Félins, bondissants, discrets et redoutables, les ninjas avaient tout pour devenir une figure cinématographique en diable. Et pourtant...

Par Jérôme BEALES - publié le 09 février 2010 à 16h39
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Félins, bondissants, discrets et redoutables, les ninjas (ou shinobis) avaient tout pour devenir une figure cinématographique en diable. Armés d'un shuriken, d'un sabre ou encore d'une dague, ces guerriers espions issus de la culture et de l'Histoire japonaises ont certes fait les grandes heures du cinéma populaire mondial, mais, il faut bien le reconnaître, souvent pour le pire et à leurs dépens... A l'occasion de la sortie de Ninja Assassin, retour sur une figure incontournable mais paradoxale du cinéma martial.

 

Ninja Assassin
 
Guerriers, brigands, espions, mercenaires... Il est bien difficile de donner une définition claire du ninja, dont le nom-même n'est apparu qu'à la fin du XVIIIe siècle. Pas étonnant que les cinéastes aient eu autant de mal à les appréhender correctement. Considérés comme des parias, voire des criminels, ils n'étaient en aucun cas des héros comme pouvaient l'être les samouraïs, ce qui explique probablement les nombreuses fantaisies et incohérences qui jalonnent leur long parcours cinématographique. Les premières tentatives sont pourtant parties du bon pied. Apparue très tôt dans le cinéma nippon, la figure du ninja est d'abord un succès avec le Serial Ninjutsu en... 1909 ! Un demi-siècle plus tard, le studio Daiei, équivalent japonais de la Shaw Brothers, produit ce qui reste encore aujourd'hui comme la meilleure saga mettant en scène des ninjas : Shinobi no mono. La superbe photographie, le budget conséquent et la mise en scène travaillée sont au service de scénarii authentiques inscrits au cœur de l'Histoire du Japon du XVIe siècle. Le clan ninja est ici composé de paysans vivant en vase clos et subissant un entraînement intensif. Les complots vont bon train et l'ambiance s'avère sombre et désenchantée.
Malheureusement, cette excellente saga, ambitieuse et respectueuse du matériau qu'elle utilise, demeure une exception. Le ninja commence à sortir des frontières du Pays du Soleil Levant. A Hong Kong, Chang Cheh (Super ninjas) et Liu Chia-Lang (Shaolin contre ninjas) s'essaient au genre avec plus ou moins de bonheur. Les années 1970 touchent à leur fin et le cinéma occidental, orphelin depuis la mort de Bruce Lee, se prépare lui-aussi à récupérer la figure du ninja.
 

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Le ninja à toutes les sauces
La firme Cannon de Menahem Golan et Yoram Globus, célèbre pour ses films d'action dopés à la testostérone des années 1980 (Cobra, Delta Force, etc.), ne tarde pas à s'accaparer le phénomène. Durant cette décennie, un comédien symbolise aux yeux du monde le véritable ninja : Shô Kosugi, un excellent acteur martial qui finira d'ailleurs par combattre un Jean-Claude Van Damme très méchant dans l'Arme absolue. Menahem Golan dirige Kosugi en 1982 dans Enter the Ninja, où il combat un Franco Nero clairement plus à l'aise quand il s'agit de manier le colt dans les westerns spaghetti de Sergio Corbucci ! Qu'importe, le film est un succès, ce qui incite Golan à poursuivre avec Kosugi dans deux autres films estampillés ninjas : Ultime violence et Ninja III. Les scénarii sont improbables mais l'acteur s'avère très bon lorsqu'il s'agit de faire parler ses poings. Ce qui ne sera pas le cas de l'autre vedette ninja de la Cannon, à savoir l'inénarrable Michael Dudikoff, vedette de la saga des American Warrior ! Des films dans lesquels Dudikoff enfile sa tenue de ninja afin de dérouiller de bien vilains trafiquants. Mais le résultat, aussi ridicule qu'hilarant, n'est rien à côté de ce qui va suivre.
Car si le ninja est repoussé dans les limites de la ringardise, il le doit en grande partie à un cinéaste (si l'on peut dire) de Hong Kong : l'immense Godfrey Ho. Dans sa filmographie pléthorique, on compte pas moins d'une quarantaine de titres avec le mot ninja dedans ! Le point commun de tous ces longs-métrages ? Leur nullité absolue. Ninja Exterminator, Black Ninja, Clash of the Ninjas... Des titres improbables pour des films aux décors minables, truffés de faux raccords et réalisés n'importe comment. Spécialisé dans le recyclage, Ho utilise de nombreux stock-shots et réutilise les mêmes scènes dans plusieurs productions. Les ninjas en questions y arborent un look totalement ridicule avec des tenues passant en revue toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ! On notera également la mention « ninja » écrite en grosses lettres sur le bandeau de certains combattants, comme si le spectateur n'avait pas compris de quoi il s'agissait... Bref, l' « œuvre » de Godfrey Ho est un véritable régal pour tout amateur de nanar.

 

Ninja Assassin
 
Le ninja : un anti-héros ?
Probablement. Le gros problème de toutes ces productions étant que le ninja a été utilisé la plupart du temps comme un gimmick, un élément comique ou encore un faire-valoir. Dans de trop nombreuses productions, ces guerriers sont seulement montrés comme de pseudos acrobates gesticulant d'une façon ridicule. Pire, trop de scénarii ne prennent même pas la peine de justifier leur présence ! Non, ils sont juste là pour servir de puching-balls aux héros. Un moyen facile de mettre en scène à peu de frais des combats le plus souvent très mal chorégraphiés. Plus grave, il manque cruellement des longs-métrages qui replacent ces guerriers dans le contexte du Japon féodal des guerres de clans. Si les samouraïs ont donné lieu à d'excellents chambarras, ceux de Kurosawa en tête, les ninjas demeurent vraiment les parents pauvres du cinéma martial. Secret et masqué, le shinobi ne représente pas un héros aussi évident qu'un samouraï. Il ne véhicule pas non plus une image aussi positive dans l'inconscient collectif. Finalement, à quelques exceptions près, le cinéma a donc contribué à véhiculer une image ringarde du ninja. Il faut donc se tourner vers le manga (Naruto) et le jeu vidéo (Tenchu, Ninja Gaiden, Shinobi) pour s'apercevoir que le potentiel visuel et dramatique de ces guerriers de l'ombre a été employé à bon escient.
Gageons que le Ninja Assassin de James McTeigue saura redonner au ninja ses lettres de noblesse. Au vu de la bande-annonce, l'espoir est en tout cas permis. 
 
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