La vérité si je mens ! en est déjà à son troisième volet. L'occasion de se réintéresser aux origines ainsi qu'à l'évolution de cette saga.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 26 janvier 2012 à 01h00 ,
MAJ le 27 janvier 2012 à 02h23 - 0 commentaire(s)

Qui l'eut cru ? Plus de quinze ans après leurs premières aventures, Serge, Dov, Eddie, Patrick et Yvan demeurent toujours aussi populaires. Preuve en est, un nouvel opus, dont l'arrivée en salles est prévue le 1er Février, attire d'ores et déjà de très nombreux spectateurs, voire même plus qu'espérés, lors de ses avant-premières. Il y a peu, celle du Grand Rex à Paris vit par exemple ses réservations complètes en seulement trente minutes. Une seconde séance fut donc aussitôt programmée... La vérité si je mens ! 3, plus fort que Les Bronzés, Les Ch'tis et Intouchables réunis ? En tout cas, pour l'heure, l'engouement semble au rendez-vous.
 
Rappelons qu'en 1997, La vérité si je mens ! avoisinait les 5 millions d'entrées. Quatre ans plus tard, La vérité si je mens ! 2 en cumulait pas loin de 8. La vérité si je mens ! 3 se trouve à présent dans les starting-blocks et devrait sans nul doute remporter la médaille d'or en ce début 2012. Champions du Monde ? Définitivement...

 

La vérité si je mens ! de Thomas Gilou

 

Cependant, à l'origine, rien ne prédestine cette joyeuse équipe à un tel succès. Tout part d'une rencontre organisée au début des années 90 entre Manuel Munz et Gérard Bitton. On leur propose d'écrire un scénario à quatre mains autour d'une thématique qui leur est chère, le Sentier (Munz est notamment à l'origine d'un roman intitulé Rock Casher, ndlr). Enthousiaste, le binôme s'attèle immédiatement au projet. Hélas, refusé par d'innombrables producteurs (certains y croient mais nul ne veut prendre le risque), le script de Munz et Bitton s'apprête à disparaitre au fin fond d'un tiroir. Jusqu'au jour où Aïssa Djabri, à qui l'on doit Raï, Le péril jeune, Chacun cherche son chat et plus récemment Tout ce qui brille, en entend parler. Le jeune homme voit à travers cette brillante idée un film « grand public ». Et de fait, loin de la marginalité imaginée par les auteurs (ceux-ci pensent même faire appel à des acteurs amateurs), Djabri choisit de déployer un maximum de moyens (toute proportion gardée). Parmi les noms évoqués, on trouve celui d'Albert Dupontel (pour le rôle principal), Guillaume Depardieu (curieusement remplacé par Bruno Solo), Dominique Farrugia, Yvan Attal (espérant aujourd'hui jouer dans le 4), Vincent Lindon... ou Gad Elmaleh, qui se voit offrir le personnage de Dov mais le refuse pour jouer avec Gérard Depardieu dans XXL réalisé par Ariel Zeitoun (un four !).

 

Discrètement sorti le 30 Avril 1997 dans nos salles, La vérité si je mens ! se transforme pourtant en un véritable évènement national. Souffrant d'aucune concurrence, en tout cas pas dans le même genre (Romeo + Juliette de Baz Luhrmann, Le Cinquième Elément de Luc Besson...), le long-métrage de Thomas Gilou séduit rapidement, et ce, pour diverses raisons. D'abord, il met l'accent sur une jeune et nouvelle génération de comédiens. En effet, à l'époque, la plupart ne sont pas encore célèbres mais ils attisent néanmoins notre curiosité. Vincent Elbaz sort à peine d'un triomphe, celui remporté par Les Randonneurs de Philippe Harel. Face à lui, José Garcia et Bruno Solo, agrémentés du « label » Canal Plus, commencent à marquer l'Histoire de la télévision française (quelques séquences issues du Top 50 ou de l'émission Nulle part ailleurs continuent même de fleurir la plupart des bêtisiers actuels). C'est donc avec excitation que l'on suit leur début au cinéma. De plus, La vérité si je mens ! marque le grand retour de deux Richard, Anconina et Bohringer, qui, bien qu'échappant à une longue traversée du désert, conservent un capital sympathie intact. A cela s'ajoute la présence d'Elie Kakou, LE phénomène humoristique du moment. Reste un cas à part, celui de Gilbert Melki. Totalement inconnu, il n'est apparu que dans un seul film, Betty de Claude Chabrol, cinq ans plus tôt.  Au final, il devient l'incroyable « révélation » de cette première Vérité, parvenant même à surpasser ses différents camarades (les épisodes suivants confirmeront d'ailleurs cette tendance). Doté d'une voix suave ainsi que d'un physique extrêmement classieux, l'acteur fait de Patrick Abitbol un personnage haut en couleur, caricatural mais tellement irrésistible, et dont les spectateurs ne tarderont pas à s'approprier les répliques (« Look ! The ring... »).

 

La Vérité si je mens ! 3 de Thomas Gilou

 

C'est là la seconde force du métrage : son écriture. Car au-delà d'un trait exagéré, l'histoire et le caractère de La vérité si je mens ! se montrent particulièrement aboutis, décrivant avec précision le monde du Sentier, sa vie, ses mœurs... En somme, une comédie sociale dans l'air du temps... Ou presque, l'oeuvre n'étant pas aussi originale qu'elle n'y parait. Ainsi, le critique Louis Skorecki la compare avec une autre signée Philippe Clair, Déclic et des claques (1964), qu'il considère comme « une sorte de brouillon mal fichu et joyeusement mockyen » du film de Thomas Gilou. A juste titre. Avant de devenir le roi du nanar franchouillard (Tais-toi quand tu parles, Plus beau que moi tu meurs et Par où t'es rentré on t'a pas vu sortir), Philippe Clair fut effectivement l'un des premiers à développer chez nous ce que l'on appelle l' « humour pied-noir » : Déclic et des claques, ou les péripéties de quatre amis nés en Algérie, débarquant à Paris pour y trouver fortune et amour. Cela devrait vous rappeler quelque chose... On y croise Annie Girardot, Mike Marshall, Georges Blaness, Renée Saint-Cyr... et Enrico Macias. Clair fera également débuter Richard Anconina dans Comment se faire réformer, en 1977. Heureux hasards... Quoi qu'il en soit, avec La vérité si je mens !, Munz et Bitton reprennent et développent cette tradition comique essentiellement basée sur l'emploi précis d'un accent, d'un phrasé ou encore d'une gestuelle, tout en se moquant de la culture séfarade. Entre-temps, une multitude d'artistes (Guy Bedos, Robert Castel, Elie Kakou...) en ont fait leur fonds de commerce. Les deux auteurs tentent donc de se distinguer par une approche scénaristique inattendue (on suit le parcours d'un homme tentant de dissimuler son identité non juive au sein de la communauté) et des dialogues cinglants (« Vas-y dit lui qu'elle a les yeux qui sentent le cul », « Putain c'est lourd, mais qu'est-ce qu'elle a mis dedans ? Le mur des lamentations ou quoi ? », « Et là il prend sa voix mielleuse de tunisien d'sa race et il m'dit : Eh Serge, comment tu vas ? Et quel bon vent t'amène ? J'y dis : Eh eh eh, c'est une tornade qui m'amène, enculé ! »...).

 

La vérité si je mens

 

Le résultat est connu de tous : des millions de spectateurs hilares et une série de critiques on ne peut plus élogieuses. En conséquence, la bande réfléchit à un second volet. Le casting évolue alors. Exit Richard Bohringer, Anthony Delon... Place à Pierre-François Martin-Laval, Daniel Prévost, Enrico Macias et Nicole Calfan. En outre, Vincent Elbaz cède son contrat à Gad Elmaleh (avant de la reprendre sur l'épisode 3). Un méli-mélo incompréhensible. Même Gladys Cohen change de rôle, jouant successivement la mère de Dov puis de Serge. Ce genre de détails importe-t-il si peu aux yeux de la majorité ? Réponse : oui, d'autant que La vérité si je mens ! 2 s'avère être une pure réussite, ré-explorant avec encore plus de soins l'univers, les personnages sans oublier le ton amorcés sur le précédent. Dès lors, le burlesque s'impose et accompagne une intrigue riche en rebondissements. On attend de voir maintenant ce que nous réserve la suite...


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