Le coin du cinéphile érotique continue d’autopsier le sexe dans tous ses états avec cette fois, deux films de genre hybrides:
Le sexe noir, de Joe d'amato et
Café Flesh, de Stephen Sayadian, deux opus méconnus dans lesquels le fantastique cherche des noises au porno.
LE SEXE NOIR (Joe d'amato)
Après
Maladolescenza (fascinante Eva Ionesco) et
La clé (délicieuse Stefania Sandrelli), voici venu le tour du
Sexe Noir, réalisé par Joe d’Amato qui, non, n’est pas que l’auteur de
Anthropophagous et
Emmanuelle et les derniers cannibales. Cette fois-ci, le cinéaste italien se prend pour Hitchcock avec cette variation de
Sueurs Froides à Saint-Domingue. A découvrir en version uncut, uniquement, et réservé à un public averti.
Cafe Flesh "Le sexe noir est considéré comme le premier porno hardcore italien avec des scènes de sexe non simulées."
Maître ès-séries Z tournées à la sauvette avec quelques pékins du coin qui donnaient beaucoup de leur personne tout en se laissant délicieusement exploiter, Joe D’Amato (la classe) possède une carrière remplie de films loin d’être indispensables. Mais réalisé en 1979,
Le Sexe noir (sorti discrètement dans l’Hexagone en 81 sous les titres évocateurs:
Exotic Love et
Sexy Erotic Love), opus injustement considéré comme mineur dans la filmo du bonhomme, n’en demeure pas moins digne d’intérêt à bien des égards, ne serait-ce parce que D’Amato dépasse largement les limites de la fiction érotico-exotique et pousse la représentation de la sexualité plus loin que les fictions standard de l’époque. Grosso modo,
Le sexe noir est considéré comme le premier porno hardcore italien avec des scènes de sexe non simulées et donc de vraies fellations et de vraies pénétrations. Avec un regard actuel, il paraît plutôt soft même s’il n’a rien perdu de son pouvoir évocateur.
Au-delà des scènes de sexe tellement filmées à grand renfort de zooms insistants qu’elles en deviennent presque tannantes, on peut suivre non sans intérêt une histoire languissante nimbée dans une atmosphère fantastique d’incantations vaudous, dont la substance psy (légère, faut pas déconner non plus) sert à amplifier des séquences cul-cul aussi fréquentes que répétitives. Avec cette fiction qui entremêle les désirs, les fantasmes, les vaudous, le terriblement sentiment de culpabilité, la peur de l’impuissance et l’angoisse face à la mort, Joe revisite quelques unes de ses figures récurrentes, mais il a visiblement découvert Alfred Hitchcock avec
Sueurs Froides et accessoirement que Brian de Palma en avait tiré un hommage sublime et sublimé avec son
Obsession. Il s’est dit qu’il pourrait assurément relever le même défi et lui aussi rendre hommage au maître de l’angoisse et du suspens avec un sujet similaire, celui d’un américain – Mark Shannon et son inséparable moustache – qui débarque sur l’île de Saint-Domingue pour faire revivre le souvenir d’un amour défunt. Comme ce n’est jamais assez compliqué, il lui reste quinze jours avant qu’une opération chirurgicale le rende impuissant et de fait va chercher à se taper tout ce qui bouge afin de combler son mal-être qui le pourrit de l’intérieur et l’attriste terriblement. Seulement, il revoit un jour la jeune femme qu'il avait aimé et qu'il croyait morte. Bien malin qui devinera l’issue (sanglante) du périple (vous avez vu
La dernière femme de Marco Ferreri ?).
Cafe FleshLe sexe bande mais le cœur n’y est plus. Mais comme le plaisir est coupable, le dénouement vient noircir les galipettes jusque là enjouées avec un coup de théâtre très tordu qui révèle une machination aiguë et confère l’ambiguïté qui manquait tant à ces pérégrinations hypersexuées. Ajoutez au mélange une scène de strip-tease tout sauf sexy d’une ringardise réjouissante et vous obtenez un cocktail pas antipathique. Maintenant, ceux qui ne succombent pas à cette balade onirique, sexy, touristique et souvent torride pourront gravement s’ennuyer ou alors se consoler avec une bande-son de pop italienne charmante et pas désagréable. Alors on dit merci qui ? Merci Nico Fidenco.
CAFE FLESH, de Stephen Sayadian
Distribué dans les années 80 par Christophe Gans via Scherzo films,
Café Flesh est un porno US d’une étrangeté rarissime dans le milieu. Il mérite d’être classé parmi les moins conventionnels avec
The Devil in Miss Jones (Gerard Damiano, 1972) et
Defiance of Good (Armand Weston, 1974) pour sa faculté à donner autant – si ce n’est davantage – d’importance à la dramaturgie et à l’esthétisme qu’aux scènes porno.
"Un film étrange et sinueux qui cause de l’état de frustration"
En 1982, le producteur Stephen Sayadian, sous le pseudonyme de Rinse Dream, a une idée subversive: un film de genre hybride qui combine codes fantastiques et postures pornographiques. L’action se déroule après une guerre nucléaire (donc ambiance post-nuke idoine) où la majeure partie de la population (99%) se retrouve sexuellement contaminée et ne peut plus baiser comme jadis. Du coup, ceux en panne de désir se contentent d’aller observer des shows robotisés prodigués par ceux, rares (les 1% restants), qui n’ont pas été contaminés par la menace. En observant ces performances, ils souffrent en se remémorant quelques restes de leurs étreintes passées. Les personnages qui se donnent en spectacle sont souvent masqués comme pour renforcer l’anonymat et le malaise. Les shows correspondent à des situations de la vie courante ou professionnelle ouvertement pastichées.

La mécanique loquace avec laquelle tout se déroule annihile presque l’excitation pour renforcer la froideur des relations humaines et dépeindre un authentique cauchemar éveillé. En tout état de cause, un film étrange et sinueux qui cause de l’état de frustration et de la quête impossible du désir. La mise en abyme est aussi perverse qu’ingénieuse, métaphorique qu’astucieuse. On s’évoque même l’univers absurde d’un Dali dans les représentations scéniques comme on pensait à celui de Buñuel en reluquant un autre porno mâtiné de psy et de retournements fantastiques:
Defiance of Good. Il n’y a pas de hasard: les grands esprits finissent toujours par se rencontrer.
Le coin du cinéphile : la petite boutique des horreurs de Romain Le Vern Donnie Darko (Richard Kelly) Schizophrenia (Gerald Kargl) Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg) & Le cercle infernal (Richard Loncraine) L'échelle de Jacob (Adrian Lyne) Epidemic (Lars Von Trier) Cruising (William Friedkin) Croix de fer (Sam Peckinpah) La clepsydre (Wojciech Has) Moi Zombie, chronique d'une douleur (Andrew Parkinson) Dellamorte Dellamore (Michele Soavi) Braindead (Peter Jackson) Carnival of Souls (Herk Harvey) Ebola Syndrom (Herman Yau Lai-to) A snake of June & Vital (Shinya Tsukamoto) Tras el Crystal (Agustin Villaronga) Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato) La double vie de Véronique (Kieslowski) The Baby (Ted Post) Poison (Todd Haynes) L'île (Kim Ki-Duk) Subconscious Cruelty (Karim Hussain) Le baiser de la femme-araignée (Hector Babenco) Zombie (George Romero) Le quatrième homme (Paul Verhoeven) Les jours et les nuits de China Blue (Ken Russell) Defiance of Good (Armand Weston) Maîtresse (Barbet Schroeder) Les chevaux de feu (Serguei Paradjanov) La grande bouffe (Marco Ferreri) Contes immoraux & La bête (Walerian Borowczyk) Dans ma peau (Marina de Van) Bad Boy Bubby (Rolf de Heer) Requiem pour un massacre - Come and see (Elem Klimov) I Want You (Michael Winterbottom) Miracle Mile (Steve de Jarnatt) Kissed (Lynne Stopkewich) Un chant d'amour (Jean Genet) The Baby of Mâcon (Peter Greenaway) Santa Sangre (Alejandro Jodorowsky) Possession (Andrzej Zulawski) Les Révoltés de l'an 2000 (Chicho Ibanez-Serrador) Mulholland Drive (David Lynch) Pig (Rozz Williams & Nico B.) Hustler White (Bruce La Bruce) Hardcore (Paul Schrader) Gummo (Harmony Korine) Seconds (John Frankenheimer) Mais ne nous délivrez pas du mal (Joel Séria) Les prédateurs (Tony Scott) Les nains aussi ont commencé petits (Werner Herzog) Maladolescenza (Pier Giuseppe Murgia) La clé (Tinto Brass) Le sexe noir / Café Flesh (Joe d'amato & Stephen Sayadian)