Par Florent Kretz - publié le 09 décembre 2008 à 11h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h17 - 0 commentaire(s)
Seconde partie d’une série de trois dossiers consacrés à la carrière du phénomène Jean-Claude Van Damme et ce à l’occasion de la sortie de JCVD en DVD. Nous avions découvert précédemment les premières années du jeune belge parti à la conquête de Hollywood, ce chapitre se consacrera donc aujourd’hui sur la période durant laquelle le karateka parviendra à s’élever littéralement au rang de star internationale. Ou comment celui qui n’était parti de rien parviendra à mettre à genou le cinéma d’action et à offrir une alternative originale aux blockbusters portés, à l’époque, par tous les Schwarzenegger et autres Stallone...


Nous avions laissé Van Damme aux portes de la gloire, celui-ci, à force d’obstination et de courage, se décidant à prendre les choses en main pour apporter son propre style. Et autant reconnaître que les premiers vrais essais concluants du karateka sont percutants : certain de pouvoir s’imposer comme nouvelle icône du cinéma d’action, il n’hésite pas à tout donner dans les séquences physiques et va même jusqu’à revoir le montage des films dans lesquels il exerce pour se montrer le plus crédible. Coups réels assénés sur le plateau, rythme dans la découpage visuel impressionnant et réalisme des mouvements font de ses premières apparitions en salles un carton. Il trouve même une certaine signature dans la prouesse physique et les combats musclés vraisemblables. Si bien que les succès consécutifs de Kickboxer et de Cyborg la même année (1989) lui offrent un peu plus de confort et lui permettent même quelques libertés. Déjà à l’origine de l’histoire du premier, il propose une nouvelle intrigue qui devra être rédigée par S.N. Warren. Mais le résultat n’est pas là et celui que l’on commence à surnommer à Los Angeles « The Muscles from Brussels » décide de reprendre le script. Il le boucle et se lance dans le tournage de Full Contact qui sera réalisé par Sheldon Lettich, un scénariste ayant officié sur Bloodsport ou sur Rambo 3 et qui signe ici son premier film. Les deux hommes s’entendent à merveille et se comprennent si bien que les aventures du célèbre Lyon Gaultier deviennent vite un succès : reprenant tous les codes du cinéma à la Van Damme (grand écart, histoire de cœur et de courage, héros meurtri en pleine rédemption…), le film, qui sort aux Etats-Unis sous le titre Lionheart, révèle littéralement l’athlète au grand public.

Le bouche à oreille fonctionnant parfaitement, les portes du grand Hollywood commence à s’entrouvrir. Pas encore assez pour que l’on invite l’acteur à participer à des projets colossaux mais suffisamment pour que les financiers commencent très sérieusement à s’intéresser au cas du belge. Mais Van Damme, ayant trop longtemps galèré avec ses petits jobs dans les quartiers huppés du siège de la Californie, ne cède pas encore aux sirènes et préfère enchaîner les métrages pour s’asseoir comme figure récurrente et novatrice dans une industrie du divertissement violent qui s’essouffle progressivement au début des années 90. A peine Full Contact quitte-t-il les toiles qu’il est remplacé par Coups pour Coups qui fait aussi de jolies entrées. Un culte se faisant petit à petit autour du personnage Van Damme qui commence à se faire indispensable, la star naissante décide d’appeler à nouveau son ami Lettich à qui il propose le film ultime pour tous ses jeunes fans : généreux et bien décidé à en donner pour leur argent, toujours aussi convaincu qu’il pourra se faire accepter aussi en tant qu’acteur un peu plus profond que simple distributeur de tatanes, il livre Double impact. Coproduit par Michael Douglas, le film s’offre les faveurs de Geoffrey Lewis en guest star, ce qui n’empêchera pas JCVD d'imposer son ami Bolo Yeung, une vraie gueule du cinéma chinois avec qui il s’était lié sur le tournage de Bloodsport ! Van Damme tente le tout pour le tout dans cette histoire de vengeance contre les triades tournées à Los Angeles et à Hong-Kong : il interprète ni plus ni moins deux personnages, les fameux frères jumeaux Alex et Chad unis pour une vendetta sans pitié.
Avec une plan marketing impressionnant consistant à proposer non pas un mais deux Van Damme dans un même film (et donc deux fois plus d’action), le film est un immense succès, l’acteur se faisant par la même occasion l’un des champions des vidéoclubs quelques mois plus tard. Plus rien ne pouvant l’arrêter, il accepte de jouer dans un gros budget pour un studio. Réalisé par l’allemand Roland Emmerich qui à l’époque n’a pas forcément brillé de génie avec des petits films comme Moon 44, Universal Soldier comble les amateurs en opposant le belge à une autre grande figure de l’action movie : Dolph Lundgren ! Affrontement titanesque dans une histoire plutôt bien écrite et bien racontée, le métrage accomplit ce que l’on attend de lui et parvient à laisser entrevoir quelque chose d’inattendu : Van Damme commence à se laisser apprécier du grand public féminin. Il se retrouve mis totalement sous les feux des projecteurs et se voit même nominé à des cérémonies people !
Cavale sans Issue tombe donc à point puisque dans ce projet, réalisé par Robert Harmon ayant marqué avec son Hitcher, il partage l’affiche avec la très sexy Rosanna Arquette. Délaissant l’action bête et méchante pour faire son fugitif au grand cœur, il conquiert totalement le public, obtenant toujours un peu plus de pouvoir. S’offrant le choix de ses scripts, il se permet aussi d’imposer ses réalisateurs, certain que le feeling et la compréhension sont les règles d'or pour accomplir de grands films. Aussi, pour son suivant, Chasse à l’homme, il va chercher un metteur en scène prolifique et très prisé en Asie. Il s’agit de John Woo qui mettra en boite cette course à la mort, le cinéaste transposant sa poésie visuelle au blockbuster américain et changeant pour le peu les attentes du public. Énorme carton que ce face à face entre Lance Henriksen et Van Damme qui consacre à la fois un réalisateur au travers le monde et renouvelle le statut de véritable star incontournable du géant de la castagne.

Délaissé par l’artiste hongkongais qui développe ici et là des projets sans avenir, Jean-Claude persiste dans sa volonté de se renouveler. Bien que conscient d’être avant tout une star du bourrin et qu’il se doit un minimum syndical, il s’essaie à la science fiction avec Timecop, enquête à travers les époques qui le met face à un Ron Silver toujours aussi illuminé ! Pour l’occasion, il s’octroie les services de Peter Hyams qui s’était déjà illustré dans le genre avec 2010 et Outland. Le film fonctionne très bien en salles (il fait le plus gros score de toute sa carrière : 100 millions de dollars!) mais Van Damme est trop occupé par les tournages et les fêtes de plus en plus nombreuses : il ne se rend pas compte que le vent s’apprête à tourner. Il divorce, se remarie dans la foulée, commence à fréquenter les mauvaises personnes… et se montre de moins en moins exigeant avec ses scripts et avec lui-même. Cherchant à toucher d’autres marchés, il se penche sur la question des adaptations de jeux vidéos : Paul W.S. Anderson lui propose d’incarner Johnny Cage dans Mortal Kombat aux cotés de Christophe Lambert mais il refuse, sa participation à Street Fighter lui présentant plus d’intérêt. Mis en image par Steven E. de Souza, un scénariste culte dans le genre ayant à son actif quelques titres prestigieux (48 heures, Commando, Piège de cristal, Hudson Hawk…), le projet s’annonce comme une réussite. Les présences du génial Raul Julia pour assurer le jeu et de la chanteuse Kylie Minogue pour le côté glamour présageant du bon. Il s’agira hélas d’un échec artistique total et d’une grosse déception pour tous les joueurs du monde entier. Avec une première gamelle comme celle-ci (honorable tout de même), Van Damme doit se ressaisir et trouver un projet qui se tienne. Son ami Peter Hyams vient à son aide en lui proposant de participer à Mort Subite, un huit clos pensé, à la base comme une parodie de films d’action comme la série des Die Hard…

Devant faire ses preuves sur le plateau auprès des scénaristes et des producteurs qui envisageaient le métrage totalement différemment d’un film à la Van Damme, l’acteur se la joue modeste et continue de dévoiler un peu de son talent de composition… Plutôt crédible et touchant en ancien pompier confronté à une prise d’otages, le belge remonte la pente et, reconquérant son public, obtient même des fonds pour tourner son premier long métrage. Écrit et réalisé par la star, il livre courant 1996 son Grand Tournoi, un film d’aventure dans lequel se mêlent humour, action, drame et l'ancien James Bond, Roger Moore. Plutôt agréable, le film dévoile un peu plus de l’univers personnel de l’icône qui commence à s’illustrer en parallèle dans des déclarations périlleuses. Une réussite certaine mais qui pourtant à un parfum très particulier : il s’agit du dernier film d’un contrat de cinq films liant Van Damme aux studios… Et au prochain échec les conséquences risqueront de se montrer bien lourdes. Pour éviter toute prise de risques, il signe un contrat de plusieurs films avec Sony Pictures et fait appel à un autre réalisateur asiatique, Ringo Lam. Mais même si la collaboration entre les deux hommes s’étendra sur quelques uns des métrages les plus réussis de la carrière de JCVD, cette nouvelle combinaison ne s’avérera pas des plus payantes et entraînera l’acteur dans une chute improbable ! Chute incontestable mais pourtant riche de petits films qui lui offriront quelques rôles de choix et une certaine philosophie de la vie. Mais tout cela est une autre histoire.
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