Par Nicofeel - publié le 18 janvier 2006 à 05h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h45 - 3 commentaire(s)
Non ou la vaine gloire de commander de Manoel de Oliveira (1990).

Quelques mots sur le réalisateur :
Né en 1908 à PORTO, Manoel de Oliveira est le fer-de-lance du cinéma d’auteur portugais. Et pour cause ! Agé de 97 ans, il est le cinéaste le plus âgé en activité. Pour ce film, le réalisateur a reçu le prix spécial de la critique Internationale à Cannes.

1) Pourquoi ce film ?
Non ou la vaine gloire de commander est un brillant réquisitoire contre la guerre. Le premier mot du titre est d’ailleurs un palindrome (il peut se lire à l’endroit ou à l’envers) qui prend rapidement tout son sens : la guerre est inutile et vaine. Seuls les gens épris de pouvoir sont à même de légitimer cet acte illégitime et insensé. Le film, très politique et philosophique, permet à tout un chacun de s’interroger sur le sens de l’histoire et du nationalisme.



2) Le film dans ses grandes lignes
En Angola, en 1974, une patrouille isolée de soldats portugais s’interroge sur la justification de la guerre.
Cette interrogation est d’autant plus grande que ces soldats sont venus défendre l’Angola, une terre qui n’est pas leur patrie mais une colonie du Portugal.
Entouré d’autres soldats, le lieutenant Cabrita (joué par l’excellent acteur Luis Miguel Cintra) leur raconte quelques grandes batailles perdues qui ont jalonné l’histoire du Portugal.
A travers notamment les exemples la défaite de Viriathe le Lusitanien face aux Romains, l’échec de l’unification de la péninsule ibérique au XVème siècle par le roi Jean II ou encore le drame stratégique de la bataille d’Alcacer Quibir, le lieutenant Cabrita montre que la nation portugaise (mais en fin de compte l’humanité dans son ensemble) se construit sans cesse sur des ruines. Le récit s’achève par la mort de Cabrita le 25 avril 1974, date de la Révolution des Œillets.
Non ou la vaine gloire de commander n’en reste pas moins un film très humaniste. En effet, il n’a de cesse de s’intéresser à la condition humaine C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé de m’intéresser plus particulièrement à la séquence de l’Ile aux amours.



3) La séquence développée : L’Ile aux amours
Cette séquence intervient à peu de choses près au milieu du métrage (de la 46e minute à la 54e alors que le film dure 1h52). En cela, elle fait office d’interlude. Mieux, cette séquence vient en opposition directe des tableaux historiques qui ont été montrés par le réalisateur et ceux qui seront montrés ultérieurement.
Cette scène de « L’Ile aux amours » est inspirée des Lusiades (1572), œuvre lyrique du poète Luis de Camoes, lequel s’est intéressé à cette occasion de l’histoire du Portugal jusqu’à la découverte de la route des Indes (1498) par Vasco de Gama.
Manoel de Oliveira a rendu un superbe travail esthétique (magnifié par le fait que la scène est entièrement chantée) à cette occasion : dans cette île des amours, des marins - dont on discerne une représentation de Vasco de Gama - sont accueillis à bras ouverts par des créatures divines. Dans cette île paradisiaque, point d’esprit belliqueux. Au contraire, qu’ils soient dieux (la scène fait référence aux dieux romains : Jupiter, Saturne, Junon, Vénus et Bacchus) ou simples mortels, adultes ou enfants, hommes ou femmes, blancs ou de couleurs, tous vivent en harmonie. On remarquera avec plaisir que cette scène prône l’acceptation de la différence (la scène se conclut notamment par un petit garçon noir qui, à l’instar des petits éros, envoie une flèche d’amour) et plus généralement l’amour de tous les Hommes (les petits éros qui envoient des flèches d’amour).
Mais pourquoi un tel contraste par rapport aux scènes précédentes du film ? La raison en est relativement simple. Seuls les navigateurs (il y a ici une référence évidente aux grandes découvertes du XVe siècle) ont grâce aux yeux du réalisateur. Et pour cause : ils n’ont pas la volonté de conquérir mais de léguer quelque chose pour le futur.
Par ailleurs, ils permettent aux hommes de connaître d’autres cultures. Ils ont comme idée principale de faire des découvertes et non de faire des guerres pour obtenir la gloire de commander.
Cette scène de l’Ile aux amours, qui prône l’amour de l’humanité et donc le NON à la guerre, fait écho à une phrase fondamentale du lieutenant Cabrita : l’important est « ce que l’on donne et pas ce que l’on prend ».
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