Entre cinéma populaire et films d'auteurs, Lambert Wilson n'en finit pas de plaire au plus grand nombre. Retour sur son immense carrière.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 04 mai 2010 à 00h01 ,
MAJ le 04 mai 2010 à 09h20 - 0 commentaire(s)

Né le 3 Août 1958, Lambert Wilson apparaît comme l'un des comédiens français les plus étonnants de ces dernières années. Au cinéma, ses choix et son talent lui ont permis de séduire non seulement le public mais aussi la profession et la critique. S'il a tendance à accepter un peu tout (et parfois n'importe quoi), l'acteur peut se vanter aujourd'hui d'une filmograhie prestigieuse, où se côtoient des noms tels que Andrzej Zulawsky, Pierre Granier-Deferre, Yves Boisset, Philippe de Broca, André Téchiné, Claude Chabrol, Alain Resnais, Andy et Larry Wachowski ou bien encore Matthieu Kassovitz.

A l'occasion de la sortie en salles cette semaine d'Imogène Mc Carthery, première mise en scène signée Alexandre Charlot et Franck Magnier, retour sur une carrière cinématographique particulièrement riche, pour ne pas dire exceptionnelle.

 

Jet Set

Wilson : Acteur, de père en fils

On le sait tous, mais il convient de le rappeler. Lambert Wilson n'est autre que le fils de l'immense Georges Wilson. Petit rappel : après avoir suivi les cours de Pierre Renoir, celui-ci devient une figure importante du TNP (Théâtre National Populaire), dont il sera le directeur de 1963 à 1972, faisant suite à Jean Vilar. Parallèlement, le cinéma lui tend rapidement les bras. Il apparaît dans Le Rouge et le noir, Les Hussards, La jument verte, Tintin et le mystère de la Toison d'Or (il est le capitaine Haddock !!), Faites sauter la banque, L'étranger, La gifle, Tendre poulet, Le château de ma mère, et plus récemment encore, Mesrine : L'ennemi public N°1, son dernier film (l'homme est décédé le 3 février 2010).
Lambert baigne donc depuis sa plus tendre enfance dans le milieu du spectacle. Et avec un père comme le sien, difficile d'y rester. C'est donc tout naturellement qu'il s'y oriente, non sans soutien. Car Georges Wilson ira même jusqu'à lui confier le rôle principal de son premier film en tant que metteur en scène, La Vouivre, d'après Marcel Aymé. L'histoire se situe en 1919. Lambert y interprête le personnage d'Arsène Muselier, jeune paysan disparu à la guerre, qui réapparaît un jour au village au grand étonnement de tous. Mais très vite, une autre nouvelle met le village en émoi, l'apparition de "la Vouivre", la folle des eaux qui, dit-on, est revenue avec son diamant pour tenter les hommes. Arsène va alors tenter de percer le mystère de cette étrange créature. Aux côtés de Jean Carmet, Suzanne Flon, Jacques Dufilho, Michel Pilorgé et Macha Méril, Lambert Wilson offre une réelle performance, récupérant ainsi dignement le flambeau familial. Si Georges n'a pas encore dit son dernier mot (loin de là), la succession semble toutefois assurée. Ils se retrouveront pas moins de huit ans plus tard face caméra, à l'affiche de Marquise (signé Véra Belmont). Ultime et rare confrontation entre les deux. Car à l'instar de nombreuses familles artistiques (les Depardieu, les Delon, les Belmondo...), chacun évolue de son côté. A l'arrivée, leur réussite n'en est que plus remarquable, et ce, pour l'un comme pour l'autre. 

 

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Un goût prononcé pour l'éclectisme

Ce qui frappe avant tout dans la carrière de Lambert Wilson, c'est sa diversité. L'acteur débute au cinéma en 1977 dans le film Julia, réalisé par Fred Zinneman. Un metteur en scène qui lui restera fidèle, puisqu'ils se retrouvent cinq ans plus tard sur le tournage de Cinq jours ce printemps-là (pour lequel Wilson obtient d'ailleurs son premier grand rôle). Entre temps, il participe à deux projets que tout oppose. D'un côté, Le gendarme et les extraterrestres, signé Jean Girault, de l'autre, Lady Oscar, de Jacques Demy. Un vrai fossé. Bien sûr, il ne s'agit pour Wilson que de personnages secondaires. Malgré tout, en martien ou en soldat, le jeune homme qu'il est se fait d'ores et déjà remarqué. Il faut dire que Le gendarme et les extraterrestres cumule à l'époque plus de 6 millions de spectateurs dans les salles. Pour une fin de série, ce n'est pas mal du tout... Quant à la scène (un irrésistible face à face avec le comédien Maurice Risch), elle reste définitivement culte (Wilson, parfaitement stoïque, menace d'envahir Saint-Tropez). Comment s'est-il retrouvé là ? Une amitié de longue date entre son père et Louis de Funès y est certainement pour quelque chose. Néanmoins, Lambert Wilson refuse de s'enfermer dans un genre. Il alterne alors entre un cinéma dit populaire (La Boum 2) et les films d'auteurs (Le sang des autres, Corps et biens...). C'est d'ailleurs cette seconde catégorie qui l'emporte, et ce, jusqu'au milieu des années 90. A cette époque, les français ne connaissent pas encore bien Lambert Wilson. Et pour cause. Ses longs métrages n'intéressent que la critique voire la profession qui, de temps à autre, le distingue d'une nomination : César du Meilleur acteur dans un second rôle pour La femme publique en 1984,  ou celui du Meilleur Acteur pour Rendez-vous en 1985. Cependant, de toute sa carrière, il n'en obtiendra aucun (cinq occasion manquée). En somme, une reconnaissance en demie-teinte. Et c'est finalement le public qui viendra, contre toute-attente, à sa rescousse. Après l'avoir entraperçu dans des oeuvres telles que Chouans ! et Suivez cet avion, les spectateurs le plébiscitent réellement en 1989 grâce à Hiver 54, l'Abbé Pierre de Denis Amar. 1 645 755 entrées pour un film aussi dur que bouleversant. Lambert Wilson y est exceptionnel et prouve qu'il fait désormais parti des plus grands.

 

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En conséquence, les projets s'enchainent, mais sans vraiment faire d'éclat. Puis, en 1995, il apparaît, sous la direction de Bernard Giraudeau, dans le film Les caprices d'un fleuve. Public et critiques s'accordent enfin. Wilson gagne en puissance, et montre donc une attirance toute particulière pour des projets de plus grande envergure. Il retrouve notamment la réalisatrice Vera Belmont, avec qui il tourna Rouge baiser en 1985. Ainsi, douze ans plus tard, il prête ses traits à Racine, face à une Sophie Marceau toujours aussi rayonnante (et bien que mécontente), ici en Marquise. Echec total. Lambert Wilson ne se décourage pas pour autant et continue de se laisser porter par son instinct. Il accepte par exemple de rejoindre la grande famille d'Alain Resnais, secondé par le couple Jacri (Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri), pour ce qui sera le plus grand succès du cinéaste, On connait la chanson. L'occasion de réviser les grands classiques de la variété française. Plus étonnant encore, Wilson est attiré par un rôle totalement fou, à l'opposé de ses précédents, celui d'Artus de Poulignac, personnage-clef du film Jet Set. Succès inattendu, conduisant Fabien Onteniente, le metteur en scène, à réaliser une suite (beaucoup moins réussie), People Jet Set 2. Heureusement, Lambert Wilson se transforme en simple guest, face à Rupert Everett, José Garcia et Bernard Farcy, cabotinant à l'extrême. Ce qui est intéressant dès lors, c'est l'évolution de Wilson au sein du cinéma français, et plus particulièrement de la comédie. HS Hors Service, L'anniversaire, Palais Royal !, Comme les autres... Wilson se révèle maintenant presque incontournable, de par son élégance mais également un humour pince-sans-rire auquel personne ne résiste. Même pas les Américains. Après avoir révolutionner le monde du Septième Art avec leur Matrix, Andy et Larry Wachowsky persistent dans leur délire et réquisitionne notre Lambert national pour lui offrir le rôle, anecdotique certes mais hautement prestigieux, du Mérovingien. Une expérience hollywoodienne qui se renouvelle avec Prisonniers du temps, Catwoman et Sahara quelques années plus tard. Lambert Wilson y conserve généralement la place du méchant de service mais avec hélas beaucoup moins de succès. Aujourd'hui, de retour en France, l'acteur surfe sur les différentes images qui l'ont rendu célèbre, fidèle à ses convictions (et à ses amis). Il retrouve Alain Resnais (Coeurs), poursuit son incursion dans le monde de la science-fiction (Babylon A.D., Dante 01) et s'amuse à faire le pitre, tout en conservant son image de séducteur (Victor, Imogène Mc Carthery).

Prochainement à l'affiche du nouveau film signé Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier, Lambert Wilson n'en finit plus de se faire un prénom. Et son goût pour l'éclectisme n'a pas fini de nous surprendre...


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