Sobre et intense, Mathieu Kassovitz est magistral dans La vie d'un autre et forme un couple inoubliable aux côtés de Juliette Binoche.

Par Jérôme BEALES - publié le 13 février 2012 à 08h00 ,
MAJ le 13 février 2012 à 09h57 - 0 commentaire(s)

Après avoir dirigé Sylvie Testud dans L'Ordre et la morale, Mathieu Kassovitz se retrouve cette fois sous la direction de la comédienne dans La Vie d'une autre. Entre dureté et tendresse, il signe une superbe interprétation et incarne impeccablement ce mari dépassé par un événement qu'il ne peut comprendre. Un vrai talent de comédien donc, même si Mathieu Kassovitz préfère le minorer... Rencontre.

La vie d'une autre de Sylvie Testud

A l'exception de vos récents doublages dans Apocalypse et The Prodigies, sans oublier votre rôle dans L'ordre et la morale, vous êtes moins présent qu'avant en tant que comédien. Qu'est ce qui vous a convaincu d'accepter ce rôle ?

Sylvie m'a demandé gentiment et elle avait un scénario intéressant, qui m'a plu à la première lecture, sans oublier la présence de Juliette Binoche. Il y a également le fait qu'il s'agisse d'un film parlant de l'évolution du couple, je trouvais ça intéressant. J'ai donc eu envie de remettre un peu le pied à l'étrier. Mon rôle n'était pas non plus très risqué donc c'était parfait.


Comment avez-vous préparé ce rôle, sachant que le personnage de Paul est important dans l'histoire mais finalement assez en retrait à l'écran ? Est-il plus difficile de composer un personnage tel que celui-ci ?

Non franchement ça allait, il n'y avait pas grand-chose à jouer, donc c'est tranquille... Ce n'est pas mon personnage le plus intéressant, j'étais là au service du film et de Juliette Binoche.
Ce ne sont pas des films où l'on travaille. Juliette, son rôle lui a demandé du travail mais ce n'était pas le cas pour moi.

 

On peut voir votre personnage sous des dehors assez durs, il est plein de rancœur mais il peut aussi faire preuve de tendresse. Vous êtes parvenu à communiquer pas mal d'émotions...

Je ne sais pas du tout. Je suis incapable de parler des personnages... Ce n'est pas du tout mon truc. Sauf si on fait un personnage historique, ok il y a des choses à dire mais là... C'était seulement le plaisir d'être sur le plateau.


Il y a une belle complicité entre vous et Juliette Binoche à l'écran. Comment ça s'est passé avec elle sur le tournage ?

Très simplement, c'est une fille très simple. Je faisais mon personnage, elle faisait son truc à côté... C'était très simple et on a tourné des scènes très sympas. Après, est-ce que c'était une complicité de jeu ou une complicité entre nous, je ne pourrais pas faire le distinguo. Mais tant que ça passe à l'écran c'est le principal !


Qu'est-ce qui fait qu'on vous revoit plus en tant que comédien ?

C'est le fait d'avoir joué dans mon film : si je continue à refuser les films des autres, ça va vraiment devenir insultant ! Si je ne jouais pas du tout, je n'accepterais pas de faire les films des autres mais comme je joue dans mes films, c'est difficile de dire « je ne travaille qu'avec moi ». Donc j'accepte des rôles un peu pour ça aussi et puis quand on fait L'ordre et la morale pendant cinq ans, on n'a pas forcément beaucoup d'argent pour payer ses impôts...

 

Ce n'est pas au point d'accepter n'importe quoi non plus quand même ?

Euh... non, mais on ne peut pas être trop exigeant non plus. Après il faut accepter d'entrer dans le délire des autres. Il faut savoir aussi prendre le risque d'être agréablement surpris. Ce n'est pas quelque chose de facile pour moi mais je le fais maintenant avec plus de légèreté. Mais sinon, je n'ai pas d'envies précises de comédien. Cela dépend vraiment des rencontres qu'on peut faire et des projets. Et il y a aussi le fait de pouvoir travailler une heure par jour, c'est assez agréable. C'est donc un luxe que j'aurais tort de refuser. Mais si on me propose quelque chose d'un peu trop intense, il y a une chance sur deux pour que je refuse. Ça dépend des films. Si on me propose un super rôle dans un film de merde, je ne le ferai pas. Si on me propose un rôle de merde dans un super film, je le ferai. Mais bon, normalement, si c'est un super film, ça ne devrait pas être un rôle de merde...

 

Effectivement, Munich c'était dur à refuser...

Ce n'était pas le meilleur rôle de tous mais c'était en effet dur à refuser. Après c'est pareil, je n'ai rien préparé sur Munich. Tu viens sur le plateau et le metteur en scène te dit quoi faire. Ce n'était pas compliqué.

 La vie d'une autre de Sylvie Testud

Et vous, comment dirigez-vous vos acteurs ?

Vu que je fais des plans-séquences, il faut que les acteurs soient dans un rythme précis. Je leur demande de comprendre le rythme que j'attends encore plus que le texte pour garder le tout le plus frais possible. Je suis très directif sur l'énergie que j'attends d'un plan pour pouvoir faire ma mise en scène autour de mes comédiens. Mais j'essaie d'être le moins directif possible avec les acteurs parce que c'est leur boulot. Mon boulot normalement, s'arrête au moment où je les ai choisis. Un bon directeur d'acteur,  c'est un mec qui a fait un bon casting.

Mais après je n'ai pas de technique de direction d'acteur, du moins je ne pense pas. Je sais qu'il faut être le moins directif possible parce que moi en tant qu'acteur ça me casse les c... qu'on me dise « mets ta main comme ça, etc ». Mais bon, si c'est Jean-Pierre Jeunet qui te demande ça, tu le fais car tu connais le côté pointilleux de sa mise en scène. Donc en tant que comédien, tu acceptes parfois d'être traité comme un objet car tu sais que le plan ne tourne pas autour de ton talent d'acteur mais autour de ta forme géométrique....


Jouer dans La vie d'une autre, c'était donc un peu une récréation pour vous ?

Oui... encore une fois, le poids est sur Juliette. Moi je suis là pour aider. Je viens avec ma personnalité, je choisis les bonnes fringues et puis après, je suis son mouvement à elle... Ce ne sont donc pas des films compliqués à faire...


On vous verra dans Le guetteur de Michele Placido qui sortira en octobre. Vous pouvez en dire quelques mots ?

C'est un polar assez violent. Je ne sais pas encore à quoi le film va ressembler mais je sais que ça va être un objet assez à part. C'était une expérience marrante de tourner avec les Italiens, des gens hauts en couleurs et qui ont une manière de tourner complètement différente de nous. 


Et sur vos projets en tant que réalisateur ?

Je ne vais pas vous en parler mais j'en ai plein. Ce sont des trucs en travaux, qui ne sont pas en route réellement donc je ne peux vraiment pas en dire plus.

Propos recueillis par Jérôme BEALES


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