Comme chaque année, Laurent Tity et Romain Le Vern, ont laissé leurs chemises estivales (c’est fini les photos pour Miami Vice les gars) dans leur armoire de cinéphile pour prendre de gros manteaux bien uniformes et savourer l’horreur sanglante du grand froid français: Gérardmer et son festival fantastique où quelques uns de nos cinéastes chouchous sont généreusement venus se perdre. Au programme dans ce premier bilan: un film autrichien qui colle son intrigue sur celles de slashers américains, une série B étonnante avec Sarah Michelle Gellar et surtout le nouveau Nacho Cerda. Que du bon (ou presque).
The Return MERCREDI10h15. Dans le train qui mène les journalistes à la destination connue, Romain tape la discute avec le génial Douglas Buck, cigarette au bec, sobrement installé dans le coin fumeur. Le cinéaste vient à Gérardmer présenter
Sisters, son remake très spécial du film éponyme de Brian de Palma (dont on vous reparlera dans un prochain bilan). Laurent, pantouflard devant l’éternel et fort d’une nuit de sommeil inexistante, s’endort sur L’équipe et apprend tout éberlué une grande nouvelle: le gagnant de la star Academy est dans le train. De son côté, RLV bosse déjà et assure direct l’interview du réalisateur Andrew Currie (
Fido) qui a l’air aussi endormi que lui. A peine l’interview commencée, première catastrophe: le dictaphone tombe en panne. Le réalisateur charmant autorise le journaliste anxieux à traverser les wagons en quête de nouvelles piles. Après ce démarrage quelque peu fâcheux, le journaliste retrouve son anglais, gagne l’estime du cinéaste en parlant de ses films favoris (Andrew est un fan absolu du
Locataire, de Roman Polanski) et le fait rire en avouant que c’est peut-être la première fois qu’on voit Carrie-Anne Moss sourire au cinéma. Le cinéaste rétorque qu’elle souffre de cette image glaciale alors qu’en réalité, elle est extrêmement chaleureuse, lui-même en était le premier surpris. Quant au choix de Dylan Baker, ne cherchez pas plus loin: Andrew adore
Happiness, de Todd Solondz. Un homme absolument délicieux, confie Andrew, que l’on voit très peu et qui est très loin, lui aussi, de l’image terne qu’on pourrait penser. C’est-à-dire très souriant, drôle, vivant etc.
Sur ces grandes nouvelles, on débarque à Gérardmer. Rituel coutumier du journaliste (accréditation, hôtel, invitations, préparations d’interviews, coup de fil aux collègues etc.) et voilà que débarque la cérémonie d’ouverture avec la présentation des membres du jury dont une sublime Julie Dreyfus et surtout un Richard Bohringer complètement ailleurs, rassuré par la chaleur féminine de Charlotte de Turckheim, tandis que Laurent Baffie nous a honoré de son absence, apparemment parti tourner ses
Clefs de Bagnole 2. On n’a pas de nouvelles depuis. La première projection du soir propose le fameux
Fido, de l’ami Andrew, comédie gentiment cintrée post-
Shaun of the dead (le réalisateur a aussi avoué avoir écrit le scénario il y a bien dix ans donc aucune cause à effet) où les zombies servent de domestiques à des américains belliqueux et conservateurs. La démonstration de la parabole est contredite par un mélange des genres extrêmement léger et une certaine fluidité dans l’ensemble. Bref, pas mal pour commencer d’autant que le film est en compétition. D’autant que Laurent a ri à gorge déployée pendant tout le visionnage. Ce qui signifie, évidemment, rire de qualité (soulignons qu’il a adoré
Joyeux Noël). A la sortie, les commentaires sont plutôt élogieux. Bon signe d’un festival qui commence bien. Dîner de clôture dans l’atmosphère glacée ; et, puis ? Et puis, dodo. Pas de teuf ce soir, non mais…
JEUDIOn attaque avec du lourd ce matin: la projection de
In drei tagen… Bist du tot, de l’autrichien Andreas Prochaska (à vos souhaits), qui a bénéficié d’un bon buzz selon notre indic Christophe Lemaire au marché du film au dernier festival de Cannes. Alors que Laurent essaye de prononcer correctement le patronyme du cinéaste, les lumières s’éteignent et le film commence. Commence pour ainsi dire mal avec son défilé d’ados qui viennent d’avoir le bac et font une petite balade alcoolisée en bagnole avant d’écraser un Bambi. A partir de là, les mauvais souvenirs de l’été dernier reviennent en pleine poire: les pires slasher post-
Scream. Tout ça dans le monde merveilleux de Michael Haneke, voilà qui a de la gueule. Problème, le film ne se résume qu’aux poncifs et stéréotypes et étire péniblement sa première partie convenue jusqu’à la seconde qui s’essaye aux fausses pistes et finalement tourne à l’exercice de style totalement vain et désincarné. Pas honteux hein, mais tellement déjà vu qu’on l’oublie bien vite sauf chez quelques journalistes avides de curiosités exotiques (un slasher autrichien, ok, on n’en voit pas tous les jours). Bref, on reste sur une faim que nos vaillants journalistes vont vite compenser en se posant à la première pizzeria du coin. Le temps passe vite et c’est déjà l’heure de découvrir
The Return, de Asif Kapadia, étrange histoire avec Sarah Michelle Gellar dans le rôle principal où une jeune femme en proie à la solitude et de sévères tendances à l’automutilation retourne dans son Texas natal revoir quelques rednecks et se trouve assaillie de sensations de
déjà-vouuuuus propres à mister Tony Scott.
Norway of lifeEn réalité, c’est plus un remake caché de
The Eye, des frères Pang que de
Dans ma peau de Marina de Van, avec beaucoup d’afféteries formelles et plein de beaux moments intimistes dans une quête intérieure d’une femme enfermée dans sa solitude nue qui cherche à comprendre d’où vient son fichu mal-être. Pas totalement convaincant, non, mais un résultat pas honteux. A peine ont-ils le temps de respirer qu’ils enchaînent sur
The Abandoned, de Nacho Cerda, qui divisent nos deux rédacteurs: Romain vient de se prendre une bonne claque tandis que Laurent n’a strictement rien pigé. Deux mondes s’opposent et les discussions post-projo n’en finissent plus entre ceux qui adhèrent et ceux qui rejettent. Pour se consoler de la petite dispute (ah nan mais on ne critique pas Nacho Cerda ici bas), ils finissent la soirée avec leur petite bande de potes journalistes (ou pas) qui leur montrent en revanche de vraies horreurs que la décence nous empêche de mentionner séant (envoyez un mail à Laurent Tity – tity@dvdrama.com - ami des lecteurs entre autres, pour qu’il vous explique – et il le fera vraiment !). Plongés dans la nuit, RLV et LT se rendent compte que Gérardmer, ville devenue fantôme, ne voit pas d’autres zombies dans les rues. Attendons les surprises de demain, avec notamment la projection très attendue de
Sisters, de Douglas Buck. Là encore, ça promet de se disputer. En un sens, tant mieux…