A l'origine, United Artists voulait produire une adaptation du roman Candy, de Mason Hoffenberg et la confier à Terry Southern, le scénariste de Easy Rider. Ce qui n'est pas si anodin puisqu'on y retrouve des Hells'angles en bas résille annonçant le classique de Dennis Hooper. Très vite, c'est David Pickler qui se révèle intéressé par ce projet, imposant le choix de l'actrice principale : Hayley Mills. C'était sans compter sur le père de l'actrice qui refuse de voir sa fille dans cette débauche. Désemparé, Pickler abandonne. Jusqu'à ce que Christian Marquand, un ami de Terry Southern, lui demande gentiment de céder les droits de son roman pendant deux semaines, afin de feuilleter son agenda et de contacter toutes les stars avec lesquelles il était ami. La liste est longue, ça va de Marlon Brando à Richard Burton qui acceptent sans lire le scénario. C'est d'ailleurs grâce à ce réseau d'amis qu'il a assuré le financement.

Marquand envoie Peter Zoref aux Etats-Unis avec une somme modique d'argent en poche pour démarcher auprès des producteurs. Paradoxalement, il essuie de nombreux refus de la part des Majors à tel point qu'il finit lui-même sans le sou et se fait même virer de son hôtel avant de rejoindre une main devant une main derrière l'aéroport de Los Angeles. Hystérique, Zoref se rend au bureau de Marty Baum, un autre producteur. Dès lors qu'il aperçoit les noms de Brando et Burton, ce dernier flaire le bon poisson, signe et laisse les coudées franches à Marquand qui, parallèlement, va rendre visite à un autre ami, en Italie cette fois: Roberto Aggiag, pour la co-production. Rapidement, il convoque The Byrds pour la musique et embauche Douglas Trumbull, le responsable des effets spéciaux sur 2001, l'odyssée de l'espace. D'autres stars se greffent au casting : James Coburn, John Huston, Ringo Starr, Charles Aznavour ou encore le boxeur Sugar Ray Robinson. Dans de telles conditions, le tournage en Italie peut commencer. Enfin, si on peut parler d'un tournage. Marquand est rapidement dépassé par un paramètre qu'il avait oublié : la concordance des plannings entre les stars, entre ceux qui doivent rester une semaine ou deux. Ce manque d'organisation est sans doute responsable du résultat final, complètement bordélique, qui ressemble au mieux à un happening absurde, pourvu de quelques relents de soft porn.

Christian Marquand, connu pour avoir tutoyé les univers de Cocteau, Visconti et Clouzot, n'avait commis en tant que cinéaste Les Grands chemins, en 1962. Polymorphe, son second film semble avoir été écrit, joué, filmé sous influence psychotrope, quelque part entre Quoi ?, de Roman Polanski et Barbarella, de Roger Vadim. On est proche du film à sketches lubrique où des pervers ne cherchent qu'à séduire la douce Candy, incarnation fantasmée de la beauté, de l'innocence et de la jeunesse, dont le prénom est à mettre en relation avec le Candide, de Voltaire: du jardinier mexicain pris de furie priapique (Ringo Starr) au poète gallois alcoolo (Richard Burton) en passant par le chirurgien azimuté (James Coburn), le gourou indien new age pourvu d'une forte énergie tantrique (Marlon Brando) et un Quasimodo qui marche au plafond (Charles Aznavour). En France, Candy est sorti pendant mai 68, ce qui explique pourquoi il demeure très discret. Mais à l'étranger, certains n'ont pas hésité à l'estampiller culte. A l'époque, au moins, on n'avait peur de rien.