Pour son quatrième long métrage, Dominique Farrugia choisit de revenir à la comédie d'action et signe un buddy movie dans la plus grande tradition. Rencontre avec un ex-Nul.
Comment vous ai venu l'idée du Marquis, ou, plus particulièrement, l'idée de ce duo original et somme toute inattendu ?
Franck Dubosc avait envie de jouer face à quelqu'un de « balaise » dans le sens « acteur ». En gros, une réelle pointure. Moi j'avais déjà une vue du personnage. Je voulais quelqu'un capable d'être monolithique dans son jeu, tout en ayant un certain nombre de gammes de variations possible. Et très vite on est arrivé à Richard Berry. Au final, cela a été un vrai bonheur de pouvoir tourner avec les deux, car Franck balance les phrases et Richard les reçoit. Du coup, il y avait un vrai ping-pong entre eux, et je me suis beaucoup amusé avec ça.
Le marquis s'inscrit dans la plus grande tradition du buddy movie à la française, et vous succédez finalement à Gérard Oury, Francis Veber... Ce fut des références pour vous à l'écriture de ce film ?
Non, pas en écrivant, mais quand on m'en parle, je ne peux le nier. Ils m'ont certainement influencé. J'ai vu leurs films, et je les ai aimés. Mais en écrivant ce film, on était ailleurs. Mon idée de base, c'était : « en prison, un type se fait passer pour un autre, espérant ainsi éviter les problèmes. Jusqu'au jour où un malfrat, du fait de sa réputation, l'oblige à réaliser un gros coup à ses côtés ». Tout part de là. Simplement. Et à l'époque on ne se posait pas la question de faire telle ou telle référence. Maintenant, quand je le regarde aujourd'hui, je me rends bien compte qu'on peut le comparer aux œuvres de Veber ou Oury. Même si j'ai essayé de filmer différemment...
C'est le cas, et votre film se démarque aussi par son trio. Car au-delà du couple principal, essentiel au buddy movie, on trouve ce personnage incarné par Jean-Hughes Anglade, extraordinaire d'abominations...
On ne pouvait faire ce film sans avoir un vrai méchant. Et qui mieux que Jean-Hughes pour l'incarner... C'est un excellent acteur qui a vraiment été très sensible à son personnage. Il n'aimait pas l'idée de jouer n'importe comment ou de façon excessive dans une grosse comédie. Mais je l'ai très vite rassuré en lui disant qu'il fallait justement interpréter ce truand avec le plus de réalisme possible. Il a adhéré, et tout s'est magnifiquement enchainé.
Vous avez attendu près de dix ans avant de revenir à la mise en scène. Aujourd'hui, vous enchainez deux films coup sur coup. Qu'est-ce qui vous a redonné goût à ça ?
L'Amour c'est mieux à deux. Voilà ce qui m'a redonné goût. A l'origine, je ne devais pas le faire. Je l'ai co-réalisé avec Arnaud Lemort parce qu'il n'avait pas fait de film auparavant. Il souhaitait donc quelqu'un à ses côtés et on a monté le projet ensemble. Sauf qu'en mettant à nouveau les mains dans le cambouis, je me suis rappelé que j'aimais vraiment ça. Et comme à l'époque je préparais déjà Le marquis en tant que scénariste et producteur, je me suis très vite décidé à le mettre également en scène. Ce n'est pas plus bête que ça.
A l'époque de Trafic d'influence, vous avez dit que vous vous considériez comme un vrai metteur en scène le jour où vous aurez réalisé cinq films... Pour le moment, vous n'en êtes malheureusement qu'à quatre...
J'ai dit beaucoup de conneries dans ma vie et cette phrase en fait partie. Je ne me sentais pas forcément mûr en tant que metteur en scène à ce moment-là, c'est aussi pour ça qu'il a fallu attendre dix ans entre Trafic d'influence et L'Amour c'est mieux à deux.
A vous entendre dans de nombreuses interviews passées, vous semblez beaucoup regretter Trafic d'influence...
Ah non pas du tout. J'aime beaucoup ce film, j'ai énormément de tendresse pour lui. Vous savez, on donne des interviews et après les journalistes en font ce qu'ils veulent. Pour ma part, je garde un très bon souvenir de ce tournage avec Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte... Et puis ça a été un très gros succès à la télévision. Avant, il est vrai que j'avais pris une grosse claque lors de sa sortie en salles, car 300 000 entrées cumulées c'est vraiment pas beaucoup. J'ai donc été déçu et certains propos ont peut-être été mal interprétés. Mais voilà, je suis passé à autre chose ensuite. J'ai créé des chaines, je suis devenu Président de Canal... C'est bien aussi.
Vous alternez comédies romantiques et comédies d'action. Passerez-vous un jour à un tout autre genre ou est-ce vraiment là ce que vous préférez ?
Quand le sujet est là et s'y prête, il faut le faire. J'aime la comédie et j'aime réaliser ça. Je ne sais pas si je serai capable de tourner autre chose. Je ne l'ai pas encore fait. Mais j'aime tous les genres, et je vais là où l'histoire me mène. Pour l'instant, c'est ça. Un jour, peut-être...
Avez-vous déjà de nouveaux projets ?
Oui, nous sommes en train d'en monter un. Une comédie, encore. Mais c'est encore un très gros chantier.
Votre ancien complice Alain Chabat tourne actuellement l'adaptation du Marsupilami. Vous a-t-il fait passer des essais pour le rôle comme il avait tenté de le faire à l'époque pour le personnage de Cléopâtre (cf l'un des teasers du film) ?
Non, j'étais à l'autre bout du Monde lorsqu'il préparait le Marsupilami. Exactement comme pour Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Je produisais un film à l'époque et je ne pouvais être de cette aventure. J'ai donc effectivement participé à l'un des teasers, histoire d'apparaître quand même un petit peu. C'était un joli clin d'œil.
Et aurons-nous la chance de revoir un jour le comédien Dominique Farrugia, ou la page est-elle définitivement tournée ?
Non, mais je ne suis pas acteur...
Vous l'avez été... Et c'est toujours aussi plaisant de vous revoir de temps en temps.
C'est gentil, mais je vais laisser la place à ceux qui savent vraiment le faire.
Propos recueillis par Gilles BOTINEAU

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