Par Zekesky - publié le 11 avril 2006 à 09h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h52 - 71 commentaire(s)
Zekesky propose aujourd'hui son Top séquence sur le Fenêtre sur cour du maître Alfred Hitchcock. Pour voir vous aussi votre Top Séquence publié sur le site, il vous suffit de l'envoyer à laurent.tity@dvdrama.com.

REAR WINDOW (1954)



Séquence d’exposition : la construction du réel.

Fenêtre sur cour est une adaptation d’une nouvelle par le maître du suspense Alfred Hitchcock. Sur 30 pages il en tire un film plus ample. D’ailleurs on dit qu’il n’a fait qu’une lecture et l’a refermée définitivement.

A partir de cette trame il a donc imaginé l’histoire. Vaguement inspirée de faits divers tel que l’affaire MAHON (a tué et découpé sa femme avant de jeter ses morceaux d’un train et de brûler sa tête) ou encore le docteur CRIPPEN (arrêté et pendu pour le meurtre similaire de sa femme).

De là naît le personnage de Jeff qui veille sur ses voisins du haut de sa fenêtre. En les épiant il devient par hasard témoin d’un meurtre. Ce qui lui permet de reprendre du service, tout en restant cloîtré dans son fauteuil, derrière sa fenêtre.
Le thème du voyeurisme est ainsi abordé, comment est-il retranscrit à l’écran ? Et qu’elle est la place du réel dans ce film ?

D’abord, le film débute sur une fenêtre donnant sur une cour. Les stores s’ouvrent et le générique continue à défiler sous nos yeux. Le métrage débute vraiment lorsque la caméra sort de cette fenêtre et nous fait ainsi découvrir le voisinage.
Ici Hitchcock prend à partie son public et lui montre ce qu’il doit voir par l’emploi d’une caméra très mobile. Nous sommes les voyeurs du film, du récit. Nous voyons ce que voit le personnage chaque jour.



A travers cette scène d’exposition le cinéaste reconstruit le réel. Le décor, le travail sur le cadrage et la bande son renvoient à un réalisme de quartier. Mais ici tout est contrôlé, on sait très bien que le film a été tourné en studio (comme la plupart de ses films, d’ailleurs des fois ça fait carton-patte) et qu’il a eu recours à de la post-production.


En quelques minutes on sait tout sur la vie de voisinage et sur le personnage. C’est la succession de plans qui exprime ce qui n’est pas dit physiquement à l’écran. C’est une narration visuelle, la caméra nous parle. On n’a pas de dialogues explicatifs, ni de recours facile par une voix-off par exemple.
Ainsi le voisinage se dévoile tour à tour : l’homme qui se prépare au son de sa radio, la pin-up qui se déshabille en faisant un strip-tease, le couple qui vient de se marier… Ce sont des gestes quotidiens de la vie courante.



Dans un deuxième temps, quand le cinéaste change de point de vue, où c’est Jeff qui regarde par la fenêtre, le public devient témoin et le personnage principal interprète son rôle de voyeur. Nous voyons ce que Jeff voit par des vues subjectives.
Dès lors, nous savons qu’il est photographe et qu’en quelque sorte c’est son métier de regarder les gens, de pénétrer dans leur intimité et de capturer leur réalité propre. Son métier de reporter photographe d’images chocs l’amène à garder un œil ouvert sur ce qui se passe dehors.
De plus, comme celui-ci est handicapé par une jambe dans le plâtre, sa fenêtre devient sa connexion au monde extérieur, comme une télé ouverte sur la réalité. La vie du personnage continue ainsi à travers ce que font ces gens et cela lui permet de passer son temps. Son voyeurisme devient une distraction.



Enfin, Hitchcock, en nous faisant passer d’un appartement à l’autre nous montre certes une réalité du quotidien, mais c’est surtout une réalité liée au récit. Le coup de fil du patron de Jeff confirme cette idée. La sonnerie perturbe la réalité du personnage pour nous apporter des éléments d’explications supplémentaires.
Jeff se trouve entre son milieu, autrement dit sa vie active de photographe, et celle du quotidien qu’il partage seul (ou avec l’infirmière chargée de ses soins) derrière sa fenêtre avec ses voisins.
Il est donc voyeur « par accident » puisqu’il ne peut rien faire d’autre mais comme c’est répété (la dame le traitera de voyeur en fin de séquence) son acte peut être sanctionné.
Le décor utilisé par Hitchcock avec cette fenêtre donnant sur cette cour renforce l’idée de voyeurisme puisque le vis à vis est réduit. L’appartement d’en face est très proche, encore que le cadrage y soit pour beaucoup.
Tous les éléments renvoient à la reconstruction du réel. Hitchcock capture les moments de vie de ses personnages pour créer une illusion, un semblant de réalité.



Fenêtre sur cour participe à une construction studio d’une réalité quotidienne. Hitchcock s’est intéressé à cette histoire et il s’est donné les moyens de la faire vivre en ayant recours à des artifices. La réalité est donc retranscrite à l’écran pour donner une illusion au spectateur qui lui y croit, puisqu’il est intégré dans l’histoire. Le thème du voyeurisme est un élément ajouté qui est propre au réalisateur. Il sera utilisé de manière similaire dans Body double de Brian De Palma.
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