Par Arnaud Mangin - publié le 30 août 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h41 - 8 commentaire(s)
Il y a des dimanches soirs comme ça, où après vous être étalé grassement devant la télé histoire de digérer de succulentes carbonaras et pour donner une seconde chance au Retour de La Momie – encore plus médiocre que dans les souvenirs, finalement - avant de vous remettre au travail, vous décidez de ne pas vous y remettre totalement… au travail. Parce que oui, un journaliste est un animal noctambule. On reste donc étalé là, en constatant avec effroi que les vacances sont bel et bien terminées et que c'est à ce moment là que le beau temps a décidé de venir se ramifier. Comme le disait à merveille l'électricien en chef dans sa chanson : C'est quand on est derrière les carreaux, quand on travaille, que le ciel est beau. Fin août, début septembre, on se pose ce genre de questions existentielles en contemplant ses orteils, derniers veinards à avoir touché le sable. Lorsque soudainement TF1 achève son extraordinaire soirée cinéma : Bonté divine, Passager 57 ! "Deux films sinon rien" qu'il disait, le slogan. Sur ce coup, ils ont réussi à noyer les deux formules dans un amalgame où deux gros films américains forment un petit rien. Même si pour le coup, ce sont les couche-tard qui sont récompensés. Une belle connerie qui, du haut de ses quinze ans et de ses quatre-vingts minutes rajoute sans soucis sa pierre à l'édifice du cinéma d'action beauf dont on ne peut que se poiler. On ne pourra pas reprocher à Wesley Snipes de pas voler plus haut qu'un Mark Dacascos aujourd'hui. Il y avait déjà, à l'époque, des signes avant-coureurs…

PASSAGER 57 (1992)
De Kevin Hooks
Avec Wesley Snipes, Bruce Payne, Tom Sizemore, Alex Datcher et Elizabeth Hurley
Durée : 1h20


Il était moins musclé qu'aujourd'hui, c'est sûr. En tout cas moins musclé que dans Blade Trinity pour lequel il s'est bodybuildé tout grimaçant pendant des semaines. En tout cas, il en connaissait déjà un rayon le père Wesley à l'époque de cet ersatz tout faisandé de Piège de Cristal dans un avion. Un peu de kung fu, de danse cérémonielle, de tranchants de la main et de trucs incompréhensibles qu'il fait avec ses poings et ses pieds pour mettre KO les salopards du film. Un film à l'intérêt frisant le zéro puisqu'il tire littéralement vers le bas tout ce que Die Hard avait d'innovant à la même époque et se contente de déplacer bêtement le même problème catastrophique. Soit quatre ou cinq terroristes, dont une hôtesse de l'air qui a bien trompé son monde (Liz Hurley pas encore retouchée, ni épilée des sourcils), qui détournent un zinc rempli de passagers pour libérer leur patron voyageant en classe affaire. Mais également menotté et surveillé par des agents fédéraux mous du genou qui seront forcément les premiers à crever. Il y avait mille endroits où chercher le beau Charles (Bruce Payne, un sacré clown ici), comme à un croisement pendant son transport en voiture, ou dans sa prison de carton où il n'est pas difficile d'acheter un gardien, quand on est parvenu à corrompre une hôtesse canon qui s'ignore parce qu'elle n'a pas encore essayé un tube de Veet. Mais non, eux, ils décident de vraiment bien se faire chier et détournent carrément un avion de ligne et se trimballent un arsenal d'uzis sans être repérés au détecteur à métaux.


Faut dire que les méchants de Passager 57, ils sont ringards, ils ont des tronches de cake, tout ce que l'on veut… mais ils sont vraiment méchants – et bêtes, en plus. C'est pire. On ne parlera pas évidemment des dégaines, parce qu'on ne touche pas aux vêtements, ni aux coupes de cheveux, et que certains sont ici sérieusement gratinés. Faut dire qu'ils sont à bonne école avec un Bruce Payne qui s'offre la chance de sa vie de cabotiner comme un malade – avec la voix de Troy McClure des Simpsons dans la VF, c'est mieux. Lui c'est un dingue qui égorge carrément son médecin pendant une chirurgie plastique, qui envoie la tête de son avocat dans le mur quand on évoque d'éventuels troubles de jeunesse, qui tire à vue sur le premier qui passe pour soulager la moindre contrariété de son plan (une évasion avec 200 otages, pas mal) et qui fait les gros yeux à un petit garçon qui le regarde. Parce que oui, dans toute sa sauvagerie primaire, ça reste tout de même le chef des méchants. Donc moins débile (même si menacer de buter 5 otages par minute relève d'une stratégie plutôt mal calculée) plus manipulateur, plus classe, plus sournois et plus sadique. En plus, il tue un pauvre type après l'avoir forcé à raconter sa vie devant tout le monde un pistolet sur la tempe… Dégueulasse, va !


Donc, non seulement ces gens là ont un plan de départ qui ne relève pas de la grande démonstration rhétorique, mais en plus ils ont la malchance de faire leurs saloperies pile dans l'avion où s'est soigneusement installé John Cutter… sur le siège 57, bien évidemment. Un mec avec une chemise d'un bleu flashy, le blouson en cuir de Stallone trop grand pour lui, et la petite boucle d'oreille qui fait bien. Et John Cutter – Snipes, pour ceux qui auraient déjà lâché l'affaire en route – c'est donc un kung-fu fou spécialisé dans la protection aérienne à qui il ne faut pas chier dans les bottes parce qu'il est méchant depuis qu'un autre boulet a tué sa femme dans le spectaculaire détournement d'une superette quelques années avant. Ca ne l'empêchera pas de se taper l'hôtesse de l'air à la fin du film (Pas Liz mais l'autre, Alex Datcher, une illustre inconnue qui passera son temps à crier et à se prendre des coups de crosse sur le dessus du crâne), mais quand même… On est gentleman, ou on ne l'est pas ! En tout cas Cutter, il aime bien tabasser des mecs qui ont des mitraillettes et qui se laissent faire parce qu'il ne risque rien (c'est lui le héros après tout) et il va ici passer le plus clair de son temps à cyanoser des sales gueules dans le compartiment bagages avec un club de golf, mais aussi dans une fête foraine pendant une escale destinée à rallonger le film et à caser quelques dialogues bien lourdingues.


Un petit film opportuniste bien légitime compte tenu des mentalités des producteurs, et comme le dirait sûrement John McTiernan, il n'y a pas de mal à se faire pomper finalement. Pour les rares que la ringardise amuse moins - et pourtant il y a ici matière avec ses mitraillades, sa musique lourdement inspirée par Kamen, et son escalier roulant qui explose comme une usine de nitroglycérine – on y trouve ici le parfait exemple de l'exercice de style mal recopié, qui n'a jamais saisi les aboutissements des films dont il s'inspire, et qui regorge des tics narratifs les plus épouvantables. Un travail de cancre, certes, mais quand le cancre lisait ses dissertations devant tout le monde, on passait un bon moment…
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