En salles ce mercredi, le troisième film de la saga Narnia a manqué de peu ne jamais quitter le port des projets hollywoodiens. Retour sur une mise à l'eau compliquée...

Par Benjamin MURIOT - publié le 07 décembre 2010 à 04h00 ,
MAJ le 07 décembre 2010 à 09h31 - 0 commentaire(s)

Noël approche à grands pas et pour le rendre encore plus magique, il s'accompagnera cette année dans les salles obscures d'une percée en force de la fantasy (plus ou moins) familiale. Tandis donc qu'un ténébreux Harry Potter nous estomaque depuis quelques semaines, une autre saga fait son retour sur les écrans avec Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore, plus tourné vers l'aventure et l'émerveillement que son sorcier de concurrent. Mais si ce troisième film tiré des écrits de C.S. Lewis constitue un des grands rendez-vous de cette fin d'année, ce n'est pas sans mal qu'il est arrivé jusqu'à nous. Avec plus de péripéties que Sinbad et Ulysse réunis, découvrez comment l'odyssée du passeur d'aurore a vu le jour. 

Dur de se jeter à l'eau

Dès juin 2007, alors que Andrew Adamson est encore en plein tournage de Prince Caspian, les studios Disney Pictures et Walden Media s'accordent pour mettre en chantier le troisième volet de la saga Narnia dans la foulée. Il faut dire, les enfants grandissent vite. Et s'ils veulent continuer de travailler avec leurs jeunes acteurs, devenus des stars depuis le carton du chapitre un, pas le choix : les producteurs doivent mettre les bouchées doubles. Adamson désirant cependant passer à autre chose après deux aventures avec la fratrie Pevensie, il faut lui trouver un remplaçant au plus vite. 

 
Image Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore de Michael Apted

 

Ça tombe bien, le plutôt capable Michael Apted - qui vient de réaliser Amazing Grace pour Walden Media - est disponible et en quête d'un gros projet, une franchise juteuse pour renouer avec son expérience sur Le Monde ne suffit pas. Comme dans un rêve, tout se met alors en place avec une facilité déconcertante. La préproduction est lancée sans attendre, le premier tour de manivelle est prévu pour janvier 2008 avec un tournage se déplaçant de Malte à l'Islande en passant par Prague, la date de sortie est arrêtée au 1er mai 2009 et tout le monde est très excité à l'idée de replonger dans les eaux bleues de Narnia... Bien sûr, ça n'allait pas durer.

A peine deux mois avant d'entrer en production, le tournage est ainsi repoussé à octobre et une nouvelle date de sortie fixée au 7 mai 2010. La raison ? En plus de la grève des scénaristes faisant rage, les studios arguent de difficultés de calendrier rapport aux agendas des jeunes comédiens. Et la situation se complique encore quand Prince Caspian sort dans les salles en mai 2008 puisque, sans être non plus un échec, il rapporte bien moins que son prédécesseur (419 millions de dollars sur le monde contre 745) tout en ayant coûté bien plus. Beaucoup plus même, car son budget annoncé de 225 millions de dollars ne comprendrait pas l'ensemble des frais en marketing, et Disney de vouloir dès lors réduire les dépenses. Objectif : emballer le troisième opus pour moins de 140 millions de billets verts et, le temps de trouver un moyen d'y parvenir, retarder en conséquence sa production. Oubliées les destinations trop exotiques, Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore se tournera désormais courant 2009 entre le bassin mexicain de Rosarito et les studios de Queensland, en Australie. Une solution bien moins onéreuse qui continuera d'être simplifiée quand, prétextant la violence aux alentours des plages de Rosarito, les producteurs se rabattront totalement sur la patrie des kangourous. Mais en dépit de ces sacrifices successifs, le pire allait venir.

Disney quitte le navire

Ainsi, à la veille de Noël 2008 et à la surprise générale, Disney Pictures déclare forfait et quitte le projet, jetant l'avenir de ce dernier dans l'incertitude. L'explication officielle se limite à un "problèmes budgétaires et logistiques", laconique message censé cacher une vérité davantage mesquine. Car si on se doute que le box office "décevant" de Prince Caspian a dû peser dans la balance, la brouille entre les deux partis serait bien plus profonde qu'une simple mésentente sur le budget. 

 
Image Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore de Michael Apted

 

Elle remonterait en fait à la sortie de Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique lorsque Phil Anschutz, le "milliardaire chrétien" à la tête de Walden Media, réclama du studio aux grandes oreilles qu'il revoit à la baisse son pourcentage sur les bénéfices du second épisode, alors fortement envisagé. Ce qu'accepta Disney à contrecoeur, pour ne pas perdre sa participation sur une aussi lucrative licence. Mais quand Walden Media les accusa ensuite d'avoir sabordé l'exploitation de Prince Caspian, en le sortant au printemps plutôt qu'à Noël et en axant la communication sur les adolescents, la rancoeur entre les deux studios était telle que la moindre anicroche ferait voler en éclats leur collaboration. Et c'est ce qui s'est produit. En stand-by, L'odyssée de passeur d'aurore n'avait plus qu'à chercher un nouveau distributeur pour se remettre à flot.

Plusieurs prétendants expriment à ce moment leur intérêt pour la franchise, de Sony à Warner Bros, or c'est la 20th Century Fox qui part en grand favori. En effet, les deux entités partagent une relation privilégiée au travers de leur filiale commune Fox-Walden, qui s'est chargée de distribuer aux Etats-Unis certaines des productions de Phil Anschutz (Les Portes du Temps, La Cité de l'ombre...), et leur association semble donc la plus logique. Sans compter que la firme de Rupert Murdoch était intéressée par les droits de la franchise Narnia avant même que Walden Media ne les obtienne. C'est pourquoi, faisant fi des récentes déconvenues en matière de "fantasy pour kids" au rang desquelles compte son propre Eragon, elle confirme à la fin janvier 2009 reprendre le flambeau de Disney Pictures. Sauvé de la noyade, le film de Michael Apted entrera finalement en tournage au mois de juillet 2009. Et redevient le blockbuster de Noël voulu par Walden Media, sa date de sortie US étant repoussée au 10 décembre 2010. Pour autant, les difficultés n'allaient pas cesser de se mettre sur le trajet du passeur d'aurore.

Aléas de production

Loin d'être effectivement un sauveur philanthropique, la Fox entend bien rentrer dans ses frais et la renégociation du budget se fait impitoyable, doublée de réclamations sur la ré-écriture du scénario. Spécialiste en la matière depuis peu pour le compte de Fox 2000, Michael Petroni (La Reine des damnés) est ainsi appelé à la rescousse et après diverses modifications, L'odyssée du passeur d'aurore peut enfin prendre la route des plateaux. Sans plus de largesses que ça toutefois, son tournage étant toujours cantonné à l'Australie et pour une durée relativement courte comparée aux deux autres volets.

 

Image Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore de Michael Apted

 

Ceci ajouté aux horaires restreints imposés aux acteurs mineurs (pas plus de cinq heures quotidiennes de travail) et c'est un véritable défi qui se pose au réalisateur et à son équipe, eux qui doivent mettre en images dans ces conditions une aventure épique donnant l'impression de se dérouler sur les océans et sept îles aux environnements bien distincts. Alors, forcément, quelques cafouillages surviennent, comme lorsque Bill Nighy est mystérieusement remplacé par Simon Pegg pour doubler la souris guerrière Ripitchip, mais ce sont surtout les jeunes comédiens qui vont causer les plus grosses frousses. Ben Barnes se fend la lèvre lors d'un échange à l'épée, Georgie Henley a elle droit à un beau coquard et manque se noyer lors d'une scène, le nouveau-venu Will Poulter s'ouvre le crâne en surfant durant ses heures de repos... On a beau savoir qu'il faut que jeunesse se passe, c'est presque à se demander si ces garnements n'essayaient pas de couler eux-mêmes le film !

Heureusement, malgré les délais, les restrictions et les mauvaises surprises, Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore est finalement parvenu à trouver sa voie pour débarquer jusque sur nos écrans de cinéma. Il revient d'autant plus loin que rien à priori n'aurait dû venir lui mettre des algues dans le gouvernail mais en fin de compte, aller de péripéties en retournements de situation, n'est-ce pas là le propre d'une véritable aventure ?


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