Par PitouWH - publié le 14 janvier 2009 à 17h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h21 - 16 commentaire(s)
Vous est-il déjà arrivé, en regardant un film, de vous dire "oh là, mais qu'est-ce qu'on me montre ?" Si oui, c'est que vous avez sans doute déjà rencontré sur votre parcours cinématographique un tabou, l'un de ces sujets épineux qui fâchent, choquent, à proscrire tant ils vont à l'encontre de la morale communément admise. Parmi ces tabous, l'un à soulever les réactions les plus virulentes est ainsi, sans conteste, la mort d'un enfant. Et plus encore, le meurtre d'un enfant, à mettre à côté de la cruauté envers animaux. Loin de provoquer cependant à chaque fois notre empathie, un tel spectacle n'en constitue pas moins le signe d'une volonté forte du scénariste, du réalisateur, de faire réagir le public, de le sortir des ornières d'un cinéma où rien ne doit dépasser. Briser les tabous, casser les règles. Nous confronter à l'horreur, comme vient de le faire M. Night Shyamalan avec Phénomènes, son premier film à écoper d'une classification R aux États-Unis. Mais si ce dernier a recours à cet électrochoc visuel pour nous avertir du danger que nous faisons nous-même planer au-dessus de nos têtes et comment nous y réagirions, qu'elles peuvent être les autres raisons ayant poussé certains artistes à transgresser la règle du "ce qu'on ne doit pas montrer" ?

Pour commencer à apporter un début de réponse à cette question, nous nous intéresserons ainsi à l'une des valeurs les plus fréquentes de ce geste, c'est à dire quand il est utilisé en tant que vecteur d'une idée de véracité historique.



L'HORREUR DE LA GUERRE

Nous l'avons dit, le meurtre d'un enfant est donc un geste fondamentalement horrible et, pour cette raison, l'un des genres cinématographiques dans lequel nous en trouverons le plus souvent des exemples est sans conteste celui des films de guerre. Une autre horreur que l'espèce humaine a poussé au fil des siècles de plus en plus loin dans la sophistication malsaine et les conséquences dramatiques, faisant d'elle -à juste titre- une sorte de monstre traumatisant et dévoreur de destins. Un discours que l'on retrouve donc régulièrement dans les films de guerre, beaucoup d'entre eux étant réalisés dans le but de se confronter à cet Enfer qui hante l'humanité depuis son apparition, de nous rappeler à quel point les choses peuvent basculer dans le chaos. Un devoir de mémoire nécessaire, salutaire malgré les débordements qu'il peut rencontrer (pauvre Guy Môquet). Et dans ce besoin de rendre leur discours le plus percutant possible, les cinéastes ont alors parfois recours à la transgression de tabous pour nous y faire réagir d'autant plus vivement. Montrer l'horreur pour mieux la dénoncer. Cela peut-être Charlie Sheen s'acharnant à coups de crosse sur un handicapé, comme dans Platoon, ou bien être donc la mort d'un enfant innocent. Mais il faut ajouter à cela que, en plus d'interpeler viscéralement le spectateur, cette pratique a aussi l'avantage d'offrir un sentiment de réalisme, de véracité indispensable pour que le message d'avertissement ne puisse être remis en cause. C'est bête à dire, mais plus on nous présente le passé sans ambages et plus il nous semble véridique, ce qui tient peut-être à l'idée que nous nous en faisons (difficile d'imaginer que l'on rigolait beaucoup durant ces sombres époques) ou bien à celle selon laquelle un discours sans concession est bien plus sincère et donc plus proche de la vérité.



Après, si la volonté reste toujours dans son ensemble la même, les façons de faire varient grandement entre les artistes selon leur sensibilité propre, entre évocation qui vous hante et démonstration choquante. Un clivage primordial quand il s'agit d'aborder une chose que l'on évite d'ordinaire, trouvant dans les films de guerre des exemples diamétralement opposés. Ainsi, nous en restons généralement à une simple suggestion de cet acte odieux en ne montrant dans le champ que son résultat, comme ce peut être le cas par exemple dans Stalingrad avec le jeune garçon pendu à un réverbère par Ed Harris. Plus évocateur encore, le magnifique La Liste de Schindler de Steven Spielberg dans lequel l'ellipse faite sur la mort de la fillette au manteau rouge rend l'événement encore plus marquant, joue sur une profonde prise de conscience du spectateur à l'image de celle expérimentée par le personnage qu'interprète Liam Neeson. Une pudeur allant totalement à contre-courant de la politique dite de "l'électrochoc", qui va elle nous révéler le drame dans tout ce qu'il a de plus cru, de plus ignoble. Plus rare car faisant souvent écoper le film d'une classification qui en réduit le public et donc la portée de son message, cette technique flirte de plus avec une espèce de voyeurisme qui peut en rebuter moralement certains par-delà le "simple" fait de les choquer. Pourtant, il est indéniable que montrer en plein champ le meurtre violent d'un enfant contribue grandement à dépeindre l'horreur d'un conflit, d'un carnage. Nous en avons d'ailleurs un exemple parfait avec le récent John Rambo où Sylvester Stallone, pour éveiller les consciences au conflit qui ravage depuis des années la Birmanie, n'hésite pas à aller très loin dans la violence. Quitte à montrer en gros plan un enfant se faire poignarder par une baïonnette ou bien un bébé être jeté au feu, entre autres.


UN MONDE DE VIOLENCE

La guerre est donc un vecteur idéal pour générer de telles images, elle que l'on définit souvent comme une tueuse de l'innocence nous ayant tous un jour au moins habité. Et il s'agit souvent de cela dans la mort d'un enfant, cette innocence tuée dans l'oeuf par un monde qui n'en a que faire, gouverné par des impératifs égoïstes et dangereux. Le monde des adultes, celui-là même par exemple qui finit par rattraper la petite Ofelia dans Le Labyrinthe de Pan (enfin, cela dépend de comment on interprète les dernières images du film) et qui a déjà tant fait de jeunes victimes. Mais si le film de Guillermo del Toro dévoilait cette dualité entre deux mondes qui ne peuvent se comprendre au travers d'un postulat merveilleux, fantastique, généralement un tel constat se fait dans un contexte plus réaliste. De la même façon que les films cités plus haut, qui veulent révéler l'horreur de la guerre dans toute sa cruelle vérité, nombreux sont donc les longs-métrages qui portent sur notre monde un regard amer, lucide sur la violence qui y règne et n'épargne personne. Mais si cette violence débouche souvent sur la mort de l'enfant, comme on peut le voir dans Il était une fois dans l'ouest ou bien Funny Games, elle peut aussi parfois se montrer plus insidieuse et pervertir cette jeunesse avant de lui porter le coup fatal.



Sans parler donc des longs-métrages où les enfants sont de véritables menaces, que nous verrons dans la seconde partie de ce dossier, on peut noter que la faculté des jeunes à reproduire le comportement de leurs aînés a parfois des conséquences dramatiques, surtout quand ils vivent dans un environnement fait de violence. La vie peut ainsi être une véritable jungle où seule la loi du plus fort prévaut, et les enfants de céder alors à l'influence néfaste de modèles attrayants, qui donnent l'impression d'avoir une vie aisée tout en se faisant respecter. Par la violence, par le crime. Les gamins de films comme Il était une fois en Amérique, La Cité de Dieu ou bien encore Hostel – Chapitre 2 n'ont alors peut-être plus rien de gentils petits anges, mais il n'en demeure pas moins qu'ils sont encore des victimes engendrées par la société dans laquelle ils vivent. Et s'ils sont de vrais petits caïds à leur façon, ils restent cependant des enfants ne pouvant que difficilement rivaliser avec des adultes, bien plus forts, déjà pourris jusqu'à l'os et n'ayant aucune hésitation à se débarrasser de la jeune relève, surtout si celle-ci a les dents longues.



Encore une fois, montrer la mort d'un enfant est donc symptomatique d'une volonté d'établir un constat sur un lieu, une époque, un événement, tout en s'attachant à une sorte de garantie de véracité qui n'en rend le message que plus efficace. Mais nous verrons dans la seconde partie du dossier que ce geste peut aussi avoir nombre d'autres significations et utilités, d'autant plus à partir du moment où nous nous intéressons au camp de ceux qui commettent l'acte de tuer un enfant.
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