Ami imaginaire rime avec imagination des scénaristes en roue libre. Résultat, le copain imaginaire le plus raté du cinéma reste sans conteste Fred dans Drop dead Fread, sorti en 1991. Cette vision délirante est issue du seul esprit de l'héroïne, mais le spectateur doit aussi la supporter dans chaque plan, jusqu'à se demander au final si lui-même n'est pas atteint d'un trouble psychiatrique... Bruyant, mal habillé, insolent, orné d'une tignasse que la Convention de Genève devrait proscrire, Fred subit en outre des effets spéciaux plus que douteux. Le site Alternative Reel, qui classe Fred troisième dans son Top 10 des « amis imaginaires les plus énervants » (pour ne pas dire un autre adjectif) est catégorique: « Ce film aurait dû être enterré profondément sous une montagne du Nevada, soumise à des essais nucléaires, et à oublier pour toujours! »
Fred n'est pas le seul à porter un prénom pas très énigmatique. Voici Tony, dans Shining de Stanley Kubrick. Tony incarne l'ami imaginaire le plus rentable pour toute production cinématographique: invisible, ou s'incarnant dans le pouce du petit Danny. Sa voix, également assurée par celle de Danny. Zéro dollar en effets spéciaux, merci Tony. Dans Shining justement, de nombreux amis imaginaires pointent le bout de leur nez, dont le célèbre tenancier du bar de l'hôtel, interprété par Joe Tyrkel, papa des Réplicants dans Blade Runner.
L'ami imaginaire peut aussi s'avérer très embarrassant question style vestimentaire. A ce titre, le lapin géant Frank de Donnie Darko rafle la mise car vu son costume, on préfèrerait le voir rester dans le placard mental du héros.
Heureusement, d'autres amis imaginaires corrigent le tir, certains étant même la pierre angulaire de l'histoire. Ainsi, dans Un homme d'exception de Ron Howard, Russel Crowe s'invente une petite fille et un camarade de chambrée, qui le suivront tout au long du film. Mais le plus connu, charismatique, surprenant (ne lisez pas si vous n'avez pas vu le film, gigantesque spoiler à suivre) se prénomme Tyler Durden, incarné par Brad Pitt dans Fight Club de David Fincher. Si important qu'il impose une deuxième vision du film, afin de mieux comprendre comment le personnage d'Edward Norton a pu l'imaginer et l'intégrer dans son quotidien.
L'ami imaginaire permet aussi à un acteur de délivrer une de ses meilleures prestations, à l'instar de Val Kilmer dans True Romance, en chanteur sosie d'Elvis Presley, qui débarque dans la salle de bains de Christian Slater. Justement, question amis imaginaires célèbres, notons François Berléand qui campe un Einstein plutôt cool et bougon, surgissant dans l'esprit de Daniel Auteuil dans 15 ans et demi. Notre Gérard Depardieu national s'est également essayé à l'interprétation du copain issu du cervelet d'un gamin, sous les traits de Bogus, en 1996. Injustement descendu en flèche, le film connaît aujourd'hui un regain d'intérêt chez certains internautes. Cinq ans après Ghost, il est cocasse d'y voir une nouvelle fois Whoopi Goldberg partager des scènes avec un acteur censé ne pas être là. A moins que...
Pratique, malléable, propice aux twists, nul doute que l'ami imaginaire restera avant tout celui des scénaristes pour encore de nombreuses années.
Et vous, quel est votre ami imaginaire préféré ou détesté au cinéma?
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