Par Florent Kretz - publié le 14 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 14 octobre 2009 à 15h29 - 7 commentaire(s)
Ca y est ! La déferlante X-Men Origins : Wolverine a débuté et les plus impatients auront pu se rendre compte du rendu de ce film tant attendu. Il faut dire qu’il s’agit du premier long-métrage consacré entièrement à la figure culte qu’est Logan, héros incontestable et personnage incontournable du mythique institut du professeur Xavier. Désiré et fantasmé par plus d’un, lecteurs compulsifs ou néophytes, le film de Gavin Hood devait, en théorie, offrir la réponse parfaite aux délires et autres espérances. Pourtant, l’intrigue se permet bizarrement le luxe de s’affranchir de certains points évidents de la mythologie du héros griffu, délaissant ici, inventant par là, aménageant là où bon lui semble… Un vrai spin-off en somme qui prend soudain les allures d’une œuvre bâtarde louchant bien plus vers les chiffres et le potentiel de la bête au box-office que d’une réelle cohérence fabuleuse.



Un parti-pris pour le peu embarrassant puisque, comme chacun sait, deux gros films auront redéfini les règles à quelques mois d’intervalle. Le premier est l’incontournable et mémorable The Dark Knight de Christopher Nolan : œuvre puissante et racée, le gros coup de cœur critique et public de l’été 2008 sera parvenu à faire cohabiter l’assurance du divertissement à la complexité tragique d’une intrigue profondément humaine et rondement menée. Le second ? Watchmen - les gardiens de Zack Snyder qui, sans connaître la même aura ni la même grâce, se sera révélé être la meilleure transposition possible d’un comics sur grand écran, le réalisateur de 300 s’illustrant ainsi et adaptant correctement « l’inadaptable », atteignant ses galons de metteur en scène mature et capable. Capable de quoi ? D’avoir tenu tête à quelques studios sans doute avant tout appâtés par le profit et ainsi prêts à sacrifier la pureté artistique d’une œuvre courageuse et couillue ultra adulée. Capable aussi de justement relever la dimension burnée et franchement provocante, dévoilant sous un jour nouveau les deux faces de super-héros pas si héroïques que cela…



Deux films que tout sépare si ce n’est une durée importante assumée, une certaine noirceur et une volonté à toute épreuve. Leur but est de refuser toute forme d’arrangements, les rendus finaux se révélant alors tels d’authentiques blockbusters engagés et soutenus par de réelles intensités visionnaires : si Snyder livre des Gardiens hardcores au possible capables d’envisager la pire solution pour sauver la planète, le réalisateur de Mémento, lui, se joue des règles imposées et change sa variation autour de Batman en film « tout public » mais véhiculant des idéologies ambigües et possédant une violence extrêmement vicieuse et discrète… A sa sortie, une évidence apparut : alors que nous étions en plein boom des films de super-héros (studios, critiques, spectateurs… nous en voulions encore !), The Dark Knight sonnait le glas d’un genre à part entière, soulevant, le temps d’un affrontement légendaire entre le Caped Cruisader et le Joker, tous les stigmates des concurrents ! Si la suite de Batman Begins aura prouvé quelque chose, c’est assurément que le genre n’était pas uniquement réservé aux bouffonneries ! Plus encore qu’un chef d’œuvre rare digne des plus grands, le film relevait à la fois la psychologie radicale et fragile d’une société traumatisée, se faisait divertissement de luxe, tragédie grecque improbable et variation superbe autour d’un personnage phare de l’univers DC. Watchmen ne faisant qu’approfondir à grande échelle les thématiques autour de l’humanité, la légitimité, la dualité…


De l’autre bord, Marvel, soutenue par la Fox, aura toujours reconnu vouloir cibler d’autres enjeux. Certainement convaincus que le public ne souhaite pas s’en prendre plein les dents pendant plus de deux heures et demi, ils mettent au point une sorte d’immense planning censé lier les différents métrages en prévision. L’idée est d’offrir des films popcorn hauts de gamme basés sur des histoires crédibles mais ouvertement fantaisistes. Les héros choisis pour le passage à l’acte sont les protagonistes les plus emblématiques de la maison aux idées, l’apparition d’un Iron Man ou d’un Captain America réveillant évidemment l’intérêt d’un immense lectorat… Pour redorer leur blason terni par des échecs tels que Daredevil, Elektra ou les deux épisodes des Quatre fantastiques, Marvel propose même de s’offrir un reboot de la franchise Hulk abandonnée aussitôt après le premier volet ! L’autre idée est aussi de lier chaque métrage, quand bien même ils feraient partie de séries différentes, et ainsi de faire monter un véritable buzz autour. On croise alors Robert Downey Jr dans le film de Louis Leterrier, on évoque le Shield grâce à une apparition de Samuel L. Jackson en Nick Fury dans le métrage consacré à l’homme d’acier… Autant de passerelles boostant une mythologie nouvelle sur grand écran mais évidente dans les pages des fascicules.



X-Men Origins : Wolverine fait partie de ceux-là, ceux de cette seconde génération. Il en est même le plus fier représentant puisque premier rejeton d’une série pourtant bien installée : les mutants avaient déjà rencontré un certain succès au travers de trois épisodes fort appréciés… A l’exception peut-être du troisième volet qui aura connu un certain procès d’estime, son réel potentiel étant éclipsé par la timidité évidente du successeur de Bryan Singer et de quelques légèretés scénaristiques. Assez étrangement, l’épisode qui sort aujourd’hui aurait presque tendance à faire réévaluer le film de Brett Ratner à la hausse ! Car finalement, X-Men 3 - l'affrontement final apparaît presque sympathique de par sa sincérité passant ainsi du statut de « daube infâme » à celui de « bombe souffrant de son manque évident d’ambition » ! Pourtant X-Men Origins : Wolverine n’est pas une catastrophe mais, en plus de s’égarer et par la même occasion de flinguer habilement la genèse de l’un de ses plus fameux portes-oripeaux, il se révèle être avant tout un film retardataire ! Aussi, à part la rancune que risquent d’entretenir beaucoup à son égard, c’est surtout son incroyable nonchalance qui le fait trébucher : si le métrage aurait sans doute été parfait pour une sortie estivale il y a quelques années, son avalanche d’action et son manque affolant d’enjeux l’alourdissent incroyablement, l’empêchant même de concourir dans la nouvelle cour…



Etrangement, Wolverine aurait pu être une excellente série B, plaisir coupable et objet du culte pour quelques geeks incollables trop heureux de relever les erreurs planche/écran, mais seulement s’il n’avait pas été survendu et, surtout, s’il avait pris en compte l’évolution du public. A la place de la naissance douloureuse et tragique du griffu, on nous sert les illustrations les plus attrayantes mais aussi celles sans coffre, méthode n’ayant pas fait ses preuves il y a quelques temps. Maintenant le plus inquiétant reste cette volonté de continuer à développer des séries autour de personnages plus ou moins importants ou passionnants : Magneto, Deadpool, Gambit… Tous, ou presque, sont évoqués pour combler les failles d’une mythologie qui semble, avant tout, être handicapée par ses carences en puissance dramatique. Alors à l’annonce de tous ces spin-offs on ne pourra qu’être suspicieux tout en conservant le secret espoir d’obtenir enfin quelques métrages d’une réelle profondeur… Mais quand on commence à privilégier la quantité à la qualité, ce n’est vraiment pas bon signe…
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