Alors que la France succombera peut-être une seconde fois au charme décalé de Jean Dujardin lors de la sortie prochaine d’
Oss 117 : Rio ne répond plus, il semblait judicieux de revenir sur tous ces espions qui ont su nous faire rire. En effet, la franchise française s’inscrivant dans une lignée prolifique en nanars et autres films d’exception, l’opportunité de revenir sur tant de figures étranges ou dérangées s’offre à nous. Et c’est non sans une certaine délectation, que nous allons nous retourner sur cet aréopage d’agents secrets, tous aussi inoubliables que déjantés.
De l’espion amateur aux espions chers aux enfants Commençons donc en nous intéressant à tous ces agents plus ou moins secrets qui s’écartent du modèle classique de l’espion pour en proposer une autre lecture; ainsi, de
Cody Banks : agent secret à
Alex Rider : Stormbreaker en passant par les trois volets de
Spy Kids, on constate que le cinéma hollywoodien s’intéresse de plus en plus à l’enfant comme cible marketing et que le meilleur moyen de l’amener en salles, ne répond qu’à une recette : adapter la figure de l’espion et ses aventures au public privilégié qui fut ciblé. De fait, à grands renforts d’effets spéciaux, de scénarios convenus en happy end certains, tous les personnages de ces films (Cody Banks, Alex Rider,Carmen et Juni Cortez…) se proposent de singer les codes du genre avec une visée la plus consensuelle et commerciale possible.
Aux côtés de ces héros opportunistes, tous issus d’une segmentation très mercantile, une autre espèce cinématographique existe : celle de l’espion barré. Evoluant dans un monde que sa folie et sa démesure affectent, il est l’acteur principal d’une explosion des cadres traditionnels et d’une reconfiguration de la figure de l’espion à l’écran. La décalant souvent, s’en moquant presque toujours, cet agent est tout sauf discret, secret et subtil. Et c’est justement parce qu’il ne prend pas le genre au sérieux qu’il envahit nos salles et rassemble de plus en plus largement les foules. Ainsi, d’
Austin Powers en passant par
Johnny English, tout en n’oubliant pas les frasques françaises d’Hubert bonisseur de la Bath dans OSS 117 : Le Caire Nid d’espions et de sa suite, l’agent se ridiculise et s’éloigne du modèle glamour initié par la saga 007. Les mésaventures de
Max la menace et de Zohan (
Adam Sandler) dans
Rien que pour vos cheveux sont également à prendre dans ce même sens. Tous font de leurs personnages des êtres gaffeurs au possible et voués surtout à des actions aussi spectaculaires qu’extraordinairement ridicules. Autre exemple notable, Espion et demi où Clive Owen et Eddie Murphy s’illustrent en 2001, montre là encore l’incursion du récit d’espionnage dans le registre de la comédie et sa recherche d’une veine plus comique que dramatique ou réaliste.

L’évolution irréaliste de la franchise des 007 durant les périodes Pierce Brosnan et Roger Moore accompagnant ce phénomène vieux de plusieurs décennies déjà, l’espion et son action sont donc devenus des thèmes transversaux dont le cinéma use à d’autres fins que celles traditionnellement dévolues au genre du film d’espionnage. De fait, loin des matrices issues des œuvres d’Alfred Hitchcock ou Fritz Lang, c’est tout un pan du cinéma que l’on corrompt et détourne pour notre plus grand plaisir. Et si cela dure depuis longtemps, force est de constater que cela touche tous les grandes cinématographies mondiales, avec certes plus ou moins de réussite.
Etre espion, c’était mieux avant…En France, bien avant la folie musicale qu’est
Le Plaisir de chanter,
Double Zéro propose déjà l’absurde et la bouffonnerie comme alternatives au sérieux du genre mais surtout, s’inscrit-t-il dans la lignée des nombreuses comédies nationales qui l’ont précédé. Ainsi, dans les décennies précédentes, Opération Corned-beef,
Tais-toi quand tu parles avec
Aldo Maccione ou
Le Magnifique de Philippe De Broca constituent avec les films d’
Yves Robert (
Le Grand Blond avec une chaussure noire et
le retour du Grand Blond) d’heureux précurseurs. Tout comme avec
Les Barbouzes de
Georges Lautner ou
Le Faux-cul de Roger Hanin, nous sommes donc avec ces films loin de
Marie-Chantal contre le docteur Kha de Chabrol, pour ne pas dire à des années lumière de la trop virile saga des OSS 117 tirée de l’œuvre de Jean Bruce qui s’étala de 1957 à 1970.
Mais plus généralement dès lors que l’on y prête attention et sans se soucier de savoir si les films d’espionnage du passé n’ont pas vieilli au point de faire (sou)-rire aujourd’hui, on constate qu’aux côtés du cinéma d’espionnage dit « sérieux » (
Les trois jours du Condor, L’étau,
les Patriotes…), il a toujours existé pléthore d’exemples édifiants où l’agent secret est caricaturé et croqué pour faire rire. Evidemment, si l’on songe immédiatement au
Casino Royale de 1967, plus satirique que comique au sens premier du terme, on songe moins au Drôles d’espions qu’Arthur Hiller signa en 1979 et qui subit un remake en 2004 (
Espion mais pas trop). Et que dire de
Spies like us qu’initia John Landis en 1985 et qui est directement l’origine du remake signé par Gérard Pirès avec Eric et Ramzy. Or, en plus de ces derniers, il en est quantité d’autres comme
Top secret du trio Jim Abrahams, David et Jerry Zucker daté en 1984. Avatar parmi les plus déjantés de la catégorie, ce dernier donne à
Val Kilmer son premier rôle principal même s’il n’en fait pas explicitement un agent secret au sens où on l’entend communément. Pour sa part,
Agent Zéro zéro tourné en 1996 par Rick Friedberg donne à Leslie Nielsen, un destin au moins aussi barré que dans la série des Y a t’il un pilote dans l’avion ? en lui faisant incarner Nick Laren.
Mais l’Asie n’est pas en reste non plus. En exceptant l’Inde qui en compte quelques vigoureux exemples et si l’on considère seulement la saga des
Mad mission (
Aces go places) aux manettes desquels officièrent
Eric Tsang,
Tsui Hark ou encore Liu Chia-Liang, la parodie d’espionnage à la sauce asiatique n’est pas en reste lorsqu’elle endosse les habits de Sam Hui. Quant à
Espion amateur de Teddy Chan, il offre à Jacky Chan le rôle d’un vendeur de magasin de sport dont les rêves vont bientôt devenir une rocambolesque réalité…
Dès lors, un constat s’impose quelques soient les époques ou le cinéma national qui s’en empare, le medium a toujours su tourner en dérision le sérieux et le flegme de ses héros d’espionnage les plus emblématiques. Ainsi, entre ridicule et comédie loufoque, c’est donc avec ce coupable plaisir dont peu se vante, qu’il faut bien reconnaitre que la figure de l’espion d’OSS 117 à Austin Powers n’a pas fini de nous faire marrer !