Chantre de la rigueur spartiate des plans, Kim Ki-duk s’impose depuis quelques temps comme l’un des cinéastes sud-coréens les plus intéressants du moment. Après
L'arc, ce petit prodige qui plaide pour le romantisme mutique et les passions orageuses, revient aux histoires d'amour teintées de symbolisme avec
Time, une histoire d'amour comme seul Kim peut les filmer.
TimeIls sont nombreux dans la nouvelle génération de cinéastes asiatiques à posséder cette patte sensible pour décrire, avec une économie de moyens et en même temps une virtuosité formelle, la mélancolie qui presse l’âme. Citons nos chouchous : Wong Kar-Wai (Chine) période
Chungking Express, film ô combien miraculeux hanté par le
California Dreamin' des Mamas and Papas avec des hommes et des femmes qui peinaient à trouver une âme sœur et reluquaient, tristes, des cieux bleus immensément romantiques. De même, Tsai Ming-Liang (Taïwan), cinéaste qui capte mieux que quiconque le malaise, la misère affective et sexuelle, le mal-être dans tous ses états. Il est l’auteur d’une poignée de chefs-d’œuvre dont l’inestimable
Et là-bas quelle heure est-il ?, opus d’une tristesse inconsolable, dans lequel des personnages confrontés au deuil triturent les aiguilles des montres, partent au bout du monde, lancent des regards perdus sur des quais de métro, baisent avec n’importe qui pour mieux fuir l’horreur du quotidien. Il se distingue par sa capacité - subtile et intelligente - à faire naître un humour incongru dans des situations souvent mornes (se souvenir des parenthèses musicales de
The Hole) en même temps qu’une croyance réelle en un cinéma libre de ses audaces (le plan fixe de cinq minutes sur une salle de cinéma déserte, en écho au vide existentiel des persos dans le beau, très très beau
Goodbye Dragon Inn).
TimeDésormais, on a Kim Ki-Duk (Corée), cinéaste ès-histoires d'amour exacerbées. Mais le metteur en scène avec lequel on édifiera le plus de correspondances Kim Ki-Dukiennes sera Takeshi Kitano (Japon) pour la violence et le lyrisme. Réducteur ? Oui. Car Kim Ki-Duk ne ressemble qu’à lui-même et ne joue pas sur le terrain risqué de la concurrence. Il possède ses propres figures de style et son style est reconnaissable du premier coup d’œil. Les personnages ne parlent pas et accessoirement font la tronche pour mieux traduire leur mal-être intérieur ; la violence se révèle très graphique mais pas gratuite parce que cette violence vient de personnages en lutte contre des carcans (normalité, conformisme…) ou alors en proie à des émotions qu'ils ne savent pas communiquer autrement ; la sexualité, souvent malade, est le reflet de relations ternes entre les hommes et les femmes (la manière dont les personnages s’aiment dans
L’île ; le voyeurisme dans
Bad Guy, ou comment l'amour platonique naît au travers d'un miroir…). L’un des éléments les plus importants dans son cinéma est l’eau à la fois rédemptrice, nourricière, polluée. Hee-Jin, nymphe royale de
L’île, jette l’argent dans l’eau comme on le fait dans
Printemps, été…, de la même façon qu’on se dispense des éléments modernes pour aspirer à un retour aux sources (on vit dans des bungalows dans
L’île ; on lave les vêtements à la main dans
Locataires). Si
L'arc avait déçu (rabâchage visuel et narratif, lourdeurs symboliques...), gageons que son nouvel opus
Time, son treizième film qui sera interprété par Sung Hyun-Ah (
La femme est l'avenir de l'homme) et Ha Jung-Woo (
The Unforgiven), saura convaincre ceux qui pensent avoir perdus leur cinéaste fétiche. L'histoire s'articule autour de deux personnages qui ont recours à la chirurgie esthétique pour consolider leur relation.
Time