Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 20 mai 2008 à 15h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h01 - 0 commentaire(s)
Le Festival de Cannes par son statut de plus grande manifestation cinématographique du monde a le mérite de braquer ses projecteurs sur des auteurs que l’on connaît peu ou pas du tout. A l’occasion de la soixante et unième édition de la manifestation cannoise, nous allons donc procéder à un tour d’horizon des cinéastes méconnus qui composent notamment les sélections officielle et parallèles. Aujourd’hui, Matteo Garrone attire notre attention en cette première semaine de Festival alors que Gomorra, son film a été projeté en compétition officielle.


Matteo Garrone, un italien audacieux

Né le 15 octobre 1968, le brillant romain qu’est Matteo Garrone vient pour la première fois à Cannes cette année et c’est donc non sans attente, que l’on espérait son dernier film, Gomorra. Mais avant de parler de ce film qui permit à son équipe de monter les marches du Palais des Festivals dimanche, revenons sur la destinée de notre jeune cinéaste quadragénaire.

Enfant de la balle au père critique et à la mère photographe, l’enfant que fut Matteo grandit entouré par les arts et les joies de la culture, au point de lui-même y succomber en commençant bien vite une activité sur des plateaux bien différents comme assistant. Actif par la suite sur les sets en tant que réalisateur, la carrière de ce dernier se marque dès 1996 du sceau de la richesse et prend surtout un rythme devenu rare dans le cinéma transalpin. En effet, Matteo Garrone a pris la très bonne habitude de livrer un film tous les deux ans là où les machineries italiennes requièrent pourtant davantage lorsqu’elles ne sont pas portées par un nom ronflant ou un casting connu. Ainsi, depuis ses débuts avec Terra di mezzo en 1996, film récompensé du prix de la jeunesse à Toronto, l’auteur a su renouveler l’expérience filmique. Mais avant d’envisager la suite donnée à cette œuvre particulière, revenons sur Silhouette, court-métrage difficilement visible à l’heure actuelle et qui l’a lancé. Primé par le Sarcher d'Oro, récompense incitative, le fils prodigue fait le plus beau sort possible à ce prix qui doit toute sa légitimité au soutien de l’auteur du Journal intime. Le segment de vingt minutes qui constitue Silhouette servira effectivement de base au premier long qui le fait remarquer par la critique.


Les longs ne feront dès lors que s’enchaîner pour lui jusqu’à ce jour qui le mène à Cannes. En 1998, Les Hôtes sélectionné à la Mostra vient ainsi nourrir les espoirs placés en lui en racontant les destinées d’une famille albanaise fraîchement débarquée en Italie. Deux années plus tard, ce sera au tour de Romance d’été de confirmer le talent du trentenaire expérimenté en nous narrant la trajectoire d’une actrice qui revient dans la capitale italienne. Nous arrive ensuite L’étrange Monsieur Peppino réalisé en 2002. Le film va connaître un succès d’estime lors de sa sortie française et jouit de surcroît d’une belle couverture critique et festivalière. Etrange chronique qui raconte les destins croisés de trois éclopés de l’existence, L’Imbalsamatore de son nom italien profite à plein à l’aura naissante de son créateur en donnant corps à ces histoires d’amours espérées mais indéfectiblement niées.


2004 sera pour sa part l’année de sortie de son dernier film, Premier Amour. Précédant Gomorra et incluant une rupture avec le rythme habituel du cinéaste. Sélectionné à Berlin et primé pour sa musique, cette comédie dramatique marque ainsi une pause dans l’activité de cinéaste de Matteo Garrone puisque c’est en tant qu’acteur qu’on le retrouvera dans Le Caïman, le dernier film de Nani Moretti.

Deux nouvelles années s’écoulent alors et l’on retrouve notre homme derrière une caméra pour nous raconter l’histoire de Gomorra, film retenu par Gilles Jacob et Thierry Frémeaux en Sélection Officielle.


Mettant en scène Salvatore Cantalupo, Gianfelice Imparato ou encore Maria Nazionale, Matteo Garrone nous convie à une plongée sans réserve dans le milieu de la camorra, la mafia napolitaine. Ainsi, sans fards ni euphémisme, à la manière d’un Shortcut altmanien, ce dernier nous entraîne au gré de cinq histoires entremêlées jusqu’à saisir cette société si particulière qui ne nourrit que de pouvoir, de soleil et de sang. Microcosme où tout quitter signifie souvent mourir, monde à part où s’imposer signifie risquer plus que les autres, Gomorra intrigue donc et suscite l’envie, en plus de s’essayer à une composition formelle a priori intéressante. De fait, au regard des réactions d’après projection et parce qu’il adapte le brillant essai éponyme de Roberto Saviano dernièrement sorti chez Gallimard, peut-être faudra-t-il compter avec ce métrage pour un éventuel accessit. Dès lors, dans l’attente qu’il sorte dans nos salles, augurons du meilleur et espérons que le talent évident de Matteo Garrone trouve grâce aux yeux de tous et qu’il participe plus encore à la vigueur retrouvée du cinéma italien contemporain.
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