La recette d'une comédie d'aventure " à la française " est simple. Un héros, plus ou moins téméraire, est plongé dans des aventures extraordinairement rocambolesque.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 07 décembre 2009 à 18h21
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La recette d'une comédie d'aventure « à la française » est simple. Un héros, plus ou moins téméraire, est plongé dans des aventures extraordinairement rocambolesques, si possible dans un pays exotique, bien loin de sa terre natale. Par ailleurs, il est généralement affublé d'un ou d'une partenaire, faisant alors contrepoids par rapport à son caractère. Un genre qui, à une époque, semblait définitivement usé. Jusqu'à aujourd'hui, où il revient véritablement en force sur nos écrans. Ainsi, cette semaine, à l'occasion du film mis en scène par Frédéric Berthe, RTT, nous vous proposons une rétrospective des principales comédies d'aventure, mémorables ou non, issues de notre patrimoine cinématographique.
 
Des origines... Belges !
 
Aujourd'hui encore, L'homme de Rio demeure la référence absolue dans le genre. Il en est d'ailleurs le précurseur. Réalisé en 1964 par Philippe de Broca, il met en scène Adrien Dufourquet, alias Jean-Paul Belmondo, soldat de deuxième classe venant à Paris retrouver sa fiancée lors d'une permission. Mais celle-ci est brusquement enlevée sous ses yeux. Adrien se lance alors à la poursuite des ravisseurs, une aventure qui l'entraînera jusqu'à Rio de Janeiro. Ce n'est un secret pour personne. Le film de Philippe de Broca fait ouvertement référence à l'univers d'Hergé et à son personnage fétiche, le jeune reporter Tintin. Ainsi, les clins d'oeil sont nombreux. Par exemple, le Musée de l'Homme présent au début du film s'inspire du Musée ethnographique dans l'album intitulé L'Oreille cassé. De la même façon, la relation entre Adrien et le jeune indigène n'est pas sans rappeler celle entretenue par Tintin avec Tchang dans Le Lotus Bleu. Enfin, l'échappée à flanc de façade d'un immeuble en travaux ressemble beaucoup à une séquence dessinée de Tintin en Amérique. Par ailleurs, les auteurs du film (Philippe de Broca, mais aussi Daniel Boulanger, Ariane Mnouchkine et Jean-Paul Rappeneau) alternent séquences d'action et de cascades (Belmondo exécute alors ses premières prouesses) avec des moments de pures comédies (la voiture verte avec des étoiles roses). Au delà, le film se présente comme un véritable guide : on visite un certain nombre de sites touristiques généralement de très grande renommée mais aussi des lieux beaucoup plus cachés voire sauvages. En ce sens, le spectacle est total et le film un incroyable divertissement. Avec L'homme de Rio, tous les futurs codes propres au genre sont posés : une histoire plutôt simple mais efficace, des dialogues détonants (« Elle sait même pas faire un oeuf à la coq et je la suis au bout du monde ») et surtout une multitude de péripéties s'enchaînant sans le moindre temps mort. Un an plus tard, toute l'équipe se retrouve pour de nouvelles aventures, désormais tirées d'un roman écrit par Jules Verne, Les tribulations d'un Chinois en Chine. L'adaptation se révèle extrêmement libre et ouverte, malgré une intrigue plutôt fidèle. Ceci étant, à l'instar de L'homme de Rio, ce nouveau film signé Philippe de Broca propose une folie délibérément surréaliste, parfois même plus encore que le précédent. Aucune pause n'est de mise. L'histoire débute directement à Hong Kong et se poursuit jusqu'au Tibet (on comprend une fois de plus ce qui a séduit les auteurs). L'humour y est davantage présent et les cascades se multiplient à un rythme effréné (impossible d'oublier les incroyables pirouettes de Belmondo suspendu à un échafaudage, le tout magnifiquement chorégraphié par la musique de Georges Delerue). Désormais, la comédie d'aventure « à la française » a trouvé ses marques. Belmondo y apparaît alors comme le seul héros véritable, bien qu'accompagné une fois de plus d'une présence féminine de tout premier ordre, et de quelques seconds rôles particulièrement truculents (Jean Rochefort, Paul Préboist, etc.)

 

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Un genre qui grandit avant de s'essouffler peu à peu
 
Succès oblige, de nombreux auteurs et cinéastes décident d'exploiter le filon. Ils reprennent alors le schéma classique, avec plus ou moins de finesse. Tout commence pour le mieux en 1972, lorsque Claude Lelouch signe L'aventure c'est l'aventure en s'inspirant à son tour d'une bande dessinée, par ailleurs tout aussi célèbre que celle d'Hergé, Les Pieds Nickelés. Dans ce scénario original écrit par Claude Lelouch lui-même, accompagné de  Pierre Uytterhoeven, cinq truands de bas étage décident de se recycler en enlevant des personnalités, les banques n'étant plus d'un rapport assez lucratif. Et le premier sur la liste n'est autre que Johnny Hallyday. L'expression « pieds nickelés » signifie « ceux qui ne sont pas portés sur le travail ». Difficile de ne pas voir à travers ces escrocs (cinq pour être précis) un certain nombre de points communs avec les personnages de l'excellente bande dessinée créée par Louis Forton, Croquignol, Filochard et Ribouldingue, à la fois hâbleurs, malhonnêtes et indolents. A travers le film de Lelouch, le genre de la comédie d'aventure atteint l'un de ses summums. En effet, l'oeuvre, par ailleurs dotée d'une couche satirique sur le monde politique particulièrement virulente, mélange, avec une incroyable énergie, humour et action.
 
Neuf ans plus tard, Francis Veber apporte sa pierre à l'édifice. Il écrit et réalise La chèvre. A l'origine, l'auteur imagine un duo composé de Jacques Villeret et de Lino Ventura. Ce dernier, emballé par l'histoire, refuse néanmoins d'y participer si Villeret fait partie de l'aventure. Au final, ni l'un ni l'autre ne jouera dedans et Veber décide alors de retrouver son ami Pierre Richard (après Le Jouet). Contre toute attente, il l'oppose à l'une des plus grandes stars du moment, son antithèse, aussi bien physique que morale, Gérard Depardieu. Veber continue alors sur sa lancée « François Perrin » et l'affuble désormais d'une escorte nommée Campana. L'un est petit, mince, et maladroit, le second, grand, fort, et mène l'action. L'histoire les entraîne jusqu'au bout du monde, au Mexique, pour y retrouver la fille d'un milliardaire. Ensemble, ils arriveront à leur fin, après de nombreuses péripéties, où ils affrontent des sables mouvants, des macs, des portes automatiques pour le moins récalcitrantes, et même un gorille ! Une réussite totale. Désormais, la comédie d'aventure « à la française » reposera principalement sur un couple d'antagonistes et non plus sur un ou plus de deux personnages, à quelques rares exceptions près. En 1996, Francis Veber, quelque peu oublié après un long séjour aux Etats-Unis, rassemble le meilleur de ses acquis, un mélange d'humour et de voyage, auquel il ajoute une légère dose de fantastique. Ainsi naquit Le Jaguar, réunissant Jean Reno et Patrick Bruel, avec, pour mission, d'aller chercher l'âme d'un petit Indien perdue en plein coeur de la forêt Amazonienne. Attendu au tournant, le film marque le grand retour du réalisateur Francis Veber sur le sol français. Désormais, l'influence américaine se fait sentir au plus haut niveau (en termes de structure mais aussi de rythme). On a ainsi l'impression de visionner un pur produit hollywoodien et non plus un long-métrage sorti de sa propre imagination autrefois débordante. Non pas que le film soit mauvais, mais l'aventure l'emporte hélas beaucoup trop sur l'humour, alors qu'il s'agissait là du plus grand point fort de l'auteur. Un déséquilibre qui commence à entacher sérieusement le genre. Le duo fonctionne pourtant merveilleusement bien et leurs dialogues d'une justesse incomparable (« Je suis baisé depuis que j'ai pris cet ascenseur avec vous à Paris. Si j'étais arrivé une seconde plus tard, mais non, je suis entré dans cette putain de cabine qui m'a amené jusqu'ici. - Vous êtes toujours dans l'ascenseur et je ne vous conseille pas de descendre en marche. Vous avez une chance de vous en sortir, si vous allez jusqu'au bout de la course... »). La mise en scène du cinéaste s'est affinée, et l'homme nous propose des images magnifiques, accentuées par une douce musique signée Vladimir Cosma. Mais finalement, Veber ne réussit pas son mélange, le fantastique paraît beaucoup trop puéril face au reste, et l'ensemble manque de punch ; le voyage en Amazonie tarde à arriver, et les intrigues secondaires propres à François Perrin (les dettes de jeu) paraissent bien souvent hors sujet. Il reste cependant le plaisir de retrouver ce personnage culte, autrefois héros principal des films La chèvre ou Le Grand Blond avec une chaussure noire, l'archétype même d'un « monsieur tout le monde », entraîné bien malgré lui au sein d'une incroyable aventure. En ce sens, Le Jaguar ne déroge pratiquement pas à la règle et propose au final un agréable divertissement.

Entre temps, quelques cinéastes, hélas nettement moins talentueux, pressent le filon et l'épuisent jusqu'à la dernière goutte. Au début des années 80, apparaît notamment Philippe Clair, qui, après s'être illustré dans des « comédies » sans rythme ni panache, se lance dans l'écriture d'aventures totalement improbables. Mais l'homme ne semble pas vraiment connaître le sujet. Par exemple, avec Plus beau que moi tu meurs, le réalisateur met totalement de côté l'exotisme de son sujet, pourtant prometteur. Au contraire, il n'exploite que le personnage d'Aldo Maccione (ici dans un double rôle), et plus particulièrement sa célèbre démarche de séduction, aujourd'hui culte. Le film s'ouvre et se termine d'ailleurs par une leçon donnée par Aldo lui-même, d'abord à des prisonniers, enfermés au sein d'une prison, puis à un groupe de prêtres qui passent alors rapidement à la pratique ; le réalisateur parodie alors une scène du film de Claude Lelouch, L'aventure c'est l'aventure, et l'on assiste à un défilé d'ecclésiastiques sur une plage à Tunis, face à des femmes nymphomanes totalement sous le charme. Philippe Clair va loin, très loin. Aldo drague à tout-va et mate les plus belles pépées à ses risques et périls. On ne compte plus le nombre de gifles ramassées en 1h30 de pellicule. Et si l'humour ne brille pas par sa finesse, il dépasse allègrement la limite du « n'importe quoi »; on rigole ainsi aisément, non pas pour la qualité du gag, mais plutôt pour son culot, en se demandant comment un film tel que celui-ci a pu voir le jour, projeté dans les plus grandes salles de cinéma ! A l'heure actuelle, qui oserait à nouveau se lancer dans une aventure similaire ? Pour vous donner une idée, imaginez un mélange entre Les Anges Gardiens de Jean-Marie Poiré et la saga American Pie, le tout saupoudré d'un accent Pied-Noir, et vous obtiendrez cet incroyable Plus beau que moi tu meurs, éternel nanar au sens le plus noble du terme. Cependant, vous l'aurez compris, malgré l'attente suscitée (l'affiche laissait d'ailleurs croire à un beau voyage, dans l'esprit des tout premiers films signés Philippe de Broca), l'aventure disparaît peu à peu pour ne laisser la place qu'à un humour souvent grossier, à la limite de la parodie, bien que l'ensemble des codes appartenant au genre (gags, voyage et cascades...) s'y retrouvent. De la même façon, Tais-toi quand tu parles, également mis en scène par Philippe Clair, présente une structure quasi semblable, Aldo Maccione interprétant une fois encore un double rôle et se déplaçant de Paris à Tunis. Le film se veut d'ailleurs être à la fois un remake et une parodie du Magnifique signé de Broca, surenchéris de diverses références à James Bond. Tout un programme, mais qui ne rend en aucun cas hommage à la comédie d'aventure. Au contraire, il la détruit peu à peu. L'histoire, les décors et les quelques péripéties ne sont alors que de simples prétextes permettant à Aldo Maccione d'exécuter un show plus ou moins réussi. Parallèlement, Pierre Richard relève quelque peu le niveau avec l'une de ses dernières comédies en tant que réalisateur, C'est pas moi c'est lui. Il y partage le haut de l'affiche avec l'infatigable Aldo Maccione et l'emmène de nouveau en Tunisie, décidément l'endroit rêvé (et certainement peu cher) pour tous les tournages de l'époque. Le pays y est davantage exploité mais il apparaît ici presque hors sujet, le film n'étant qu'une banale histoire de cocufiage. On est loin, très loin, des aventures rocambolesques menées tambour battant par Jean-Paul Belmondo.

 



Une étonnante renaissance, toutefois encore instable
 
Dès lors, nous pensions le genre éteint. Mais le monde évolue. Les spectateurs aussi. Et ainsi, au fil des années, les voyages se vulgarisent. En conséquence, les pays lointains ont de moins en moins la cote au cinéma, et le public se divertit davantage avec l'arrivée des premiers effets virtuels, permettant notamment la résurrection de dinosaures ou bien encore la transformation totalement cartoon d'un homme portant un simple masque de bois. Toutefois, en 1995, Igor Aptekman et Philippe Bruneau apportent une certaine modernité au genre, en signant le script d'Un indien dans la ville. Désormais, nous n'allons plus vers l'exotisme, mais c'est l'exotisme qui vient à nous.  En conséquence, l'humour, principale force du film, repose sur le mélange et la confrontation des cultures. Mais le plus intéressant dans cette oeuvre réside dans le fait que le cadre parisien devient une véritable source d'aventures pour un jeune indigène venu d'Amazonie. Ce que nous pensions anodins se transforment de son point de vue en de terribles dangers. Les codes du genre sont donc ici inversés mais tout aussi efficaces. Et si le film a plutôt tendance à très mal vieillir, on ne peut que saluer ce désir de renouvellement. A contrario, la même équipe, ou presque, rate totalement le coche lorsqu'elle signe Le Prince du Pacifique. Désirant vénérer leurs illustres prédécesseurs, le cinéaste Alain Corneau et le producteur Thierry Lhermitte choisissent cette fois-ci de partir à l'autre bout du monde, pour une aventure désormais sans humour. En effet, le duo constitué avec Patrick Timsit ne retrouve pas la verve d'antan. Quant aux péripéties, elles manquent tout simplement d'ampleur pour susciter un réel intérêt. Il en sera de même en 1999, avec Le fils du français, malgré une idée originale signée Gérard Lauzier, celle de féminiser le genre en offrant les deux rôles principaux à Josiane Balasko et à Fanny Ardant, ainsi qu'en 2000, avec Amazone, oeuvre marquant les retrouvailles tant attendues entre Jean-Paul Belmondo et le réalisateur Philippe de Broca, hélas ratées. Il faut donc attendre 2001 et l'arrivée en force du jeune Thomas Langmann pour redonner une certaine vitalité à la comédie d'aventure. Le Boulet n'a certes pas fait l'unanimité. Toutefois, il renoue admirablement avec les principaux codes d'antan, proposant un duo original et solide, amené à vivre de folles aventures, de la France jusqu'au fin fond de l'Afrique. Quant à l'action et aux cascades, il y en a. Peut-être trop. Et directement inspiré du cinéma hollywoodien, fait de poursuites spectaculaires et d'explosions virtuelles. Entre hommage et modernité, Le Boulet ne sait que choisir mais propose un sacré moment de détente et de divertissement. Un délire malheureusement beaucoup trop rare au sein de la production française. Le Raid de Djamel Bensalah, sorti la même année, fonctionne sur un principe identique, le talent et la réussite en moins. Dernièrement, outre le décevant Safari, on constate cette même volonté d'aller toujours plus loin dans la folie, aussi bien visuelle que scénaristique. Avec Envoyés très spéciaux, le cinéaste Frédéric Auburtin nous prépare à une véritable aventure se déroulant en pleine guerre Irakienne, pour finalement nous laisser dans le XVIIIe Arrondissement de Paris. Mais ce sont principalement Michel Hazanavicius et Jean Dujardin qui, ces dernières années, réussirent à donner un nouvel envol au genre, avec tout d'abord OSS 117, Le Caire nid d'espions puis OSS 117, Rio ne répond plus. Il faut dire que les deux hommes sont de purs génies. Afin de réveiller le genre, rien de mieux que de remonter aux sources. L'homme de Rio apparaît alors comme leur principale inspiration. Mais à l'image d'Austin Powers, les auteurs imposent également leur propre style. Si les références aux années 50 et 60 sont nombreuses, l'humour y est incroyablement moderne. Jamais nous n'avions vu un héros aussi culoté et incorrect, finalement à l'opposé de ce qu'il est censé représenter. Avec ce personnage, la boucle est bouclée et laisse également entrevoir de toutes nouvelles possibilités. En somme, les comédies d'aventure n'ont pas fini de nous surprendre...
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