Pendant longtemps, le Roi Saint-Louis (Christian Bale) avait décidé de ne rien faire contre les cathares réfugiés à Montségur s'ils ne lui causaient pas de tort. Un village se développa donc au pied de la forteresse où ils pouvaient vivre selon leur croyance. Mais la paix fragile fut rompue lorsqu'en mai 1242, des chevaliers spoliés assassinèrent des inquisiteurs séjournant dans les environs. Le Pape (Terrence Stamp) tint ainsi le prétexte idéal pour s'en prendre aux cathares. Le roi de France dut rompre la trêve pour complaire à l'église.
Un chevalier renégat (Viggo Mortensen) poursuivi par l'inquisition, se joint à la résistance cathare. Il se réfugie avec eux dans le fort de Montségur sur lequel 4000 soldats marchent. La bataille se prépare.MONTSEGURUn film de Peter Jackson
Avec Viggo Mortensen, Terrence Stamp, Christian Bale
L'idée de ce film vient d'abord du site magnifique de Montségur, là où 200 hérétiques furent brûlés le 16 mars 1244. En fait, les cathares allèrent au bûcher de leur plein gré, refusant d'abjurer leur foi. Cela sonnait la fin de la Croisade contre les Albigeois. A cet endroit encore préservé, on ressent encore le poids de ce passé, à travers des ruines majestueuses. Elles fourniraient le cadre idéal à un grand film. D'autre part, en découvrant le jeu vidéo
Assassin's creed, j'ai songé à quel point l'époque des croisades est fascinante et encore assez sous-exploitée au cinéma (si l'on excepte
Kingdom of Heaven de Ridley Scott). Quant aux Cathares, malgré leur histoire marquante et tragique, elle n'a été que très peu abordée et demeure encore assez méconnue.
Pour ne pas faire de tout cela un affreux cours magistral, il faudrait l'efficacité et la sensibilité de Peter Jackson (réalisateur des batailles majestueuses de la trilogie du Seigneur des Anneaux et de sa conclusion émouvante). Il pourrait suggérer l'aspect transgressif des croyances cathares grâce au héros qui se joindrait à leurs rangs. La tension irait crescendo tout au long du film et on suivrait la croisade contre les « hérétiques » et leur inexorable répression. Montségur serait le théâtre de la dernière bataille. L'attente de l'assaut final créerait une tension que le Néo-Zélandais affectionne tout particulièrement (il en a fait le coeur des Deux Tours).
Le site de Montségur était particulièrement imprenable, inaccessible même aux armes de siège. La résistance fut farouche. Cela donnerait lieu à de belles scènes de combats, notamment lorsque les croisés parviennent enfin à pénétrer dans le fort. Il faudrait un héros fictif, un chevalier qui rejoint la résistance cathare pour se venger des croisés qui ont détruit sa famille. On suivrait par son prisme le cours de l'histoire et ses enjeux (un peu comme Ridley Scott le fit avec Orlando Bloom, héros prétexte qui permettait de raconter l'histoire des croisades en terre sainte). Pour incarner ce personnage charismatique et marqué par la vie, il faudrait un Viggo Mortensen. Il est certes Aragorn dans tous les esprits, mais ce contexte là est bien différent. L'acteur allie une prestance physique indéniable à une sensibilité profonde. Il pourrait ainsi incarner un héros empreint de spiritualité et de sagesse. A l'inverse, Christian Bale incarnerait Saint Louis et sa position ambivalente. Le roi était connu pour son extrême piété. Après avoir fait preuve de clémence, il s'engagea dans une lutte impitoyable contre les occupants pacifiques de Montségur. Terrence Stamp prêterait ses traits au pape Innocent III qui ordonna la répression de ces hérétiques. Stamp a toujours composé des personnages troubles et il conviendrait à celui-ci. Il apporterait suffisamment de raffinement pour ne pas en faire un « méchant » classique.

La prise finale de la forteresse serait le point d'orgue du film. Cela ferait songer aux grandes batailles du Seigneur des Anneaux, en particulier celle du gouffre de Elm à la fin du deuxième volet de la trilogie. Après la victoire des croisés, on verrait le bûcher s'élever pour brûler plus de 200 fidèles qui refusèrent de renoncer à leur croyance. Cela serait une conclusion d'une belle puissance, de ces images qui vous marquent comme celles des films de Einsenstein, ou l'image de
Jeanne d'Arc rencontrant sa mort dans le chef d'oeuvre de Dreyer.
Enfin, le film pourrait se conclure sur un mystère. Comme pour les Templiers, une légende est née sur un trésor qu'auraient dissimulé les Cathares. Etait-ce une sainte relique? Etait-ce un descendant du Christ ? Etait-ce le Graal ? Etait-ce de l'or ? Un anneau pour les gouverner tous ? On se croirait dans le
Da Vinci Code ! De multiples fantasmes sont nés autour de cette histoire. Le château en ruines que l'on voit à la fin de
la Neuvième Porte de Roman Polanski ressemble fort par exemple à un vestige de cette époque.
Pourtant, le cinéma a assez peu puisé à cette source. Ça ferait pourtant un beau film, à la fois mystique et guerrier. L'Inquisition a, en revanche, déjà été brillamment abordée dans
Le Nom de La Rose de Jean-Jacques Annaud. Ce sujet permettrait de l'évoquer d'une autre manière, à travers la persécution qu'elle faisait régner en ces temps anciens. Cela constituerait une plongée captivante au coeur du Moyen-âge. L'histoire de Montségur inspire des images frappantes, violentes, dans des décors somptueux. Les combats exigeraient le dynamisme et le souffle de Peter Jackson. Cela donnerait une oeuvre d'une grande force au service d'un sujet d'une richesse rare.