Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 23 mai 2008 à 15h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h05 - 0 commentaire(s)
Le Festival de Cannes braque ses projecteurs une fois l’an sur des auteurs que l’on connaît trop peu. L’occasion est donc tentante de succomber lors de cette soixante et unième édition à un tour d’horizon des cinéastes méconnus qui composent notamment les sélections officielle et parallèles. Aujourd’hui, Lucrecia Martel, la belle argentine, occupera nos colonnes alors que La Mujer Sin Cabeza, son film a été récemment projeté en compétition officielle.

LA FURIA ARGENTINE

Native du nord de l’Argentine, Lucrecia Martel commence très tôt à pratiquer l’art du cinématographe. Ainsi, la retrouve-t-on bien vite à œuvrer entre autofiction et films de famille. Celle qui vit le jour le 14 décembre 1966 à Salta décide dès lors de conserver son envie première pour l’avenir et de découvrir ce qu’elle peut en faire. De fait, s’oriente-t-elle bien vite vers l’ENERC, l’équivalent argentin de notre Femis pour y apprendre l’animation, le cinéma et leurs ressorts. Mais désireuse de poursuivre et de s’assurer une approche plus complète encore, elle s’en va direction la capitale pour suivre des études en sciences de l’information et de la communication. De ces années vont naître ses premières œuvres, essentiellement des courts-métrages qui de 1984 à 1994 vont l’amener à parfaire sa maîtrise du medium.


Puis vient 1995 et Rey Muerto (Le Roi mort), son premier court métrage reconnu et célébré en festival. Les portes s’ouvrent alors pour elle et dans les années qui vont suivre, elle enchaînera documentaires télévisés et programme pour enfants, récoltant là aussi, honneurs et distinction.1999 arrive alors et Lucrecia Martel se voit offrir la chance de réaliser son premier long, La Ciénaga. Recevant pour son premier essai au long cours, le Prix Sundance / NHK du scénario, le Prix Alfred Bauer du Premier film au festival de Berlin 2001 et le Grand Prix Coup de Coeur aux XIIIe rencontres du Cinéma d'Amérique Latine " de Toulouse ainsi que le Prix Découverte de la Critique française, l’auteur en gestation repart comblée.


DE BERLIN A CANNES

En effet, premier essai et premier coup de maître, une nouvelle cinéaste apparaît sur la terre cinématographique albiceleste aux côtés des Diego Lerman, Carlos Sorin et consorts. Puis, enchaînant comme membre du jury à la Berlinale l’année suivante, elle se prépare à réaliser ce qui sera son second film et sa nouvelle réussite : La Niña Santa.

Présente en 2004 en compétition officielle avec ce dernier film, l’argentine fantasque découvre les ors cannois et goûte au plaisir de la cinquante septième édition du Festival de Cannes pour mieux y revenir à une position tout aussi flatteuse deux années plus tard. 2006 la voit effectivement intégrer le prestigieux jury cannois. Forte de son expérience berlinoise et de son aura grandissante, Lucrecia Martel intrigue et sans se faire remarquer outre mesure, se laisse distinguer et plus encore connaître.


Ainsi, c’est avec un certain plaisir et une grande curiosité que l’on attend de découvrir son nouveau métrage, La Mujer sin cabeza (la femme sans tête). En compétition officielle aux côtés de Jia Zhang-Ke et des frères Dardenne, la jeune femme expérimente donc l’envers d’un décor qu’elle appréhende bien mieux que d’autre. Histoire mystérieuse d’une jeune femme qui s’endormant au volant heurte quelque chose qu’elle n’a pas pu voir, le dernier film de Lucrecia Martel intrigue au moins autant que les lunettes excentriques avec laquelle elle se présente au public.

Mettant en scène Guillermo Arengo, Cesar Bordon, Ines Efron ou encore Maria Onetto, on attend donc avec impatience de savoir quel sort va être réservé à La femme sans tête après les très bonnes impressions de La Cienaga et la réussite constituée par La Niña Santa.

Tête de pont d’une génération argentine qui ne cesse de surprendre, il faudra donc compter avec elle cette année et plus encore les prochaines, du fait de son regard aiguisé et de son envie de surprendre. Peut-être trop peu assurée avec son dernier film de figurer au palmarès d’une compétition très indécise, on peut en tous cas souhaiter que cette dernière ne cesse de filmer car le cinéma a besoin de personnalités aussi affirmées et de créateurs aussi surprenants.


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