. Et là n'est non pas la moindre vertu de ce projet.
Or, limiter Contes de l'âge d'or à sa dimension historique et à sa vocation dramatiquement humoristique, c'est certes intéressant lorsque l'on parcourt les festivals mais c'est oublier qu'un film en définitive n'existe et ne pèse que s'il est vu et distribué pour le grand public. Dès lors, l'envisager autrement, et notamment sous l'angle de son accessibilité, met en exergue son autre mérite : rendre compréhensible une époque et plus encore une situation tragique, sans verser dans le sensationnalisme, le mélodramatique ou l'humour facile. Et Contes de l'âge d'orrépond effectivement à une volonté forte chez son concepteur et scénariste en chef, celle d'amener les gens en salles et de considérer le public en présupposant à la fois son intelligence et son envie de se divertir lorsqu'il fait face à un écran.
De fait, ce projet, aussi ambitieux soit-il, marie l'audace d'un sujet dur, l'exigence d'une forme délicate et la difficulté d'œuvrer à plusieurs, en veillant toujours à faire rire son public et à le respecter sans jamais nuire au récit ni se déconsidérer. Et ceci n'est pas rien face à une telle gageure. En cela, on ne saurait donc que trop vous conseiller de profiter des congés de fin d'année et l'actualité liée à la révolution roumaine, pour aller voir Contes de l'âge d'or, cet excellent film à plusieurs mains que l'on doit à l'enthousiasmant Cristian Mungiu.

Pour aller plus loin
Retour sur la révolution roumaine : http://www.liberation.fr/monde/0101610076-la-revolution-roumaine-a-vingt-ans
http://www.diploweb.com/p5duraca1.htm
Site officiel de Contes de l'âge d'or : http://www.contesdelagedor-lefilm.com/
Site anglophone de Contes de l'âge d'or : http://www.talesfromthegoldenage.co.uk/

L'histoire : Les Contes de l'âge d'or est une histoire hors du commun sur fond de légendes urbaines racontée du point de vue des gens ordinaires. L?action se dérou[…]
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