Par Christophe Lemaire - publié le 31 juillet 2006 à 07h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h05 - 8 commentaire(s)
Vous n’avez jamais eu cette sensation d’être passé à côté d’un bon film ? Du genre à le découvrir tardivement sur le câble ou en DVD tout en vous maudissant de ne pas l’avoir chopé en salles le jour de sa sortie. Tout ça à cause d’une mauvaise promo, d’une affiche cafardeuse, d’une bande- annonce mollassonne, de quelques critiques consternantes, voir même à cause de vos propres goûts cinématographiques pas assez éclectiques.



Mais ce n’est pas parce qu’on a adoré un arrachage de gorge dans l’Enfer des zombies de Lucio Fulci, Stallone explosant une forêt entière tout en postillonnant des insanités dans Rambo 2 de George Pan Cosmatos, Brigitte Lahaie baisant poétiquement sous un cheval racé dans Je suis à prendre de Francis Leroi, Leonardo Di Caprio essayant de battre le record du monde d’apnée à la fin du Titanic de James Cameron, Bruce Lee arrachant les poils de thorax de Chuck Norris dans la Fureur du dragon de lui-même, Christopher Lee montrant ses canines ensanglantées au grand angle dans de Terence Fisher, Charles Bronson dessoudant du punk cabot à coups de flingues phalliques dans le Justicier de New York de Michael Winner, un gros singe velu strip-teasant de force la mignonnette Fay Wray dans King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, Clint Eastwood mâchonnant en boucle son cigare humide dans le Bon, la Brute et le truand de Sergio Leone ou Jessica Harper enfonçant un couteau aiguisé dans la peau putréfiée de la sorcière de Suspiria de Dario Argento que l’on n’aimerait pas voir Alain Chabat faisant de simples risettes à son fiston dans le vraiment craquant Papa de Maurice Barthélémy.



Découvert la semaine dernière sur Canal (il reste deux diffusions : mardi à 22h35 sur Canal Plus Cinéma et Jeudi à 14h10 sur Canal Plus normal), Papa est probablement le meilleur film avec ce mot dans le titre. Bien plus mieux (si ça se dit !) que Papa est parti, maman aussi de Christine Lipinska (1989), comédie sociale sans intérêt où une ado tente de se retrouver après la séparation de ses parents, Papa en a deux (Every Home Should Have One, 1978) de Jim Clark, comédie volontairement vulgos où Marty Feldman joue un pubard ringard chargé d’érotiser la publicité d’un porridge surgelé, Papa est en voyage d’affaires d’Emir Kusturica (Palme d’Or à Cannes en 1985. Mais Dieu que c’est chiant !), les Deux papas et la maman de Jean Marc Longval (1996) où Smäin (aussi drôle qu’un Jamel mort) donne son sperme pour pallier la stérilité d’Antoine De Caunes (aussi bon qu’un Christophe Lambert vivant) ou encore Monsieur Papa de Philippe Monnier (1977), autre comédie urbaine vieillotte sur la cohabitation entre un enfant en bas âge et son père cool (Claude Brasseur). Un pitch presque équivalent à celui du Papa de Barthélémy, road-movie purificateur où Chabat et son fiston de huit ans traversent en bagnole une partie de la France après un deuil familial.


Contrairement à beaucoup de comédiens qui passent à la réalisation sans aucune idée de mise en scène (voir Je vous trouve très beau d’Isabelle Mergault qui a d’ailleurs reconnu en promo qu’elle ne voulait même pas réaliser le film qu’elle avait écrit), Barthélémy est totalement investi par ses cadres et ses objectifs, tout possédé qu’il est par le cinéma américain des seventies. S’il était né vingt cinq ans plus tôt, le Maurice aurait même pu presque réaliser ce classique du road movie qu’est Point Limite Zéro de Richard Sarafian !



Mais ce qu’il y a de formidable dans Papa, c’est la complicité littéralement hypnotique entre Chabat et son fiston joué par Martin Combes, un môme qui pourrait presque devenir le Laurence OIivier des enfants acteurs. A coups de petites touches humoristiques, de dialogues courts très enlevés et de situations rocambolesques qui semblent presque improvisées (discussion fétichiste sur les différentes marques de paquets de biscuits, apparition absurde d’une serveuse grimée en bigoudène…), Barthélémy arrive à créer le rapport idéal entre un père et son fils. Comme s’il donnait des règles élémentaires pour élever un enfant sans niaiserie, sans hystérie et avec un humour bien placé. Le film fonctionne ainsi sans temps mort sur sa courte durée (1h15) tout en se permettant des apartés impressionnantes auquel on ne s’attend pas (un automobiliste qui prend feu sur le parking d’un hôtel).



Maurice Barthélémy, qui avait déjà prouvé ses talents de réalisateur/ novateur avec l’expérimental, très sympa et assez psychotronique Casablanca Driver, prouve qu’il pourrait maintenant tout faire. Y compris une suite de Titanic où l’on renflouerait le corps de Di Caprio, un rip off du Cauchemar de Dracula sur la vie intime des canines de Christopher Lee, un remake inversé de la Fureur du dragon où Chuck Norris déglinguerait Bruce Lee où un nouveau Rambo dans lequel Stallone serait possédé par l’esprit de Rocky. Et même … tiens …un porno ultime avec Brigitte Lahaie !
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