Jean Dujardin dans un mélo Hollywoodien (The Artist); Michael Shannon prédit la fin du monde (Take Shelter); Elizabeth Olsen rencontre Charles Manson (Martha Marcy May Marlene); les filles de joie sont tristes (L'apollonide - souvenirs de la maison close).

Par - publié le 15 mai 2011 à 22h30 ,
MAJ le 15 mai 2011 à 22h44 - 0 commentaire(s)

C'est la vraie bonne nouvelle du jour : après Polisse, de Maïween, la seconde surprise de la compétition Cannoise est... française. Son titre? The Artist, de Michel Hazanavicius (OSS 117), un film qui, à l'origine, devait être présenté hors compétition. A l'arrivée, c'est le film dont tout le monde parle, ovationné lors de la projection de presse ce matin et de la projection officielle en début d'après-midi. Entièrement en noir et blanc, quasiment muet, The Artist rend un hommage amoureux et fétichiste à l'âge d'or du cinéma Hollywoodien, soutenu par Jean Dujardin, qui avec une histoire de mélodrame à l'ancienne, évoque Chaplin et renvoie à Une étoile est née

 

The artist de Michel Hazanavicius

 

D'autres films ont également fait grand bruit. A la semaine de la critique, on pouvait découvrir Take Shelter, le second long métrage du réalisateur Jeff Nichols qui avait frappé très fort avec Shotgun Stories (2009), un premier long métrage dans lequel deux fratries prises dans un cercle de vengeance tentaient d'échapper à la fatalité. Sous couvert d'apocalypse, l'histoire raconte les efforts surhumains d'un homme pour protéger sa famille d'une catastrophe qu'il anticipe dans ses cauchemars. Ceux qui pensent que Michael Shannon, déjà rôle principal dans Shotgun Stories et également présent à Cannes avec Return, projeté à la Quinzaine des réalisateurs, rejoue le même numéro psychotique que Bug ont tort. Effrayé à l'idée de reproduire et donc d'infliger l'enfer familial qu'il a vécu, le personnage principal exprime plus la peur de l'échec, de perdre ses repères et ses proches, face à une force dévastatrice contre laquelle il sait à l'avance qu'il ne pourra rien. Sans hystérie ni cabotinage, Michael Shannon traduit ces angoisses avec une sobriété prodigieuse, des moments de panique et des regards déchirants à ceux qu'il aime. Preuve supplémentaire que s'il excelle depuis qu'il a commencé dans les rôles bordeline (Les Noces rebelles, de Sam Mendes, My son, my son, what have ye done, de Werner Herzog), il reste un immense acteur.

 

Take Shelter (1)

 

Il y a aussi la force inébranlable de Jessica Chastain que l'on reverra demain dans The Tree of Life et qui respecte les émotions fluctuantes de son personnage (l'amour, l'incompréhension, le doute, l'empathie), avant une réplique finale aussi simple que sublime. Autrement, l'angle pour parler de la fin du monde (également traitée dans Mélancholia, de Lars Von Trier, prochainement visible en compétition) est aussi original que Peter Weir en son temps avec La dernière vague. A chaque scène, Jeff Nichols pose des questions de cinéma et organise des images qui font croire en l'incroyable. Bref, encore une bonne nouvelle Cannoise.

 

Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin

 

Au Certain Regard, l'autre film « buzz », c'est Martha Marcy May Marlene, du jeune Sean Durkin, sur une adolescente paranoïaque (Elizabeth Olsen, la fameuse sœur qui ressemble de plus en plus à Maggie Gyllenhaal), rescapée d'une secte et récupérée par sa sœur et son beau-frère qui tentent de la libérer de ses anciens démons. Elle reste hantée par des souvenirs inavouables. Avec ce coup d'essai ultra-maîtrisé, Sean Durkin frappe fort avec une construction narrative très habile qui retranscrit une fugue mentale (le présent et la passé se mélangent, les sons et les époques se télescopent). Comme Take Shelter, le film, inspiré des dérives de Charles Manson, a déjà été projeté au festival de Sundance. Son seul problème, malgré ses immenses qualités, c'est d'arriver après le superbe Winter's Bone, sorti début mars cette année, auquel on pense inévitablement, et de préfigurer sans le vouloir un nouvel académisme Sundance. N'empêche : il fait froid dans le dos. Au-delà de l'actualité politique («l'autre festival de Kahn»), les spéculations surabondent et les nouvelles aussi (Faye Dunaway, consacrée officier des Arts et des Lettres).

 

L'Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello

 

On finit la journée par la projection presse de L'apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello sur les filles de joies (filmées comme des poupées brisées), et l'asphixie des maisons closes. Vu les réactions hostiles, il promet de ne pas faire l'unanimité comme ses deux camarades français également en compétition, Polisse et The Artist. Pourtant, malgré une durée excessive, le résultat parvient à séduire par intermittences dès lors qu'il renoue avec le surréalisme et évoque aussi bien Franju qu'Ophüls voire Alain Robbe-Grillet. Il faut aimer ça pour y trouver de l'intérêt. Et ceux qui trouvent cette reconstitution aussi glacée que la série Maison Close n'ont qu'à revoir Paprika, de Tinto Brass (1994) qui sur le même sujet faisait des étincelles. C'est sûr, c'est moins chic, mais plus stimulant.


Vos réactions


  • The Artist

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  • Take Shelter

    L'histoire : Curtis La Forche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d'une tornade l'obsède. De[…]

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