Xavier Dolan, Monia Chokri et Niels Schneider, le trio des Amours Imaginaires, nous parlent des coeurs crevés et de leurs chansons d'amour.

Par - publié le 23 septembre 2010 à 13h50 ,
MAJ le 27 septembre 2010 à 01h39 - 0 commentaire(s)

Avec Les amours imaginaires, Xavier Dolan, jeune prodige de 21 ans, orchestre une romance noire s'épuisant de la flamme à la fumée et travaillant à la manière d'une blessure dont on ne peut pas guérir. Un somptueux crève-cœur sur le masochisme sentimental où passe une poignante mélancolie de l'amour. Les comédiens (Monia Chokri et Niels Schneider) nous racontent leurs plus belles histoires d'amour au cinéma, tandis que le jeune réalisateur qui a su magnifier l'écheveau romantique pour l'élever au rang d'une passion déchirante mixe les plus belles chansons sur le dépit amoureux. 
 

Les Amours imaginaires de Xavier Dolan


Comment avez-vous rencontré Xavier Dolan ?
Niels Schneider : Je l'ai rencontré quelques mois avant J'ai tué ma mère, son premier long métrage. On s'est liés d'amitié. Par la suite, nous sommes partis avec Monia (Chokri) jusqu'à Los Angeles pendant trois mois. C'est là qu'on s'est vraiment rapproché et qu'on a eu envie de faire un film ensemble.
 
Que répondez-vous à ceux qui vous comparent physiquement à Louis Garrel ?
Niels : J'ai une réponse pour ça : je ressemble autant à Louis Garrel que Charlie Chaplin à Hitler ! (rires)
Monia : Ils sont très différents dans la vie.
Niels : C'est un chic type, mais on ne se ressemble pas trop !
Monia : Vous avez juste tous les deux les cheveux sales, c'est tout... Sérieusement, c'est frappant qu'on le regarde sous certains angles.
Niels : Je pense que c'est surtout Xavier qui a crée cette ressemblance-là dans Les amours imaginaires.
 


Les amours imaginaires évoquent beaucoup Chungking express (Wong Kar-Wai, 1995)...
Monia : Xavier adore ce film. Nous aussi, d'ailleurs. Je me souviens qu'il aimait beaucoup le jeu sur les ralentis.
Niels : Dans Chungking express, il y a un effet ralenti/accéléré qui saute. Il a essayé de le recréer mais il n'a pas réussi.
Monia : Pour la scène de fête, par exemple, on entre au ralenti et, à un moment donné, on change de vitesse et ça redevient normal. On retrouve ça dans Fish Tank, d'Andrea Arnold.
 

Quelles sont vos plus belles chansons d'amour ?
Monia : Gainsbourg est un immense romantique. La ballade de Melody Nelson, c'est une grande histoire d'amour et de passion. J'aime beaucoup Ne dis rien, qu'il a chanté en duo avec Anna Karina.
Niels : Le thème de Camille Delerue dans Le mépris, de Godard. J'écoute ça, je deviens amoureux de n'importe qui.
Monia : A tous mes amours, sont associées des chansons. Ce ne sont pas nécessairement des chansons d'amour, d'ailleurs. Ce sont des associations libres : un contexte, une histoire, un souvenir, des anecdotes.
Niels : Je suis venu te dire que je m'en vais, de Gainsbourg. Ça reste toujours aussi déchirant.
 
Histoire de Melody Nelson est l'album qui a servi de base au trip-hop dans les années 90.
Niels : J'adore Massive Attack...
Monia : J'aimais bien ça dans les années 90. J'étais fan de Portishead, de Tricky, mais ça a du mal à évoluer. En ce moment, j'adore le «dubstep», un son électro avec des basses sales. J'ai une passion pour les Djs latino-américains en ce moment qui reprennent la cumbia, la musique traditionnelle d'Amérique du Sud. Ça donne un ensemble kitsch mais très agréable à écouter.
Niels : Pour revenir aux chansons d'amour, je citerai évidemment Chelsea Hotel, de Leonard Cohen.
Monia : Evidemment... I'm your man, c'est à tomber. On aime aussi Fever Ray et The Knife, deux groupes qui sont sur la BOF des Amours Imaginaires.
 


Dans Les amours imaginaires, Montréal ressemble beaucoup au New-York de James Gray.
Monia : Il y a de plus en plus de français qui s'installent à Montréal. Je crois qu'il y en a près de 20000. C'est l'une des plus grandes immigrations massives de ces cinq dernières années. D'ailleurs, ils font monter les loyers de manière démesurée. On appelle Montréal «le petit New-York». Il y a quelque chose qui ressemble un peu à Williamsburgh.
Niels : C'est une ville très étudiante, bourrée d'artistes.
Monia : La scène musicale rock indépendante anglophone est très présente avec des groupes comme Arcade Fire - à Montréal, il y a 30% d'anglophones. Notre langue est bilingue. Ce qui crée une culture très particulière. 
 
Monia, penses-tu que ton personnage et celui de Xavier regardent ailleurs pour nier l'évidence, à savoir qu'ils s'aiment?
Monia : Ils seraient probablement ensemble si Xavier n'avait pas de «problème érectile» (ils se marrent). Son personnage est franchement gay. Et Marie est franchement hétéro. Je crois qu'ils ont un rapport amoureux purement platonique. Un peu comme celui que l'on entretient Xavier et moi dans la vie.
 


Vous aimez le cinéma français?
Monia : Oui, Agnès Jaoui, Romain Gavras, Claude Miller, Maïween...
Niels : Michel Gondry, je ne sais pas trop s'il est encore français...
Monia : Autrement, pour l'étranger, je citerai Gregg Araki... D'ailleurs, il y a un hommage à Mysterious Skin lors de la pluie de céréales sur le visage de Niels... C'est sans doute la seule vraie référence du film. On a tellement attribué de références à Xavier alors que sa vraie seule inspiration, c'est Gregg Araki. Certes, il y a de la Nouvelle Vague, mais c'est surtout parce que dans mon personnage on retrouve un peu d'Anna Karina et de la liberté de Pierrot le fou. A cause de mes costumes aussi. De certains plans aussi. Quand on est tous les trois dans le lit. C'est plus dans l'esprit de liberté sexuelle qu'on retrouve cette influence-là.
 
Quelles sont les qualités de Xavier Dolan en tant que metteur en scène ?
Niels : Je me rappelle que Xavier m'avait appelé la veille du tournage d'une scène pour me dire : « si tu rates cette scène, tu détruis ton personnage ». C'est la scène où je dis «j'aurais toujours quelque chose sur le feu ». J'ai passé une sale nuit. Ce que je peux comprendre : c'était la scène clé des Amours Imaginaires. 
Monia : C'était un plan-séquence en plus... Cette scène me fait de la peine. J'ai tellement honte pour elle... Moi, j'ai galéré sur une scène où je suis au lit avec mon amant. C'était un monologue car Xavier adore écrire des monologues. Mais c'était un peu dur à jouer parce que dans la vie de tous les jours, dans une conversation, la personne en face rebondit toujours. Là non. Et je ne parle même pas du tabac. J'en ai souffert. Un jour, j'ai dû fumer deux paquets en une heure et demi. Ça devenait dégueulasse sur le plateau. Ce qui est dur également, c'est de mélanger l'action et le dialogue. Par exemple, lorsque mon personnage parle de la cigarette, il parle de son dépit amoureux. Et mêler les deux n'est pas aisé. Heureusement, Xavier est quelqu'un de très joyeux sur un plateau. On déconne, on s'amuse. Il veut que tout le monde soit content, jusqu'aux techniciens qui étaient eux aussi très satisfaits - certains qui doutaient sur leur métier semblaient avoir retrouvés la pêche qu'ils avaient perdus. Il ne peut pas faire un film tout seul, donc c'est important pour lui que les gens se sentent bien. On a aussi le même goût du jeu.
Niels : Il nous dirige sur des détails, des expressions infinitésimales.
Monia : Il y a une phrase qui nous inspire beaucoup de Heath Ledger qui, sur un plateau de tournage, demandait comment devait être son personnage et les évidences de jeu pour qu'il soit bien. Dès qu'on lui disait tout ce qu'il fallait faire, il faisait exactement l'inverse. C'est ce qui crée la surprise. On essaye de créer des expressions faciales ou des intonations décalées. River Phoenix le faisait très bien. Vincent Cassel, aussi. Dans Notre jour viendra, lorsqu'il va voir une femme dans un café et qu'il le prend le sein, je suis persuadée que c'est une impro de Cassel sur le tournage. Quand l'autre personnage lui demande s'il lui peut conduire la Porsche et qu'il répond par une mimique, c'est du génie pur.  
Niels : Xavier est aimé au Québec mais pas autant qu'ici. A Montréal, son cinéma est considéré comme inaccessible, intello. Alors qu'en France, on le voit comme pop, jeune, vivant. Nul n'est prophète en son pays. Ça agace beaucoup aussi qu'il n'ait qu'une vingtaine d'années...
Monia : Oui mais si ça agace, c'est que ça confronte d'une certaine manière, non ?
Niels : Cela étant, on parle de moins en moins de son âge. Ça fait du bien.
Monia : L'avantage, c'est qu'avec Les amours imaginaires, j'ai quand même le sentiment qu'il est consacré comme un réalisateur et non plus comme un feu de paille. En voyant le film, j'ai eu l'évidence qu'on avait à faire à un réalisateur. Il faut voir comment il filme les femmes. C'est une chance pour les actrices. Ce sera la même chose pour son prochain film : même si son personnage est masculin, il change de sexe et devient une femme.
Niels : C'est une fille dans un corps de mec.
Monia : Je serai dedans mais dans un rôle totalement différent : celui d'une lesbienne rustre et très vulgaire qui travaille dans un sex-shop et qui engueule toujours tout le monde. On le tourne en février.
Niels : Je serai pas dedans.
Monia : Normal, t'es trop occupé avec ta France!

 
Propos recueillis par Romain Le Vern


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