Les anges veulent-ils vraiment notre bien ? A en croire Légion, ils sont plutôt synonymes d'Apocalypse. Coup de projecteur sur un personnage céleste sujet à toutes les interprétations.

Par Nicolas LEMALE - publié le 18 mars 2010 à 16h13 ,
MAJ le 19 mars 2010 à 00h40 - 2 commentaire(s)

Les anges veulent-ils vraiment notre bien ? A en croire Légion, ils sont plutôt synonymes d'Apocalypse. La figure de l'ange au cinéma est ainsi faite de paraboles tantôt mielleuses, tantôt très ambigües. Coup de projecteur sur un personnage céleste sujet à toutes les interprétations.


Personnage religieux s'il en est, l'ange est présent dans l'imaginaire collectif depuis des siècles. Pourtant peu présent dans la Bible, succinctement décrit, il a pourtant pris une place prépondérante grâce à l'art chrétien, tel qu'il s'est développé au Moyen-âge. Ce sont les représentations qui tapissent vitraux d'église et tableaux de maîtres que nous retenons : soit une créature d'apparence humaine, androgyne (il est toujours bon de rappeler que oui, les anges n'ont pas de sexe !), vêtue de blanc, pourvue d'une grande paire d'ailes dans le dos et d'une auréole incandescente planant au-dessus de sa tête, et portant un regard généralement bienveillant sur les Hommes.
Les anges ne sont pas là pour jouer de la harpe, mais pour porter le message de leur boss, aka Dieu. C'est ce qui fait précisément leur ambiguïté, et leur richesse en tant que figure de fiction : l'ange peut-être synonyme de paix, de vérité, être un ange-gardien parfois. Mais il peut aussi être le bras armé d'une colère divine, coiffé d'un casque ailé façon Astérix, se détachant donc de la figure du démon, qui lui n'est pas en mission, mais répand le mal par nature.
 

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Au boulot les angelots
De manière assez surprenante, le septième art ne s'est que rarement frotté à l'image d'Epinal de l'ange immaculé et éthéré. Peut-être parce qu'il est difficile de représenter ce qui est avant tout un concept, scénaristes et réalisateurs ont souvent désacralisé à la fois la nature et la fonction de l'ange céleste. Fritz Lang représente dès 1933 le Paradis comme une gigantesque administration bureaucrate dans Liliom, où les défunts deviennent des anges comme on devient chargé de mission aux Impôts. Signe de la nature comique de cette description, le héros croise une fois arrivé Là-haut des congénères avec des ailes en carton collées dans le dos.
Cette  vision pour le moins caustique et cartésienne du mythe angélique, sera réutilisée à plusieurs reprises au cinéma (Une question de vie ou de mort, chef d'œuvre de Michael Powell, Le défunt récalcitrant et son remake signé Warren Beatty, Le ciel peut attendre),  agissant le plus souvent comme une critique à peine masquée du capitalisme moderne. Le plus célèbre des anges dans le cinéma de l'après-guerre, Clarence, est également un « petit employé » envoyé sur Terre pour sauver un homme du suicide, et, incidemment, « gagner ses ailes » : La vie est belle, fabuleux conte de Noël de Frank Capra, impose dans l'esprit des Américains - c'est le film culte rediffusé à chaque réveillon - l'image de l'ange débonnaire, l'ange gardien venu bouleverser la vie des humains. Inutile de dire que le principe et la morale de cette histoire sont littéralement pillés depuis lors par Hollywood (le plus souvent pour un résultat au mieux anecdotique).

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Les anges invisibles
Figure de l'invisible, l'ange a le plus souvent vocation à apparaître normal à nos yeux, quitte à y perdre ses plumes et son auréole. C'est ainsi qu'il apparaît à Joseph dans L'Evangile selon Saint-Matthieu de Pasolini, ou à la famille bourgeoise de Théorème du même cinéaste (l'ambiguïté plane d'ailleurs tellement sur le personnage de ce dernier film, qu'on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un démon). L'incertitude, le doute sur la nature de ces personnages, créent une dimension mystique avec laquelle de nombreux metteurs en scène joueront, de Lynch à Kieslowski en passant par Jim Jarmusch, Jean-Claude Brisseau, ou bien sûr Wim Wenders et ses Ailes du désir.
Ce juste milieu dans la représentation de l'ange, simple « humain » omniscient agissant comme un marionnettiste sur le destin des humains, tend toutefois à se raréfier. On a ainsi assisté depuis la fin des années 80 à un retour en force d'une imagerie, quasi comic-book, de l'ange dans tous ses états. Romantique et arborant la moustache de Richard Dreyfuss dans le Always de Spielberg, idiot et ricanant dans les catastrophiques Anges Gardiens de Jean-Marie Poiré, feignant, fumeur et grossier dans le non moins médiocre Michael... Le cultissime Dogma synthétise presque toute les approches possibles du mythe, des anges déchus joués par Matt Damon et Ben Affleck (qui regrettent le temps où ils pouvaient écharper de l'humain en masse !) au grand ordonnateur Métatron (Alan Rickman) et ses ailes intimidantes : la dérision se mêle à l'imagerie iconique avec bonheur.

 

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Je suis Légion
Signe des temps, la tendance qui a suivi le brûlot provocateur de Smith a été celle de l'ange déchu, en proie à un spleen bien plus dangereux que dans le Berlin de Wenders. Le Prophecy de Grégory Widen (créateur de Highlander, déjà une histoire de surhommes immortels) lance la vague, emmené par un Christopher Walken tétanisant en ange Gabriel vouant une haine séculaire aux humains et à Dieu lui-même (extrait intense : « Je suis un ange. Je peux tuer des nouveau-nés dans leur berceau et réduire des villes en poussière »). Le Gabriel interprété par Tilda Swinton dans l'adaptation de BD Constantine est très inquiétant, parce que partant lui aussi du credo « Dieu préfère les hommes aux anges, pas moi ». C'est dans cette veine noire et flirtant avec le fantastique démoniaque que vient se situer le Légion de Scott Stewart, qui s'il doit beaucoup à la saga DTV de Widen, l'emmène sur un terrain beaucoup plus direct et spectaculaire, moins porté sur la dissertation théologique que sur l'exploitation visuelle d'un personnage par essence indéfinissable.
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