Par Nietsche - publié le 19 décembre 2005 à 03h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h42 - 14 commentaire(s)
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Scène qui peut paraître anecdotique, la course de "drag" dans Fast and Furious (œuvre majeure de Rob Cohen) est en fait un passage d’une richesse impressionnante. Je vais donc tenter d’analyser ce moment de cinéma qui frôle la perfection en étant le plus précis possible, chose qui va s’avérer difficile étant donné l’objet de culte auquel je m’attaque.



Passé un contexte très riche exposé lors de la première partie du chef d’œuvre, le spectateur voit vite le protagoniste principal, Brian (sur qui je reviendrai), se trouver devant une dure épreuve : une course en ligne droite avec d’autres participants, dont Dominique (Vin Diesel, parfait). Mais ce qui peut passer pour une simple course dépasse en fait son statut et le transcende, un peu comme le meurtre dans L’étranger (A.Camus), qui dépasse le fait divers. Mais commençons par le début, la grille de départ.



Après avoir sympathisé dès son arrivée avec Hector (on sent tout de suite les inspirations mythologiques), le héros, Brian, se retrouve sur la grille de départ. Les coureurs représentent le monde, les différents peuples de par leur couleur de peau. Seul Dominique ne semble appartenir à aucun peuple, même aux blancs. Cet élément revêt une importance capitale quant au déroulement de la course, qui traite symboliquement de la guerre dans le monde et des inégalités dues aux couleurs de peau (enfin, elle ne traite pas que cela rassurez-vous. Dominique a d’ailleurs un statut de surhomme, c’est pour cela que tout le monde le respecte. Il est au-dessus du commun des mortels.


La course débute. Très vite, on rentre dans la peau de Brian, le héros. Ce dernier représente l’homme normal, le yin et le yan, l’équilibre entre bien et mal. Sa voiture, prolongement direct de son esprit, ne lui appartient pas pleinement, elle est faite avec les pièces de l’entreprise dans laquelle il travaille. Son esprit n’est donc pas totalement le sien, il est contrôlé par la société, l’homme est donc manipulé. Mais le fait que cet engin ne soit pas totalement sien rejoint également la thèse marxiste, thème de prédilection de maître Rob Cohen, qu’il traitera également dans son remarquable xXx. Cet esprit sera détruit plus tard dans le film et Brian sera grondé par son patron, qui a besoin que son employé soit manipulé. Mais le héros fera une nouvelle voiture sous la tutelle de Dominique. Il rejoindra donc une idée purement religieuse en acceptant Dieu. Mais là je m’égare et ne traite pas de la scène qui nous intéresse.



Très vite, la course dépasse les autres peuples, qui se livrent la guerre entre eux, pour une confrontation directe entre l’homme (Brian) et Dieu (Dominique). L’issue est inévitable, mais le héros ne s’avoue pas vaincu. Dominique est serein, mais l’homme rebelle l’inquiète et il aura recours au "Nos". Brian se surpasse, tente de transcender son statut d’humain, et pousse son esprit dans ses dernières limites. Dans la dernière portion de circuit, il passe trois vitesses ( trois est le chiffre du divin). Le fait qu’il vient d’en passer une bonne dizaine avant les trois finales n’a rien à voir avec une incohérence, tant il est certain que ce passage dépasse l’idée de la course. Il reste des ressources dans l’esprit de Brian et il les utilise, quitte à avoir des problèmes…

En effet, le sol de la voiture de Brian (qui n’est pas la sienne) va se dérober dans une gerbe d’étincelles. La thèse de l’apocalypse, du jugement dernier (notez l’abondance de références bibliques au cours de cette scène) est donc bien présente, et c’est l’homme qui en est la cause. Puis arrive la fin, la ligne d’arrivée. Peu importe l’ordre des pilotes, Dieu est loin devant tous, loin devant l’homme qui est victime de l’apocalypse qu’il a créée. Ainsi Dominique se moque de Brian et exhibe ses bras musclés comme ceux d’Hercule. Tout le monde acclame le vrai héros, l’homme est humilié, perd tout sens à sa vie (Brian ressemble fort à Sisyphe). La voiture peut encore rouler, mais à quoi bon ?



Cette scène est donc une scène très forte et chargée de symbolique, qui montre au spectateur les rapports entre les hommes et Dieu mais traite également de la guerre dans le monde et de nombreux autres sujets tristement d’actualité, en mettant en scène une jeunesse en quête d’une identité perdue et qui représente le futur. Tout cela est bien sûr sublimé par la maîtrise formelle de Rob Cohen, génie devant l’éternel, qui s’appuie sur une intrigue très poussée pour nous livrer sa propre vision du monde avec ce chef d’œuvre qu’est Fast and Furious. Car c’est par l’enchaînement de ce genre de scènes que le film mérite son statut.
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