Par - publié le 12 juin 2006 à 10h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h58 - 5 commentaire(s)
Adulé par les uns qui pensent toucher à la quintessence de la suprême mélancolie (écouter Bliss transporte au-delà de ce que l'on peut imaginer), abhorré par les autres qui n'y voient que du sous-Radiohead (le jugement a été posé après leur premier album Showbiz), le groupe qui sort prochainement son nouvel album Black Holes & Revelations le 3 juillet 2006 (l'excellent single Supermassive Black Hole passe actuellement en boucle) est de plus en plus utilisé sur grand écran. La cinégénie à l'état pur ?



Muse est certainement l'un des groupes qui a actuellement le vent au poupe au cinéma. Cela s'explique par des morceaux d'une mélancolie intense qui permettent aux cinéastes les plus mélomanes (Danny Boyle, Richard Kelly) d'exprimer des sentiments diffus là d'autres usent de silences ou de bavardages. Le groupe s'est créé en 1993 à Teignmouth, dans le Devon (Royaume-Uni), tout d'abord sous le nom de Gothic Plague, alors qu'ils ne sont âgés que de quinze ans. En 1996, ils participent à un concours intitulé Battle Of The Bands à Teignmouth, sous le nom "Rocket baby dolls". Malgré les apparences, leurs influences viennent de la scène rock américaine du début des années 1990, notamment Nirvana et Soundgarden, les rois du grunge mais également de Radiohead et The Verve. Leur premier album, Showbiz (1999), est produit par John Leckie (qui a travaillé avec Radiohead sur l'album The Bends). La sortie de l'album leur permet d'assurer la première partie des concerts de Foo Fighters et de Red Hot Chili Peppers aux États-Unis devant plus de 20 000 spectateurs. Mais certains ne leur pardonnent toujours pas la ressemblance avec Radiohead. A tort puisque tout change avec l'infiniment personnel Origin of Symmetry qui au gré de morceaux sublimes (Feeling good, la reprise de Nina Simone, Megalomania, Citizen Erased et son refrain envoûtant) impose un style très novateur. Deux ans plus tard, il propose Absolution, un excellent album où les meilleurs morceaux ne sont pas nécessairement ceux qui passent en boucle à la radio (le sympathique Time's running out). Leur prochain album Black Holes and Revelation sort en juillet.

MUSE AU CINEMA : 4 FILMS POUR EN PARLER
Muse au cinéma ? Délice fréquent. Outre les quatre films mentionnés ci-dessous, sélectionnés en raison de leurs différents genres, il est possible d'entendre du Muse dans Little Nicky (le morceau Cave) de Steven Brill; Swordfish (New Born), de Dominic Sena... Mais l'exemple le plus illustre demeure Haute Tension, d'Alexandre Aja.



SOUTHLAND TALES (Blackout, disponible sur l'album Absolution)
Réalisateur : Richard Kelly
Pourquoi il aime Muse ? Parce que si Donnie Darko avait 20 ans aujourd'hui, il se serait certainement shooté aux chansons mélancoliques de Muse.

The Rock, Seann William Scott, Sarah Michelle Gellar, Justin Timberlake, Cheri Oteri, Bai Ling, Miranda Richardson, Christophe Lambert, Kevin Smith, Mandy Moore et Jon Lovitz se perdent dans les 2h40 de Southland Tales, film-événement de Richard Kelly. Il y a suffisamment de matière, d’enjeux et de promesses dans Southland Tales pour donner envie de voir le film à répétition. Une lecture superficielle peut laisser perplexe, d’autant que la profusion de personnages ne facilite pas la compréhension. En profondeur, il s’agit d’une enquête métaphysique avec des failles temporelles, des secrets qui surgissent des ténèbres, des personnages excentriques et surtout un univers visuel très fort. Bref, nous sommes bien dans un film de Richard Kelly. Il est même étonnant de constater que le réalisateur a repris de manière flagrante quelques unes des meilleures astuces de son premier long-métrage. Muse chez Richard Kelly: Si la majorité de la bande-son du film a été composée par Moby, on peut entendre Blackout, un morceau de Muse qui confère une mélancolie diffuse au film. Il passe en intégralité lors d'une scène intense où Sarah Michelle Gellar et The Rock n'ont pas les mots adéquats pour confesser leur attirance mutuelle.


MILLIONS (Blackout & Hysteria, disponibles sur l'album Absolution)
Réalisateur : Danny Boyle
Pourquoi il aime Muse ?: Parce que l'utilisation de Muse est un beau stimulateur d'émotions.



Soyons clairs : La description du monde de Damian, jeune protagoniste de 8 ans en plein tourment existentiel avec des apparitions divines et une incapacité à communiquer avec les autres marmots de son âge, est sans conteste ce que le film possède de plus intéressant. Une description à la fois simple et complexe - parfois même déroutante - qui fuit comme la peste scories mièvres (les enfants sont capables d’être cruels et simulateurs quand ils le veulent bien) et autres débordements malvenus. D’un événement extraordinaire (la découverte d'un sac gonflé de liasses de billets que Damian interprète comme un miracle), Danny Boyle instille une tension paranoïaque (à qui appartient le sac en question ?) mais musarde régulièrement ailleurs comme si le suspens n'était qu'accessoire. Le cinéaste zoome davantage sur les conflits moraux. Ou comment cet incident impromptu révèle les désirs utopiques d’un garçonnet soumis à des règles et des codes moraux qu’il ne maîtrise point. Muse chez Danny Boyle : Danny Boyle qui soigne toujours ses bandes-sons sur ses films est tombé amoureux de ces morceaux.

TROIS PETITES FILLES (Black Out, disponible sur l'album Absolution, et New Born & Bliss, disponibles sur l'album Origin of Symmetry)
Réalisateur: Jean-Loup Hubert
Pourquoi il aime Muse? Parce que film générationnel, parce que ses enfants adorent ça, parce que les ados adorent ça, parce que c'est tellement beau que ça pourrait être une idée de mise en scène et remplacer un propos (mais en fait, non).



Si on retrouve ça et là quelques restes du Grand Chemin, certaines situations - pour ne pas dire la majorité - s’enveniment dans le pathos suintant et le précipité glauque. En cours d’écriture, Jean-Loup Hubert a dû se rendre compte du potentiel neurasthénique des sublimes chansons de Radiohead et Muse. Ici, abusivement exploitées voire répétées, elles accentuent un procédé aussi opportuniste qu’affecté qui consiste à attirer le djeun dans les salles. Trois petites filles s'impose comme un petit film faussement aimable, souvent maladroit, sincère, où l’éclate et la déprime se chevauchent et se confondent, sans vraiment choisir de camp. Mauvais film mais excellente BOF puisqu'on peut même y entendre Eve lève-toi de Julie Piétri. Non, on ne rigole pas.

HAUTE TENSION (New Born, disponible sur Origin of Symmetry)
Réalisateur : Alexandre Aja
Pourquoi il aime Muse? Parce que les effluves gore de Haute Tension se marient délicieusement aux volutes bleutées des mélodies de Muse. Et parce qu'Aja kiffe sa race.



Un film d'horreur, oui, avec des éviscérations, des tripes, un soupçon de perversité, un tueur en série méchamment burné, des rebondissements tarabiscotés et des demoiselles à peine sorties de l'adolescence qui aiment à hurler. Un film gore, ce qui relève dans le PCF (paysage cinématographique français) d'une authentique gageure. Le cadre (un lieu isolé) et la solide scène d'exposition sont des arguments propices à une gradation de la banale réalité à l'angoisse la plus sauvage. Toutes les scènes qui se passent dans la maison et/ou dans les alentours (champs, balançoires, voiture, station-essence…) étaient des morceaux d'épouvante intensifiés par un travail sur le son. Son objectif, simple, se résumait en une phrase : en foutre plein la gueule. Du coq à l'âne, Aja passait en revue différentes époques du cinéma horrifique conciliant Massacre à la tronçonneuse (le tueur qui, à la fin, tel un Leatherface, court avec sa tronçonneuse sur une route quasi-déserte) ; un méchant sur-moi Shyamalanesque (les champs à la Signes et le coup de théâtre à la Sixième Sens, idée à la con imposée par Besson) ; Jeepers Creepers (les deux amies qui se lancent des insultes dans la voiture comme le frère et la sœur au début du film de Victor Salva ; le monstre qui roule dans une camionnette sordide et qui entretient des rapports sexuellement troubles avec ses victimes) ; Blue Velvet (lorsque Marie se cache dans le placard) ; Maniac (pour la scène dans les toilettes) et consorts… On pouvait y entendre des morceaux de Muse mais aussi du Didier Barbelivien ou encore Ricci e Poverti, éléments régressifs qui confirmaient le capital déconneur et second degré de l'ensemble.
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