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J'ai vu Musée haut, musée bas parce que je connais un petit peu Jean-Michel Ribes. C'est un film d'un culot incroyable, très gonflé, très original, très « cassage de gueule en live ». On ne sait pas du tout comment ça va être reçu par le public. Ca peut être un très gros succès ou un très gros échec. Ribes et ses producteurs se sont lancés là dedans. C'est très amusant, plein de gags, plein de choses extraordinaires. Il y a tous les acteurs de Paris. Il y a un personnage absolument sublime joué par Isabelle Carré, qui fait une fille tout le temps heureuse. Elle est la femme d'Arditi et l'autre n'en peut plus parce qu'elle est heureuse de tout. C'est très marrant, c'est un Ovni, un truc comme on n'en a jamais vu en France. C'est une folie beaucoup plus grande que les miennes, il y a là quelque chose de neuf."
Bertrand BlierAuteur définitivement atypique, Jean-Michel Ribes nous impose son style depuis plus de quarante ans, aussi bien au théâtre qu'au cinéma et qu'à la télévision. Nous nous souvenons en effet de la célèbre série humoristique intitulée
Palace (ou
Ca c'est Palace), produite par Christian Fechner et diffusée pour la première fois en 1988. L'action se situe, comme le titre l'indique, dans un palace, où se déroulent d'interminables situations complètement absurdes, et mettant en scène un nombre incalculable de stars, parmi lesquelles Philippe Khorsand, François Rollin,
Pierre Mondy,
Jacqueline Maillan,
Claude Piéplu,
Jean Carmet, Valérie Lemercier, Ged Marlon et bien d'autres encore. Une série aujourd'hui mythique, à l'instar de
Merci Bernard, une étonnante satire de la télévision réalisée six ans plus tôt par la même équipe. Il serait injuste de limiter la carrière du grand Jean-Michel Ribes à cela, mais nous ne pouvons citer ici toutes ses mises en scène télévisuelles incroyablement riches, de
Faisons un rêve (de Sacha Guitry) à
Coup de maître, en passant par
Le Professeur Rollin, ou
Coup de théâtre sans oublier
B comme Bolo. De la même façon, ses pièces connaissent généralement un certain succès, à l'image de
Théâtre sans animaux, en 2001, récompensée par trois Molières, notamment pour l'excellente comédienne Annie Grégorio élue Meilleur Second Rôle. Le public garde pourtant la fâcheuse habitude de passer littéralement à côté de ses films. L'auteur en a pourtant signé quatre, et pas des moindres. A l'occasion de la sortie dans nos salles cette semaine du déjà culte
Musée haut, musée bas, revenons sur la carrière cinématographique, discrète mais presque parfaite, de ce grand monsieur.
Nous sommes le 12 Décembre 1979 lorsque sort sur nos écrans le premier long métrage réalisé par Jean-Michel Ribes, intitulé
Rien ne va plus. Aujourd'hui introuvable (il ne faut pas le confondre avec le film du même nom signé Claude Chabrol avec
Michel Serrault et
Isabelle Huppert), l'oeuvre réunit un casting prodigieux, constitué de comédiens tout aussi talentueux les uns que les autres. Nous citerons, entre autres,
Jacques Villeret, Tonie Marshall, Philippe Khorsand, Jacques François,
Patrick Chesnais, Micheline Presle,
Hervé Palud,
Michel Blanc et
Anémone. Le réalisateur commence ainsi à déposer son « empreinte », fait essentiellement appel à ses amis proches, et s'amuse à leur donner plusieurs rôles différents à interpréter. Produit par Ariel Zeitoun, le film propose une succession de sketches, avec peu de liens apparents et aux titres souvent évocateurs, voire humoristiques, tels que
« Qui... qui... qui est là ? »,
« Tout s'arrange »,
« Café La Grenade » ou bien encore
« Brave Dupin ». Une première expérience haute-en-couleurs qui permet au jeune metteur en scène de se jeter dans le grand bain et acquérir une toute nouvelle expérience. Pourtant, Ribes attend sept longues années avant de réitérer l'exploit.
Cette fois-ci, il décide de nous mettre les petits plats dans les grands. En 1986,
La Galette du Roi nous conte donc une histoire délirante, située sur l'île de Corsalina, petite soeur de la Corse. Une princesse doit épouser contre son gré le fils d'un milliardaire, Victor Harris, roi du surgelé. Trois jeunes chômeurs embauchés pour l'occasion en gardes du corps vont alors découvrir les affaires crapuleuses des deux familles... Ecrit avec la complicité de son grand ami Roland Topor,
la Galette du Roi permet à Ribes de concrétiser ses nombreux délires. Il reste néanmoins fidèle à ses convictions et réengage avant tout ses comédiens de prédilection, comme
Jacques Villeret, Philippe Khorsand, et
Jean-Pierre Bacri. De nouveaux venus font également leur entrée (remarquée) au sein de cet univers insensé :
Jean Rochefort, Eddy Mitchell,
Claude Piéplu mais aussi Roger Hanin, que nous retrouverons deux ans plus tard dans le célèbre
Palace. Tous s'en donnent ici à coeur joie, dans ce monde farfelu, alternant l'absurde et la romance, les gags burlesques ou les dialogues méticuleux. En outre, le film offre une fois de plus à Villeret la possibilité d'incarner un véritable personnage de composition, celui du Prince Utte du Danemark, arrière petit-fils de Hamlet, au teint pâlot et les cheveux d'une étonnante blondeur. Alors que le cinéma français se remet à peine de sa longue période de nanars à l'humour franchouillard suite aux oeuvres de Jean Lefèbvre, Aldo Maccione
ou bien encore Paul Préboist (même si nous les adorons aussi, ndr), Jean-Michel Ribes propose au public un certain renouveau, une forme de comique encore rarement vue à l'époque, au coeur de notre patrimoine culturel. La Galette du Roi ne rencontre pas un vif succès, et si vous ne vous êtes pas encore procurés le DVD paru chez Studio Canal, vous risquez d'attendre encore longtemps avant que la télévision ne se décide enfin à rendre hommage à cet excellent long métrage, un véritable bijou dans l'Histoire de la Comédie Française.
C'est peut-être la raison pour laquelle le réalisateur prend son temps et ne repasse que huit ans plus tard derrière une caméra. Avec Chacun pour toi, Ribes crée de nouveau la surprise, en mettant en scène un simple duo (nous sommes bien loin de ses précédents castings souvent monstrueux). En effet, Ribes tente de réunir Jean Yanne face au jeune Albert Dupontel, encore peu connu du grand public (pour information, Un Héros très discret et Bernie sortent respectivement un, puis deux ans plus tard). Pour son premier grand rôle au cinéma, Dupontel trouve donc un personnage étonnant, fort et émouvant, marquant les prémisses d'un immense acteur en devenir. L'avenir ne le démentira pas. Quant à Jean Yanne, toujours aussi merveilleux, il poursuit son exploration du personnage « vieux bougon », mais dans le fond beaucoup plus sympathique qu'il n'y paraît. Aux côtés du duo principal, nous retrouvons de grands seconds rôles en la personne de Roland Blanche, Catherine Arditi, Michèle Laroque, Laurent Gamelon, Jean Rougerie et le truculent Franck de la Personne. L'un des talents de Jean-Michel Ribes est finalement de savoir bien s'entourer mais aussi offrir à ses comédiens des personnages à la hauteur de leur incommensurable talent. Un vrai bonheur.
L'histoire se concentre sur Georges Flavier, coiffeur parisien autrefois renommé, vivant seul depuis la mort de son fils et le départ de sa femme. Mais une nuit, il sauve un inconnu de la noyade dans le Canal Saint-Martin. Ce dernier, Gus, a tenté de se suicider après avoir été plaqué par sa petite amie. Georges lui propose de l'héberger et entreprend de lui redonner le goût de vivre. Découvrant que son sauveur fut autrefois un virtuose de la coiffure, Gus l'encourage de son côté à retrouver sa splendeur passée... Après la farce, Jean-Michel Ribes nous offre ici un film beaucoup plus tendre, voire poétique, et nous raconte comment trouver un père quand on n'en veut pas, et un fils quand on n'en a plus. L'auteur ne délaisse pas pour autant l'humour, et signe de nombreuses séquences d'une rare folie. Nous n'oublierons pas l'épouse du charcutier se déguisant en truie pour la communion de leur fille ou le personnage de Michèle Laroque, à la limite de la nymphomanie, demandant à son coiffeur de lui concevoir une gigantesque choucroute sur la tête, afin de pouvoir exciter son amant. Quand le cinéma français ose, il devient particulièrement jouissif !
Aujourd'hui, pour notre plus grand plaisir, Jean-Michel Ribes nous fait à nouveau l'honneur d'un détour par la case Septième Art, en adaptant sa propre pièce suite à son succès, Musée haut, musée bas. En espérant que le film connaisse le même sort...
Avec un goût prononcé pour le farfelu, des costumes aux décors, en passant par une esthétique globale qui lui est parfaitement propre, Ribes se rapproche bien souvent de la série Palace. Musée haut, musée bas risque donc d'en larguer plus d'un en cours de route, ce qui devrait, sans conteste, le mener rapidement au rayon des films cultes. En tous les cas, après l'avoir "visité", vous ne regarderez plus les musées de la même façon. A l'instar d'un Bertrand Blier (par exemple), Jean-Michel Ribes appartient donc à ces derniers "dinosaures" du cinéma français, en possession d'un véritable style, à la fois unique et fantaisiste, dont nous ne pourrons jamais cesser de vanter tout le mérite. Musée haut, musée bas se révèle être, à l'heure actuelle, la meilleure comédie française de l'année 2008. A découvrir de toute urgence !
Véritable artiste dans tous les sens du terme, Jean-Michel Ribes demeure un indécrottable touche-à-tout. Théâtre, télévision, et même cinéma, plus rien ne lui résiste, qu'il soit auteur, créateur, adaptateur, réalisateur, mais aussi acteur au physique définitivement singulier. En effet, nous n'oublierons pas sa silhouette parcourant bon nombre de longs métrages aujourd'hui cultes, à l'image de Ma femme s'appelle reviens, Circulez y a rien à voir, Laisse aller... c'est une valse, et plus récemment, La jeune fille et les loups. Passionné, il a su ouvrir de nouvelles portes au cinéma français, et devrait ainsi marquer à juste titre l'Histoire de l'Art. En tout cas, nous, nous lui réservons sans hésiter une place de marque au Musée.