Analyse de la douloureuse naissance des FX de Légion, l'armée des anges...

Par Julien DUPUY - publié le 22 mars 2010 à 00h14 ,
MAJ le 22 mars 2010 à 00h27 - 0 commentaire(s)

Il n'aura pas échappé aux amateurs d'effets spéciaux visuels, que Légion, l'armée des anges marque la première incursion dans la réalisation d'une petite star du milieu : Scott Stewart, l'un des piliers, auprès de Jonathan Rothbart, de la société d'effets visuels The Orphanage. Compagnie atypique, The Orphanage fut fondée par des transfuges d'ILM qui, en quelques années, sont parvenus à se faire un nom dans le milieu en assurant des travaux sur Hellboy (la scène du pont et du pendule) ou Iron Man avec les séquences du HUD, mais aussi la scène, entièrement en CGI, du duel contre le char. Une poignée de plans truqués d'autant plus remarquables qu'ils furent entièrement scénarisés et découpés par l'équipe des effets visuels. The Orphanage a même eu son heure de gloire en sauvant in extremis une partie des effets spéciaux du Jour d'après, quand Digital Domain s'est retrouvée submergée (c'est le cas de le dire) par le projet. Mais surtout, The Orphanage était une société guidée par des personnalités fortes et de bon goût, puisque amatrices de tokusatsu (Jonathan Rothbart est un inconditionnel d'Ultraman) et désireuses d'explorer d'autres horizons. Une curiosité qui les a conduits à assurer les effets spéciaux du chef-d'œuvre The Host ou des Trois Royaumes, mais aussi à tenter l'aventure de la coproduction avec le premier long-métrage de Genndy Tartakovsky, Dark Crystal 2, projet geekissime qui, malheureusement, semble plus que jamais compromis.
 

Légion : l'armée des anges 


Spin à la rescousse
Logiquement, c'est donc The Orphanage qui devait assurer les effets spéciaux visuels de Légion, l'armée des anges, vieux projet perdu dans le development hell pour cause de scénario bancal et dispendieux. Lorsque Stewart reprend les rênes du film, sa société attaque donc le travail de pied ferme, en modélisant les ailes des anges. Mais ce bel élan va être brutalement interrompu : en février 2009, The Orphanage ne résiste pas à la récession qui frappe de plein fouet l'industrie, et doit fermer ses portes. C'est donc en catastrophe que Scott Stewart doit trouver un remplaçant, et il opte pour plusieurs petites compagnies, dont la société Spin VFX basée à Toronto. Certains anciens membres de The Orphanage restent cependant à bord, comme l'incroyable matte-painter Mayumi Shimokawa, qui se chargera d'un grand nombre d'extensions de décors (le film en compte une centaine au total), et en particulier des nuées d'insectes qui, dans les plans larges, ne sont constituées que de matte-paintings en 2D agrémentés d'une couche d'effets de particules. Légion, l'armée des anges comporte par ailleurs plusieurs séquences d'effets spéciaux complexes : une vieille dame marchant au plafond dans un plan entièrement numérique et un vendeur de glace arachnéen, interprété par Doug Jones et manipulé en postproduction par la société Look Effects. Mais c'est néanmoins, bien entendu, sur les anges du film que vont se concentrer les efforts de l'équipe de Spin VFX qui a notamment pour elle d'avoir déjà conçu des créatures ailées de Max Payne. Une expérience très bienvenue puisque, à l'instar des poils, les plumes sont un des éléments les plus complexes à créer en 3D. Leur nombre, leur interaction, leur texture à la fois duveteuse et réfléchissante, en font des éléments particulièrement complexes à gérer.
 

Légion : l'armée des anges 

 

Légion : l'armée des anges
 

Mauvaises surprises
Il est initialement prévu d'utiliser des ailes mécaniques pour la plupart des plans. Ces ailes sont construites par Optic Nerve, compagnie fondée par John Vulich et qui, depuis ses collaborations avec Joss Whedon, s'est retrouvée bien malgré elle cantonnée dans l'univers impitoyable de la série télévisée (Heroes, CSI). Mais après quelques jours de tournage, il devient vite évident que l'utilisation des ailes mécaniques rend le tournage infernal : non seulement les premiers rushes sont particulièrement ridicules, mais de plus ces harnais, très lourds malgré tous les efforts d'Optic Nerve, plombent les mouvements des comédiens. Spin récupère ainsi un gros surplus de travail sur les ailes, auquel va venir s'ajouter un nouvel imprévu : en octobre 2009, suite à un premier montage jugé très faible, un nouveau final est entièrement tourné. Ce tournage de dernière minute est organisé en catastrophe sur les plateaux de Sony, dans un décor minimaliste constitué principalement de fonds verts. Avec ces retakes, Spin FX récupère donc 100 plans supplémentaires à truquer dans les derniers mois de la postproduction !

 

Légion : l'armée des anges
 
Mode opératoire
Spin FX doit tout d'abord créer des doubles numériques de Paul Bettany et de Kevin Durand, les deux anges du film. Ces doubles serviront pour les plans larges montrant les personnages en vol, mais aussi pour l'incrustation des ailes. Sur le plateau, durant les scènes de combat, les comédiens portent des LED sur leurs principaux points d'articulation,  afin de mieux repérer les mouvements de leur corps en postproduction. Une fois ces images obtenues, les torses des corps numériques des acteurs sont calés sur les images des comédiens, afin de bien placer les ailes numériques sur le dos des acteurs. À ce stade de la conception des effets visuels, il reste cependant à définir le design de ces plumes, qui doivent également faire office d'arme blanche et de bouclier. Environ 70 études sont proposées, notamment avec des teintes et des textures rappelant le métal. Aucune de ces pistes ne semble concluante et, comme c'est quasiment toujours le cas dans les effets spéciaux, c'est en repartant du réel que les truqueurs parviennent à trouver la solution à leur problème. En l'occurrence, l'équipe de Spin FX étudie à la loupe des images d'archive filmant à très haute vitesse des oiseaux en plein vol. Finalement, il est décidé que les ailes angéliques seront un croisement entre les ailes d'un aigle et d'un hibou. Les plumes changeront cependant d'apparence selon les plans : plus duveteuses quand elles sont au repos, elles ont une texture sèche et acérée durant les combats. Et afin de rendre leur travail encore plus réaliste, les animateurs passent quelques heures supplémentaires pour ajouter une petite vibration dans les plumes lors du duel au sommet de la montagne balayée par le vent. Le compositing final sera tout aussi complexe, puisque tous les plans impliquant les ailes nécessitent vingt couches d'éléments. Au final, et selon le superviseur des effets visuels Joe Bauer, les animateurs de Spin FX auront travaillé jusqu'à 65 heures par semaine pendant neuf mois pour créer ces ailes qui sont systématiquement en CGI. Inutile de préciser que le film n'est pas à la hauteur de leur dévouement.

 Légion : l'armée des anges


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