Après Ca$h, Eric Besnard nous livre aujourd'hui son tout nouveau long métrage, 600 Kilos d'or pur. L'occasion de s'intéresser à sa jeune mais déjà prometteuse carrière.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 18 août 2010 à 14h04
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Fils d'un metteur en scène prolifique (l'excellent Jacques Besnard, méprisé à tort pour avoir signé entre les années 60 et 80 quelques comédies populaires, enfantines et franchouillardes, malgré tout joyeusement drôles, tels que Le Grand restaurant, Le Fou du Labo 4, C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule, La situation est grave mais pas désespérée...), Eric Besnard ne reprendra la « succession » qu'à l'âge de 35 ans. Aujourd'hui, l'homme nous livre son troisième long métrage en tant que réalisateur, 600 Kilos d'or pur, un grand film d'aventure, hommage aux Anciens. L'occasion d'étudier à la loupe sa jeune et désormais prometteuse carrière.

 

600 kilos d'or pur de Eric Besnard

 

Un scénariste éclectique

Au préalable, Eric Besnard tente de retenir les leçons de son paternel et signe alors, en tant que simple auteur, une majorité de comédies. Parmi elles, L'Antidote se révèle un premier coup d'essai modestement concluant. Bien sûr, le film, datant de 2005, a la chance d'être porté par des acteurs de renom (Christian Clavier, Jacques Villeret, Agnès Soral, Jacques Dynam...) mais le réalisateur (Vincent de Brus, aujourd'hui porté disparu) échoue dans son ambition. La mise en scène ne dépasse pas celle d'un vulgaire téléfilm (malgré des travellings incessants) et l'humour apparaît beaucoup trop simpliste pour demeurer dans les annales. Entreprise familiale (Jacques et Eric en co-signent le scénario), L'Antidote se présente avant tout comme une oeuvre passéiste qui aurait certainement gagné en valeur si elle était sortie quelques années plus tôt. Michel Serrault, Jean Lefèbvre ou même Bernard Blier auraient sans aucun doute été extrêmement brillants au sein de pareil sujet : victime de terribles crises d'angoisse liées à un traumatisme d'enfance, Jacques-Alain Marty, patron de Vladis Entreprises, découvre à travers André Morin, modeste comptable, un possible remède.
En 2005, Eric Besnard participe également à l'écriture de Travaux, on sait quand ça commence... , aux côtés de Brigitte Rouän, Jean-François Goyet et Philippe Galland. Bancale, le film connaît toutefois un certain succès critique, même si le principal intérêt n'est autre que le grand retour d'Aldo Maccione au cinéma. Quoique la présence de Hugh Grant vaille également son pesant d'or... En revanche, les rires se font particulièrement rares (d'ailleurs, seuls 472 435 spectateurs répondent à l'appel). Voilà pourquoi Eric Besnard doit suivre une nouvelle voie, bien loin de l'humour dont il ne semble pas être un fervent spécialiste. Preuve en est avec L'Italien d'Olivier Baroux, actuellement sur les écrans, qui ne montre aucun signe d'évolution...

 

L'antidote

Très vite, le scénariste se montre donc beaucoup plus inspiré dans l'élaboration de textes sombres et innovants. A commencer par Le Convoyeur, en 2004. Réalisé par Nicolas Boukhrief, le film narre le quotidien généralement oppressant d'une petite société de transport de fonds. Acteurs performants, mise en scène léchée, le travail d'Eric Besnard trouve enfin une place de choix à travers le regard de Boukhrief. On n'en dira pas autant, hélas, de l'adaptation infidèle et soporifique du célèbre livre « Babylon Babies » (retitré Babylon A.D. sous l'autorité de Mathieu Kassovitz et des studios américains). Mais entretemps, Eric Besnard rencontre Thomas Vincent, avec qui il conçoit l'histoire du Nouveau Protocole, dans laquelle un homme enquête sur l'étrange mort de son fils, soi-disant victime d'un « accident » de voiture. Un suspense haletant, d'une efficacité à toute épreuve, formidablement mené par Clovis Cornillac. Ce n'est pas un grand succès, mais néanmoins la confirmation d'un auteur, qui ne manque vraiment pas d'idées.

 

600 kilos d'or pur de Eric Besnard

 

Le goût du risque

Ce goût pour la diversité, Eric Besnard le conserve lorsqu'il décide de passer à la réalisation. A ce jour, pas moins de trois longs métrages, tous aussi différents les uns que les autres : Le Sourire du clown (1999), Ca$h (2008) et 600 Kilos d'or pur (2010).

« Si je devais mettre une étiquette sur Le Sourire du clown, ce serait celle-là », précise le réalisateur : Le schéma est celui d'un film d'espionnage. Les thèmes abordés relèvent du film noir. Sur fond d'une société violente, j'ai voulu orchestrer la rencontre de plusieurs solitudes. L'autre comme réponse à la violence, c'est une idée à laquelle je tenais. Le genre permet une latitude relativement grande. Mais le sourire du clown n'est pas à proprement parler un film policier (...). Je voulais faire un film de climat, couleur noire et feu comme il y avait des films noir et blanc. Et puis enfin, le film noir me permettait d'aborder le thème de la culpabilité ».

Le Sourire du clown est un film surprenant. En mélangeant plusieurs codes, le cinéaste s'amuse à brouiller les pistes. Au delà d'un traitement inégal, on se laisse donc embarquer peu à peu par cette étrange aventure, au même titre que le héros. Réunissant un casting de choc, de Ticky Holgado à Vincent Elbaz, sans oublier François Berléand, Bruno Putzulu et Pascale Arbillot, l'oeuvre se détache des productions de l'époque et annonce l'arrivée d'une nouvelle génération, aussi bien devant que derrière la caméra. A redécouvrir.
Près d'une décennie plus tard, Eric Besnard s'inspire du « modèle » outre-Atlantique avec Ca$h, dont l'ambiance, entre humour, espionnage et décontraction, n'est pas sans rappeler celle d'Ocean's eleven, de Steven Soderbergh. Le résultat n'atteint pas les sommets de son pendant américain, mais le spectacle demeure. Jean Dujardin, Alice Taglioni, Jean Reno, Valeria Golino en assurent la majorité mais il convient de souligner aussi les efforts d'Eric Besnard dans sa mise en images. On regrette simplement les conventions d'un script définitivement trop prévisible. Dommage. A l'arrivée, la presse ne s'emballe pas, et les spectateurs, méfiants, ne lui offrent qu'une gloire relative (1 103 904 d'entrées).

On peut dès lors s'interroger sur l'issue de son prochain, 600 Kilos d'or pur, le 25 août sur nos écrans. Le genre auquel il appartient, celui du cinéma d'aventure, n'existe plus (on se souvient pourtant d'illustres précédesseurs, comme Le Ruffian, Les Grandes gueules, Un Taxi pour Tobrouk ou bien encore Cent mille dollars au soleil). Le public saura-t-il acclamer à sa juste valeur cet heureux événement ? Nul ne le sait encore. La réussite du film est, quant à elle, totale. Affaire à suivre, donc...


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