Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 15h25 - 5 commentaire(s)
Après la multidiffusion de Home, le film-événement de Yann Arthus-Bertrand et la percée des mouvements écologistes lors du dernier scrutin européen, force est de constater l’actualité brûlante que représentent les questions environnementales pour notre époque. Or, si le cinéma n’a pas attendu les années récentes pour s’en emparer, il n’en reste pas moins que son approche a souvent varié. Souvent pour le meilleur et parfois pour le pire…



Entre documentaire et fiction, du sujet à la fresque

A la suite de la dernière journée de l’environnement, l’occasion semble donc idéale pour revenir sur les nombreux films qui dans nos salles, ont tenté d’avancer sur le terrain complexe et essentiel qu’est l’enjeu écologique. Tout d’abord, premier enseignement, le cinéma dans son ensemble s’en préoccupe grandement, qu’il soit fictionnel ou documentaire. Et même si la deuxième tendance est la plus prolifique, il est tout à l’honneur du médium de constater que depuis l’essor populaire de l’écologie politique, les films n’ont eu de cesse de se multiplier pour aborder tantôt le réchauffement climatique, tantôt le développement durable ou les effets dramatiques d’un cataclysme environnemental.

Ainsi, pour ce qui est de la fiction, que l’on considère Soleil vert, Waterworld ou le Jour d'après, une tendance s’affirme : l’écologie est assurément propice au traitement pessimiste du film catastrophe. Ou alors, faisant corps avec l’irresponsabilité humaine et la recherche effrénée du profit, son abord se lie là encore au film de genre en s’aventurant par le biais de vagues expérimentations à proposer des récits épidémiques (Black sheep) ou quelques comédies sociales (La Très très grande entreprise, La Belle Verte de Colline Serreau) et autres thrillers à demi réussis (Erin Brokovitch, seule contre tous).



D’autre part on sent également, si l’on inspecte l’animation actuelle, que la préoccupation environnementale est essentielle, que l’on songe à l’ensemble des œuvres allant de Wall-E à celles d’Hayao Miyazaki en passant par Les Simpson - le film. Et si l’on ajoute à cela le pharaonique projet de James Cameron qu’est Avatar, il n’est plus de doute permis : l’écologie et les prises de conscience qu’elle suppose ont essaimé et considérablement inspiré le cinéma d’hier et surtout celui d’aujourd’hui. Avec néanmoins, une réserve profonde : seul le cinéma d’animation a su aborder de front ces problématiques et encore lorsqu’il l’a fait, ce fut souvent avec d’autres visées et d’autres obligations, notamment liées à son récit et à des questions de narration. Reste alors l’autre voie du cinéma, celle d’un cinéma documentaire qui depuis des années n’a eu de cesse d’explorer toutes ces questions.


Le documentaire : la seule voie possible ?

En effet, libéré en apparence des contraintes des films classiques, le documentaire a su traiter ce sujet aride pour l’explorer avec force et rigueur. On se rappellera par exemple du raz de marée que constitua Le Cauchemar de Darwin par son arrivée et sa réussite en salles. Avec de surcroît, ce temps d’avance que ne pouvait intégrer un cinéma fictionnel de masse par crainte d’être trop avant-gardiste. Et pourtant, en dépit de l’explosion de l’offre et d’une exposition sans fard des problèmes environnementaux, il est une évidence : tout ne prête pas à l’enthousiasme au regard des multiples approches.



Tout d’abord, l’ampleur des difficultés oblige souvent les cinéastes et les documentaristes à effectuer des choix en termes de sujet et d’angles d’approche. Ainsi, Biutiful cauntri cible expressément le problème des déchets humains, de leur recyclage et du bénéfice potentiel qu’il représente, notamment pour les filières mafieuses. Quant à Une Vérité qui dérange, film phare sur le sujet, son approche n’est pas exempte de reproches malgré l’ampleur démonstrative du réchauffement climatique. En effet, aussi empesée et lourdement pédagogique soit-elle, cette dernière diffère grandement des nombreux autres films qui l’ont précédé ou suivi. Home privilégie par exemple la belle image et opte pour le commentaire off, alors que La Planète bleue, La Planète Blanche et Un Jour sur Terre avec des stratégies identiques, célèbrent davantage la diversité et la beauté planétaire que les dangers qui l’attendent.

Autre exemple : sur des problématiques intimement liées au développement durable, We feed the world et Notre pain quotidien s’opposent dans leur traitement en parcourant pourtant les mêmes espaces et les mêmes questionnements. Ainsi, le premier, plus explicatif et essentiellement argumentaire, se veut à charge quand le second plus subtil et plastique laisse l’image convaincre et frapper, sans toutefois laisser le soin à un commentaire quelconque de préciser les voies explorées par son auteur, Nikolaus Geyrhalter. L’ère de la stupidité ose pour sa part le récit d’anticipation et décale son approche dans le futur alors que bien d’autres documentaires se bornent à l’actualité des problèmes présents sans forcément se ménager d’ouverture vers l’avenir. Se posent ainsi deux questions, celle de l’accessibilité des sujets et de la radicalité de leur traitement.



Ainsi, Nos enfants nous accuseront et Le monde selon Monsanto sont de véritables documentaires à charge quand Herbe expose davantage une alternative altermondialiste à l’agriculture intensive. Et pourtant, tous les trois explorent le même pan d’un sujet qui lié au développement durable, lui-même inhérent à la résolution du problème que représente le réchauffement climatique. Par opposition, La 11e Heure, le dernier virage, où s’illustre Léonardo DiCaprio opte pour une approche plus accessible et globale, destinée à tous les publics à la manière d’Home et d’Une Vérité qui dérange. En somme, confrontés dans le documentaire aux mêmes segmentations que le cinéma fictionnel traditionnel, les films s’attelant à traiter d’écologie subissent les affres des machineries économiques qui opposent grands studios et cinéma d’auteur. Avec des orientations toutes aussi diverses que les regards qui les portent et les écarts de financement qui les caractérisent.

De fait, en attendant Le Syndrome du Titanic, le prochain film de Nicolas Hulot, il est plusieurs constats qui s’imposent. Tout d’abord, l’écologie est devenue incontournable et mobilise autant les foules que les attentions des producteurs. Cela quelque soit le genre et le traitement qu’on lui réserve. Ensuite, si la fiction s’en saisit pour l’heure à des fins spectaculaires ou en guise d’arrière-plan, seul le documentaire lui accorde la place qu’elle a su se ménager, celle qu’elle mérite. Mais en son sein, les optiques divergent et la palette d’approches n’a d’égale que l’extrême variété du cinéma. Avec deux gagnants évidents : le spectateur et espérons-le, l’environnement.
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