Le Festival de Cannes par la richesse de son brassage cinématographique essaime large et a le mérite de faire découvrir au plus grand nombre des auteurs dont on aurait peiné à imaginer l’existence. L'édition 2008 avait mis en lumière un jeune hongrois, Kornel Mundruczo, avec son film
Delta. Le réalisateur revient cette année en compétition officielle pour présenter son dernier long-métrage, intitulé
Tender Son.
La relève venue de l’EstAprès l’élan roumain que le Festival soutient encore cette année, de nouvelles personnalités nous arrivent des anciens pays du bloc soviétique. Ainsi, Kornel Mundruczo dans la foulée d’un Béla Tarr exceptionnel avant lui, se laisse découvrir à son tour. Né en 1975 à Budapest en Hongrie, ce dernier a profité des lumières de l’émérite Institut du film hongrois, ce qui lui permit très vite de réaliser en 2000 un quatrième court métrage avec des moyens professionnels et suffisants :
AFTA (
Day after day). Ce dernier lui vaudra d’ailleurs d’être reconnu par les professionnels et la critique, notamment dans les manifestations roumaine et hongroise les plus cotées. Un premier long suivra,
This is Wish and nothing more en 2000 - film non distribué chez nous - avant qu’un autre court ne permette à notre cinéaste de poursuivre son ouvrage (
El Robador en 2002).
Ayant ainsi validé par ces premiers essais le ticket pour une nouvelle aventure, notre cinéaste hongrois signe dès 2002
Pleasant days. Premier long sélectionné dans une manifestation étrangère, ce film lui vaudra ses premiers lauriers puisque ce dernier est immédiatement récompensé par le Léopard d’argent au très pointu Festival de Locarno en 2002, dans une section réservée aux premières œuvres.
A l’instar du jeune Gela Babluani, honoré avec
13 Tzameti, le jeune homme pas encore trentenaire fait montre d’un talent immense et c’est donc sans mal et avec raison qu’il intègre la prestigieuse Cinéfondation cannoise afin de mener à bien un projet complet avec la bienveillance de la structure du Festival. Ainsi, à la suite d’autres manifestations qui initient eux-mêmes des projets qu’ils diffuseront, le Festival accueille comme Apichatpong Weerasthekul avant lui, le prometteur Kornel Mundruczo pour l’accompagner sur le chemin difficile de la création et dans les méandres de la production. De cette aventure,
Kis Apokrif N°2 résultera suivi plus tard de
Johanna, première sélection du cinéaste dans la grande manifestation cannoise.
Ainsi, présent avec ce dernier film en 2005 dans la sélection Un Certain Regard, Kornel Mundruczo découvre les lumières d’une manifestation mondiale et s’ouvre les portes pour les années à venir de la prestigieuse Croisette, aboutissement légitime des cinéastes pareillement dénichés. Cependant, il lui faudra attendre trois années et la soixante et unième édition pour faire partie de la liste des films en course pour la Palme d’Or.
Delta constituera dès lors son viatique pour une exposition mondiale, éphémère certes mais particulièrement glorieuse. De fait, après avoir retravaillé l’histoire de Jeanne d’Arc de manière ambitieuse dans
Johanna, le voici en compétition avec une histoire atypique. Entre égarement, aventure humaine et expérimentation de l’expérience au travers de choix radicaux, Kornel Mundruczo nous conte le destin d’un homme qui retrouve l’entrelacs inextricable du Delta de son enfance et se découvre au passage, une sœur dont il ignorait jusqu’à l’existence.
Kornel Mundruczo forme avec d’autres la relève talentueuse et méconnue des cinéastes de demain. Par conséquent, découvrir cet auteur semble outre une légitime et professionnelle curiosité, une chance à ne pas laisser passer. Car c’est au travers du choix de l’exigence et du refus du conformisme que se distingueront les futurs grands auteurs et que s’écriront les plus belles images du cinéma de demain.