"Sur le tournage de Largo Winch 2, il n'y a pas eu une fausse note."
Quel était le challenge pour Largo Winch 2?
En toute logique, que le second volet soit supérieur au premier. De mon point de vue, on a mieux géré l'aspect technique. Sur le premier, quand on a tourné à Hong Kong, on a eu un dépassement de plus d'un million d'euros. On ne pouvait pas demander plus que ce que l'on avait demandé au préalable, sinon ça coûtait 100000 euros en supplément, et on ne pouvait pas faire ce que l'on voulait : construire un lieu ou trop se rapprocher d'un immeuble avec l'hélicoptère. C'était assez frustrant. Pour Largo Winch 2, on a tourné trois mois en Thaïlande. On est parti avec des chefs de poste français et on a trouvé le reste de l'équipe technique sur place à chaque endroit où l'on tournait. Ce qui a considérablement réduit les frais. On pouvait se permettre plus d'efficacité parce qu'on arrivait avec l'assurance du premier. D'un point de vue artistique, je souhaitais plus accentuer l'émotion et les sentiments, qu'il y ait cette fois une vraie histoire d'amour, hélas totalement inexistante dans le premier. Plus d'humour, aussi. Le personnage de Gauthier, le majordome de Largo Winch, interprété par Nicolas Vaude, qui était déjà top dans le premier, est plus mis en avant en créant un vrai contrepoint aux aventures. C'est grâce à lui que naît le décalage. Il fallait également se surpasser pour les scènes d'action. Elles sont mieux filmées, l'histoire est meilleure, ce qui n'était pas compliqué car dans le premier, on était tenu de raconter toute la genèse pour installer les personnages. Une fois que l'univers est installé, on peut se lancer dans l'action. C'est cool d'avoir un film fort émotionnellement, qui ne se contente pas d'en mettre plein la vue et qui émeut de surcroît.
A l'arrivée, Largo Winch 2 recherche un équilibre entre les scènes d'action et les scènes plus intimistes. Vous étiez à l'aise dans les deux registres?
Disons que tout le côté physique m'excite, même si je n'ai pas envie de jouer que dans des films d'action ou des films de guerre. Ce qui me plaît, c'est de fréquenter différents états. J'ai presque envie de dire que l'action, c'est la cerise sur le gâteau. J'adore les sensations fortes, la chute libre, le parapente. Et c'est génial d'avoir l'opportunité de faire ce que l'on aime. Mais jamais je ne choisirai un film parce qu'on me propose de sauter du haut d'un immeuble. Franchement, le côté ultra friqué, la jet set, les finances, ça ne me parlait pas beaucoup. Dans la BD de Philippe Francq et Jean Van Hamme, Largo Winch est décrit comme un mec clean, mais pas tant que ça : il a une mâchoire carrée, il est physiquement très impressionnant et il garde ses origines yougoslaves. Dans les romans écrits dans les années 70, il est même carrément hippie : c'était un manouche avec des cheveux longs. Bref, ce n'est pas James Bond ! Et ce n'est pas un héros non plus ! Pour moi, il ressemble plus à un enfant dont on a volé la jeunesse. Lorsqu'il fait des cascades, ce n'est pas parce que c'est un surhomme, mais juste par instinct de survie. Il doit se battre dans un monde hostile et ça, ça me parlait...
A quel moment avez-vous su que vous rempileriez pour un second Largo Winch?
Apparemment, la productrice Nathalie Gastaldo avait demandé à Jérôme Salle, le réalisateur, et Julien Rappeneau, le coscénariste, de commencer à réfléchir au deuxième volet alors qu'ils étaient en train de tourner le premier, dans l'éventualité d'être prêt si ça marchait bien. Le premier a cartonné au box-office français. Et du coup, ça paraissait évident. J'anticipe ta prochaine question, pour un troisième Largo Winch : le scénario n'est pas encore écrit et il n'y a encore de réalisateur. Pour le deux, il fallait garder la même équipe. Sur un tournage aussi immense, c'est l'épreuve du feu. Si tu pars sur un tournage avec des gens avec lesquels tu ne t'entends pas, tu ne peux pas fuir. Tu ne peux pas sauter dans l'eau et rentrer à la nage. C'est pareil sur un tournage : quand tu pars loin à l'étranger, l'équipe de tournage devient ta famille pendant six mois. Le moindre grain de sable peut prendre des proportions insoupçonnées. Sur le tournage de Largo Winch 2, il n'y a pas eu une fausse note. J'étais entouré de gens cultivés et barrés qui aimaient aussi déconner entre deux prises. Le travail se produisait dans une atmosphère agréable où quand il y avait des difficultés, on apprenait à relativiser. Depuis toujours, je choisis mes rôles en fonction du scénario et de l'équipe. Sur le deux, il y a eu des changements assez conséquents. Roberto de Angelis qui était cadreur caméra sur le premier est devenu réalisateur deuxième équipe sur plusieurs séquences. On avait quand même un génie qui avait bossé entre autres pour Michael Mann... Une bonne idée de la part de Jérôme parce que ça dynamise énormément.
Avez-vous pris plus de risques?
Il y a une séquence de vraie bagarre que l'on a tournée en juillet-août qui se passe en chute libre. Les médias vont sans doute penser que c'est là où je me suis le plus mis en danger. Pourtant, c'est à ce moment précis où je me suis le plus éclaté. J'avais l'impression de tout maîtriser. Paradoxalement, ce sont les petites cascades qui sont les plus risquées. Par exemple, pour une course-poursuite où une vitre explose, t'as beau être au ralenti, tu peux te prendre un éclat dans l'œil. Les scènes «immobiles» demandent autant de préparation. Il y avait des cascadeurs pour des soucis de conforts, lors des répétitions, mais j'ai fait TOUTES les cascades du film.
Pensez-vous avoir trouvé votre rôle le plus marquant?
Carrément. C'est un rôle qui me colle à la peau. Il y a plein de personnages que j'ai adoré interpréter. Mais j'avoue que l'histoire du mec solitaire qui a un problème d'identité, qui ne compte que sur lui-même, ça me parle. Lors du premier Largo Winch, je découvrais le personnage. Je ne lis pas de BD, donc je ne connaissais Largo Winch que de nom... Pour être honnête, j'avais fait un bout d'essai pour la série TV, mais il s'agissait d'un rôle secondaire. Quand j'ai entendu parler de son adaptation au cinéma, j'ai manifesté mon intérêt et j'ai suivi le parcours habituel : casting, essais... Plus je lisais les romans et les BD, plus j'avais l'impression que je pouvais faire quelque chose avec ce rôle. En me plongeant dans cet univers, je me suis rendu compte que Largo, c'était moi et personne d'autre. La façon de penser, d'agir, de survivre. Son histoire. Son identité, surtout. Tout ça m'est arrivé. J'ai trouvé ça troublant de découvrir une histoire qui racontait ce que j'avais vécu. Perso, je ne fais parti d'aucune famille de cinéma. Ce n'est pas un choix, c'est la vie qui agit. J'ai toujours été solitaire mais je ne l'ai pas décidé ni même choisi. J'adorerais trouver ma famille. Peut-être que ce qui se dégage de moi effraye. Peut-être les choix que je fais ne me laissent pas l'opportunité de montrer qui je suis. C'est la suite logique de ma vie : je suis né à Berlin, je n'étais pas vraiment allemand parce que mes parents étaient Israéliens. Je me suis toujours senti «étranger». Je suis arrivé en France comme un petit allemand et ma langue maternelle, c'est l'hébreu. J'ai appris le serbe pour les besoins du film (il se lance dans une tirade en serbe). J'ai un don pour les langues mais je n'y suis pour rien, c'est mon oreille. Je les apprends très facilement. Ca vient du fait que je parle quatre langues depuis tout petit. A 9 ans, je suis venu habiter en France donc j'ai appris le français... Ensuite, je suis rentré dans un collège américain où j'ai appris l'anglais. A 12 ans, cette richesse ouvre à différentes cultures, avec des perspectives complètement différentes...
La passion du cinéma est venue à quel moment?
Quand j'étais adolescent, je regardais beaucoup de films américains avec mes parents. Je ne connais pas le cinéma français des années 70-80. Les Bronzés, tout ça, ce n'est pas ma culture. La culture que j'avais à la maison ne correspondait pas à la culture du dehors. Les Bronzés font du ski ou Le Père Noël est une ordure, j'ai découvert ça très tard. Bref, j'ai toujours grandi à l'écart et j'ai toujours dû me défendre à l'école. Je n'avais pas de grand-frère sur qui me reposer. Le choix d'aller vers l'artistique répond à cette marginalité et à cette solitude. Très jeune, je me souviens que je regardais en boucle Véra Cruz. J'en avais épuisé la VHS. Gamin, Burt Lancaster m'interpellait. Avec le recul, cette fascination reste étrange car il n'interprétait pas le héros du film. Mais il avait une classe, un sourire qui faisait que j'avais envie de lui ressembler. Surtout, ce personnage n'avait pas de racines. Comme je te disais, je suis né en Allemagne, de parents juifs, de grands-parents russes et yéménites. Qu'est ce que je suis ? Français ? Allemand ? Russe ? Israélien ?
Sinon, les confrontations avec Sharon Stone étaient au moins aussi impressionnantes que la chute libre?
Honnêtement, j'ai pris une sacrée claque... Avant le tournage, j'étais très content qu'elle soit parmi nous, mais je suis de nature peu impressionnable. Pour être franc, j'étais presque blasé. Tous les gens sur le plateau étaient au garde-à-vous. Ce que je comprends. Moi aussi, j'étais ravi de rencontrer l'actrice de Casino. J'étais content qu'elle vienne mais je n'étais pas dans tous mes états. Seulement, quand elle arrive sur le plateau, qu'elle te regarde dans les yeux et qu'elle te balance son sourire... Regarde, j'en ai encore la chair de poule... Elle a le plus beau sourire que j'ai jamais vu. Au moment du tournage, elle avait 52 ans. Moi, je lui en ai donnais 35. Je ne déifie pas les acteurs, ils sont «comme toi et moi». Or, quand t'es en face d'elle, tu te rends compte qu'elle ne nous ressemble pas.
Propos recueillis par Romain Le Vern

L'histoire : Propulsé à la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch décide à la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une […]
