Acteur au charisme incroyable, Ron Perlman embarque sa trogne et sa voix caverneuse dans Dark Country prochainement en DVD et Blu-ray. Retour sur la carrière d'un comédien exemplaire.

Par Benjamin MURIOT - publié le 11 janvier 2010 à 05h26 ,
MAJ le 25 mars 2011 à 18h31 - 1 commentaire(s)

Bien qu'il ait un visage inoubliable et ait participé à nombre de projets d'envergure, beaucoup ne sont pas familiers de l'image de Ron Perlman, à l'affiche récemment du film Le Dernier des Templiers et début en avril dans Dark Country en DVD et Blu-ray 3D, tant il s'est caché derrière ses rôles au fil des ans, que ce soit en se grimant ou simplement en n'assurant qu'une performance vocale. Il faut dire aussi que le jeune garçon qu'il était, né en avril 1950 à New York, a grandi sans jamais se défaire vraiment des complexes dus à son physique. Enrobé et mal dans sa peau, il était fasciné par Charles Laughton dans Quasimodo, Karl Malden ou Thomas Mitchell, et comprit ainsi comment le métier d'acteur lui permettrait de surmonter ses angoisses, faire une force de ce qu'il pensait n'être que des faiblesses. Tout en gardant à l'esprit l'exemple de ces prédécesseurs, ces incontournables "seconds couteaux" qui toujours s'adonnèrent à leur métier avec professionnalisme et simplicité.
 

Le dernier des templiers de Dominic Sena

 

Rencontres extraordinaires

Voyant combien il s'épanouit au sein du club de théâtre de son collège, son père lui accorde sa bénédiction et après avoir décroché en 1973 un diplôme en Art à l'université du Minnesota, Ron Perlman se jette dans le grand bain. Courageusement, il faut le dire, car les contrats tardent à venir. Il doit ainsi attendre son premier rôle notable jusqu'au début des années 80, alors qu'il est sur le point d'abandonner sa vocation. Et comme se sera souvent le cas au cours de sa carrière, c'est suite à une véritable rencontre humaine qu'il trouve ses performances les plus marquantes. Jean-Jacques Annaud cherche en effet des comédiens inconnus aux visages anguleux pour interpréter les héros de sa Guerre du feu et, fasciné par les traits de Perlman, il tombe en plus sous le charme de sa gentillesse et de son talent, au point qu'il refera plusieurs fois appel à lui par la suite. Tout d'abord pour Le Nom de la rose (1986), où Ron devient l'inoubliable bossu dément Salvatore, puis ils se retrouveront quelques années plus tard à l'occasion de Stalingrad (2001).

Entretemps, d'autres français s'intéressent au cas du comédien. Bien qu'il ne comprenne pas un mot de la langue de Molière, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet l'engagent donc au milieu des 90's pour tenir l'un des rôles principaux de La Cité des enfants perdus, sans autre maquillage qu'une teinture rousse. Un tournage dont il garde un souvenir exotique et quand ce sera au tour de Jeunet de se délocaliser pour Alien, la résurrection, en 1997, c'est en toute logique qu'il le fera avec Perlman à ses côtés.


Image Hellboy 2 - les légions d'or maudites de Guillermo del Toro

 

Mais les réalisateurs de l'hexagone ne sont pas les seuls à avoir la caméra qui les démangent face à un tel faciès, outre-Atlantique aussi il ne manque pas d'inspirer. On peut citer sa collaboration avec le rebelle Joe Dante (pour le téléfilm The Second Civil War en 97 puis six ans plus tard pour un caméo dans Les Looney Toons passent à l'action) mais c'est surtout sa rencontre avec Guillermo del Toro - "un frère" selon les propres termes de l'acteur - qui va pousser sa carrière vers d'autres sphères. Persuadé qu'il est le seul à pouvoir interpréter le Hellboy dont il a toujours rêvé depuis qu'ils ont travaillé sur Cronos (1993), le mexicain fait ainsi d'une pierre deux coups en réalisant Blade 2 (2002), car cela lui permet de prouver sa solidité et son savoir-faire aux studios tout en ménageant un rôle pour Ron qui légitimera sa présence en tête d'affiche dans la peau rouge du "fils de l'Enfer". Pari réussi, et au printemps 2004 (enfin, un été bien avancé chez nous) les cinéphiles découvrent l'adaptation du comic de Mike Mignola suivie, quatre ans plus tard, par Hellboy 2 les légions d'or maudites. Sans conteste son rôle le plus populaire auprès du public. Et le fait qu'il y soit presque méconnaissable sous le maquillage ne lui pose absolument aucun problème.
 

Les acteurs se cachent pour jouer

Car son premier vrai moment de gloire, Ron Perlman le devait déjà à un rôle "costumé". Celui qui était tant complexé dans son enfance, qui commença à jouer au théâtre avec des masques, apprécie en effet grandement ces personnages chez qui le grotesque et la monstruosité physique sont exacerbés, de manière à pouvoir ensuite révéler ce qui se cache derrière les apparences. Il était ainsi tout indiqué pour incarner le prince maudit de La Belle et la Bête, ce qu'il fit de 1987 à 1990 dans la série éponyme librement inspirée du conte original. Trois saisons couronnées d'un vif succès, jetant sur lui une attention à laquelle il ne s'attendait pas mais qu'il supporte très bien grâce à son plaisir de participer au show, innovant et unique. Et s'il lui arrivera fréquemment ensuite de revenir sur le petit écran, souvent même à visage découvert (citons pêle-mêle des apparitions dans Highlander, Charmed, The Tick ou les anthologies Au-delà du réel et Masters of Horror, sans oublier des rôles plus importants comme dans le téléfilm Désolation, l'adaptation en série du long-métrage Les Sept Mercenaires...), la majorité de sa carrière à la télévision perpétuera à l'extrême cette idée de "se cacher pour mieux jouer".


Image La Belle et la Bête de Ron Koslow

 

Plus qu'un visage inimitable, Ron Perlman c'est aussi une voix puissante, caverneuse, qu'il a très souvent utilisée pour des doublages. A l'occasion de quelques longs-métrages, de Titan A.E. à Raiponce en passant par Terra, mais surtout donc dans des oeuvres destinées à la télé ou l'exploitation en vidéo. On trouve par exemple quantité de séries animées sur son CV, et cela dès 1992 quand la directrice de casting Andrea Romano lui propose un rôle sur la série Disney Bonkers. Une expérience qui tourne vite court (le personnage disparaît après un remaniement du show) sans pour autant jeter le comédien dans un impasse, car Andrea et lui ont adoré travailler ensemble et, désormais, elle lui trouvera un poste sur beaucoup des projets dont elle s'occupe : pas moins de trois séries différentes autour de Batman, Les Animaniacs, un épisode spécial Halloween des Tiny Toons, Justice League, Teen Titans et enfin Avatar, le dernier maître de l'air.

A force, Ron Perlman devient un incontournable de la profession au point qu'il serait impossible d'énumérer ici toutes les séries (Les 4 Fantastiques, Danny Fantôme, Afro Samurai...), les téléfilms (les longs-métrages animés Hellboy constituent selon lui sa meilleure expérience de doubleur) et - plus surprenant encore - les jeux vidéo (tous les épisodes de Fallout, Gun, Halo 2 et 3...) auxquels il a participé. Lui apprécie en tout cas grandement cette facette de son métier d'acteur qui lui permet de cumuler les rôles et de jouer sans se prendre la tête.
 

En toute simplicité

Malgré l'importance qu'a eu sa profession dans son développement personnel, il faut comprendre que Ron Perlman ne la met pas pour autant sur un piédestal. Pour lui, très souvent, il s'agit avant tout d'arriver à l'heure, de bien jouer ce qu'on lui demande de jouer puis de repartir dans ses pénates. Il reconnaît même volontiers avoir participé à quantité de films médiocres en ayant pour seule motivation le salaire. Parce que le plus important, après tout, c'est de travailler, comme pour exorciser ses premières années de vaches maigres. Ceci explique en grande part le caractère relativement insaisissable d'une carrière qui le fait alterner entre blockbusters et métrages plus modestes, pour beaucoup dans le cinéma de genre vu comme son impressionnante stature s'y prête. Il s'est ainsi fait une spécialité de la science-fiction (Star Trek : Nemesis, Outlander, Mutant Chronicles...) et de l'horreur (The Last Winter, Devil's Tomb...), ne crache jamais sur l'heroic fantasy (Prince Vaillant, King Rising...) sans oublier de passer saluer le thriller de temps en temps (L'Ultime souper, Dark Country...), le tout avec plus ou moins de bonheur mais toujours la même sincérité dans son travail.


Image Outlander de Howard McCain

 

Et maintenant qu'il est entré dans la soixantaine, va-t-il calmer le jeu ? Diable, non ! Aussi fidèle en amour (il est marié à la même femme depuis 1981, fait rare à Hollywood) qu'à ses principes, Ron Perlman continue de multiplier les projets et en plus de le retrouver en salles avec Le Dernier des Templiers, sur petit écran avec la série Sons of Anarchy ou en DVD et Blu-rau avec Dark Country nous le verrons au cours des mois à venir dans le reboot de Conan le barbare, le troisième volet du Roi Scorpion ou Drive, le nouveau film de Nicolas Winding Refn (Bronson). Puis viendront avec un peu de chance les très attendus Bubba Nosferatu et Les Montagnes hallucinées de Guillermo del Toro, certainement en parallèle de plusieurs direct-to-video et autres doublages. Décidément, avec sa gueule de porte-bonheur, son talent et sa simplicité, Charles Laughton a trouvé là un successeur des plus dignes.


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