Quels sont les personnages principaux des derniers films d'animation ? Ceux de
Là-haut ? Un vieillard bougon et désagréable, accompagné d'un scout accablant de maladresse.
Les Indestructibles ? Des super héros que l'on contraint à mener des vies routinières de bureaucrates. Celui de
Shrek ? Un paisible ogre repoussant qui aimerait bien vivre tranquillement dans ses marais insalubres.
Le vieillard seul de Là-haut..Il n'a plus rien à perdre. Cela rappelle l'intrigue du dernier film de Steven Seagal ? C'est un hasard : alors que les prouesses physiques de Charles Muntz sont difficilement crédibles, ce sont les émotions de Steven Seagal qu'on a du mal à croire.En comparaison, on ne présente heureusement plus les héros des derniers dessins animés traditionnels :
Bambi (dans le 2, sorti en 2006 dans l'indifférence générale), et, en remontant un peu plus loin dans le temps « l'adorable » princesse Pocahontas et le « splendide » Roi Lion. Certains script-doctors de renom avaient fini par dire qu'il ne fallait pas prendre les enfants pour des idiots.
Tout a commencé au milieu des années 90. Les dessins animés étaient ce qu'ils avaient toujours été : des films pour enfants. Et les parents devaient se résigner à accompagner leurs chères têtes blondes voir des récits assez lénifiants. Ils n'hésitaient parfois pas à s'assoupir dans les salles de projection, et maudissaient ces univers merveilleux trop naïfs. En comparaison, le premier long-métrage de Pixar, Toy Sory, fut un véritable soulagement. Il rendit au terme « divertissement pour toute la famille » ses lettres de noblesse.
Le moment le plus délicat du syndrome de personnalité de Buzz l'éclair dans Toy Story. En effet, son copain Woody lui prouve à ce moment là qu'il n'est qu'un jouet. On constate à sa mine penaude que le choc est rude. L'intrigue mettra-t-elle pour autant un point final à sa soif d’aventures ?Avec la 3D est apparue une école du récit qui rendait toute leur place aux scénaristes. Les deux choses n'ont pourtant rien à voir, mais c'est un choix fondateur de Pixar de ne pas s'être reposé sur l'intérêt technique de ses animations. Les scénaristes étouffaient sans doute sous le carcan des diktats commerciaux qui bridaient leur créativité et qui exigeaient des produits ultra-calibrés. Résultat : qui se rappelle des dernières productions 2D ? Pire : qui se rappelle des scénaristes Disney ? Aujourd'hui, Pete Docter ou Bob Peterson (
Toy Story et
Là-haut), autant dessinateur que scénariste pour l'un, et principalement scénariste pour l'autre, sont de véritables stars qui ont fait la promotion mondiale de leurs films. Pendant ce temps-là, les créateurs Disney devaient être enfermés dans leurs bureaux climatisés. Or, en reprenant le leadership, les scénaristes sont allés loin dans l'excentricité, n'hésitant pas à parodier, présenter des réalités sombres, et détourner des clichés.
Tim Burton (
Beetlejuice,
Edward aux mains d'argent, etc.) s'était déjà imposé, et ses réalisations, bien que rencontrant des immenses succès publics, paraissaient encore marginales par leur ton et leur goût pour la morbidité. Avec
Toy Story, on avait une histoire vraiment susceptible d'accrocher les petits et les grands, avec un goût de l'intrigue prononcé, sans la noirceur de Burton. Et, surtout, ce qu'il fallait de décalage pour atteindre le Graal du récit familial, celui des différents niveaux de lecture. Pour un enfant, un jouet qui se prend pour lui-même et découvre qu'il n'est qu'un jouet (le ranger de l'espace dans
Toy Story, devant se résigner à ne jamais partir à la conquête de l'espace) relève d'un absurde assez fascinant. Et pour l'adulte, le même personnage va évoquer tout autre chose qui le concerne, lui, en tant qu'adulte : cela lui rappelle qu'il a appris à grandir en réalisant que ses rêves étaient faits pour... rester des rêves.
Dans les films de Tim Burton, les effets spéciaux sont rois. Et c'est sans doute le premier à faire preuve d'un tel décalage. Ici, Beetlejuice, joué par Michael Keaton, bien qu'absolument bête et méchant, n'arrive pourtant pas à se rendre antipathique. Qu'aime un scénariste ? L'univers, et l'intrigue, bien sûr, mais avant tout ses personnages. Plus ils ont de consistance, plus il s'estimera satisfait de son travail. Et quand les scénaristes peuvent exprimer leur style, c'est encore mieux. Ils développent parfois tout au long de leur carrière les mêmes thèmes, surtout lorsqu'un auteur a plus d'importance que le studio. Les personnages de Wallace et Gromit existent depuis les premiers court-métrages de Nick Park, dans les années 80. Adam Elliot, le créateur de
Mary et Max, raconte des biographies sombres depuis ses débuts. Ces films ne sont pas faits en 3D sur des ordinateurs surpuissants, mais avec une très vieille technique, celle du stop motion. Elle consiste à filmer image par image une scène en pâte à modeler, en la modifiant à chaque fois un petit peu, pour aboutir à l'illusion du mouvement.
Le goût pour le décalage ou la bizarrerie va ici encore plus loin que dans les réalisations en 3D. Wallace et Gromit sont deux personnages quasi idiots et franchement maladroits qui ne se déparent jamais d'une expression farfelue qu'on pourrait qualifier de profondément stupide. Ils évoluent dans un monde désuet et pastichent, sans peur du mélange des genres, le film d'épouvante et une Angleterre rétro.
Max dans Mary et Max. A défaut d'arriver à changer sa vie, Max finira par trouver une forme de paix intérieure. Moins travaillé et riche en références et clins d'oeil, cherchant rarement à faire rire,
Mary et Max parle d'êtres solitaires et rejetés. Leurs destins insignifiants sont ceux de perdants désespérés et inadaptés, pour qui les grands espoirs restent des mirages. Le retour de la malédiction des grands timides y succède. On peut à la limite y voir de l'humour, mais sous une certaine couche de noirceur.
Comparable à
Tim Burton, moins le fantastique qui donne à ses films une respiration, la noirceur ancrée dans le réel de
Mary et Max peut paraître assommante. Mais elle créera une empathie à l'égard d'un schizophrène et d'une enfant rejetée, développant chez les plus jeunes de la sensibilité et de la compassion. Ce qui n'est déjà pas mal, et est la vocation de ces deux antihéros contemporains.